La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Lyrique

Damien Guillon, contre-ténor en chef

Avec son ensemble Le Banquet Céleste, Damien Guillon a sillonné les routes de France cet été, en hôte de nombreux festivals. Dans le cadre d'une tournée qui le mènera bientôt seul ou avec son ensemble en Hollande et au Japon, le contre-ténor et ses huit comparses seront au Festival d'Ambronay le 2 octobre. Rencontre avec un chanteur et un chef heureux.



Le Banquet Celeste © Bertrand Pichene.
Le Banquet Celeste © Bertrand Pichene.
Nous avons rencontré Damien Guillon au début de l'été, ayant depuis longtemps remarqué ce magnifique chanteur et son ensemble au nom beau comme l'antique : Le Banquet Céleste*. Un nom qui sonne comme une promesse, jamais déçue en concert et en disque. Justement, un CD paru en février 2016 consacré à Bach et Vivaldi est venu confirmer l'excellence du contre-ténor (également chef) et de son projet artistique. Issu de la Maîtrise de Bretagne (intégrée à huit ans) et du Chœur des Pages et des Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles, Damien Guillon a parcouru un beau chemin depuis lors.

Et s'il reste à découvrir pour le grand public, ce garçon lumineux et modeste (organiste et claveciniste par ailleurs), doté d'une admirable voix à la pureté rare, a été de longue date appelé par les plus grands, de Philippe Herreweghe à Raphaël Pichon, de Jean-Claude Malgloire à Masaaki Suzuki. Il a par ailleurs suivi l'enseignement du contre-ténor Andreas Scholl (un baryton à l'origine, comme lui) à la Schola Cantorum Basiliensis.

Christine Ducq - Vous avez choisi d'enregistrer avec le Banquet Céleste un programme centré sur J. S. Bach, avec sa version du "Stabat Mater" de Pergolèse, accompagné du "Nisi Dominus" de Vivaldi. Un programme déjà donné en concert ?

Damien Guillon © DR.
Damien Guillon © DR.
Damien Guillon - En effet. Nous avons donné la version originale du "Stabat" de Pergolèse plusieurs années avec la soprano Céline Scheen. Puis j'ai découvert la version de Bach que j'ai trouvée très intéressante, en particulier par les modifications apportées à la partition première. Nous avons eu envie d'enregistrer cette version du Cantor beaucoup moins connue.

Et pour Vivaldi ?

D. G. - Nous avons chanté souvent cette pièce dans nos programmes. Pourquoi l'associer au "Psaume 51" de Bach ? L'idée maîtresse de cet enregistrement était de présenter un "Bach et l'Italie", ainsi il m'a paru intéressant de lui mettre en regard ce compositeur qu'il a beaucoup transcrit et connaît très bien. Et puis j'aime beaucoup ce "Nisi Dominus".

Que fait Bach avec la partition de Pergolèse ?

D. G. - Il décide de l'adapter. Il commence par changer le texte en prenant le psaume 51 (celui du "Miserere") et en allemand. C'est loin d'être anodin : le sens du texte est très différent de l'original. Bach modifie aussi quelques lignes mélodiques pour coller au nouveau texte avec des thèmes comme la mort, les larmes, la douleur. Et il crée des motifs inédits. On peut parler d'un enrichissement de la rhétorique. Pour ce qui est de l'orchestre, il procède aussi à quelques changements. Par exemple chez Pergolèse, les altos doublent souvent la basse continue à l'octave (une fonction qui ressemble un peu à du remplissage) alors que Bach compose une vraie partie pour eux. Dans certains airs, l'alto dialogue avec la voix, ce qui est plutôt rare à l'époque.

Bach se livre enfin à quelques petits changements d'ordonnancement des mouvements et nous surprend par un final qui se conclut sur une note un peu plus optimiste que celui du "Stabat Mater" original.

Le Banquet Celeste © DR.
Le Banquet Celeste © DR.
Votre travail avec Le Banquet Céleste porte-t-il ses fruits aujourd'hui ?

D. G. - Nous avons commencé les premiers concerts en 2009 et nous avons tracé notre chemin. Nous avons commencé une implantation en région Bretagne d'où je suis originaire et une collaboration avec le Théâtre de Cornouaille à Quimper pour deux ans. Nous entamons également une résidence à l'Opéra de Rennes cette année pour trois ans. J'y chantais à l'âge de douze ou treize ans et je suis très heureux d'y revenir aujourd'hui avec mon ensemble.

Quelle est l'identité du Banquet Céleste ?

D. G. - Jusqu'à présent nous avons fait beaucoup de musique de chambre - une caractéristique que j'entends conserver avec notre double activité vocale et instrumentale. J'ai par ailleurs toujours désiré développer des projets d'excellence dans une formation à plusieurs chanteurs au parcours international.

Jusqu'à présent nous avions deux axes : les musiques italienne et allemande. Nous allons nous intéresser l'an prochain à Antonio Caldara et son oratorio "Maddalena ai piedi di Cristo", toujours avec Céline Scheen (avec qui je chante depuis longtemps), Thomas Hobbs, un ténor rencontré chez P. Herreweghe et le baryton Benoît Arnoud. Ces artistes de très haut niveau sont capables de s'adapter dans des programmes polyphoniques - ce qui n'est pas si courant chez les solistes. À l'avenir j'aimerais faire vivre le répertoire français et des compositeurs un peu négligés aujourd'hui, comme Telemann ou Peri.

Le Banquet Celeste © Bertrand Pichene.
Le Banquet Celeste © Bertrand Pichene.
Quelles sont les sensations qui vous font aimer diriger un ensemble ?

D. G. - Plus j'avance, plus j'ai envie de diriger et de faire de la musique de chambre. Et j'adore travailler avec des chanteurs, j'essaie de les aider, de les porter afin qu'ils donnent le meilleur d'eux-mêmes. Mon expérience de chanteur est évidemment précieuse. J'aime l'idée de faire de la musique ensemble dans un groupe, d'être présent pour fédérer des artistes autour d'un projet. Quand le succès est au rendez-vous, il y a une très grande satisfaction à tracer un chemin, à donner une direction musicale. C'est vraiment pour moi un plaisir d'être un guide et de modeler le son. Les musiciens, les chanteurs font des propositions et je m'efforce de les intégrer à ce que j'ai en tête. Ces échanges sont passionnants. Nous vivons de belles expériences.

* Le Banquet Céleste est un ensemble à géométrie variable, dont le noyau est formé par sept musiciens. Suivant les programmes l'ensemble peut comprendre jusqu'à quarante artistes.

● J.S Bach "Psalm 51" BWV 1083 (after Pergolesi's Stabat Mater).
Vivaldi "Nisi Dominus" RV 608".

Damien Guillon - Le Banquet Céleste.
Label : Glossa.
Distribution : harmonia mundi.
Sortie : février 2016.
Durée : 56 min.

Prochaines dates
Festival d'Utrecht : 4 septembre 2016.
>> oudemuziek.nl

Festival d'Ambronay : 2 octobre 2016.
>> ambronay.org

Damien Guillon, contre-ténor et direction.
Céline Scheen, soprano.

Le Banquet Céleste.
Baptiste Lopez, violon et viole d'amour.
Caroline Bayet, violon.
Deirdre Dowling, viole.
Ageet Zweistra, violoncelle.
Christian Staude, contrebasse.
André Henrich, luth.
Kevin Manent-Navratil, clavecin et orgue.

Christine Ducq
Mercredi 24 Août 2016

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique




    Aucun événement à cette date.



À découvrir

"Le Frigo" de Copi mis en scène par Clément Poirée

Captation intégrale Voici aujourd'hui une proposition du Théâtre de la Tempête, "Le Frigo", une création qui fut la première partie d'une aventure théâtrale intitulée "Dans le frigo" de Clément Poirée et présentée en ouverture de saison en septembre et octobre 2019.

"Un frigo, c'est la boîte du prestidigitateur la plus élémentaire quand on n'a pas de moyens", nous dit Copi. Exilé à Paris dans les années soixante, l'auteur et dessinateur franco-argentin est une figure emblématique et déjantée de la scène et de l'affirmation du mouvement gay. Atteint du sida, il se sait déjà condamné en 1983 lorsqu'il écrit "Le Frigo". "Je n'ose pas l'ouvrir. J'ai peur d'y trouver le cadavre de ma mère", confie L., le personnage principal. Qu'y a-t-il dans le frigo, dans nos frigos ?

"Macbeth" de Shakespeare et "Les Bonnes" de Jean Genet nouent à mes yeux des correspondances profondes et, tout comme "Le Frigo" de Copi, dévoilent, chacune à sa manière, nos monstres intimes, nos désirs les plus noirs, nos ressources les plus puissantes. Je cherche à tisser les liens sensibles qui font de ces trois pièces un seul spectacle et un seul parcours vibrant pour les spectateurs : un cheminement dans les recoins inavouables de nos âmes, à la recherche de ce qui est dissimulé, enseveli dans nos cœurs, scellé dans nos frigos intérieurs. Un parcours imprévisible, lui-même monstrueux. Clément Poirée.

Gil Chauveau
30/03/2020
Spectacle à la Une

"Où sont passés vos rêves ?" d'Alexandre Prévert, en public au Bataclan

Captation intégrale "Où sont passés vos rêves ?" est le nouveau stand-up classique écrit et interprété par Alexandre Prévert, jeune pianiste de 23 ans, accompagné par le groupe Believe et le label Naïve. Ce jeune Savoyard talentueux, diplômé du Conservatoire de Paris, associe à une originalité créative le piano et les grands compositeurs, l'humour, la poésie, les échanges avec le public et les anecdotes historiques. Joyeux et virtuose, son spectacle est une pause rafraîchissante qui sied bien au contexte actuel un chouia anxiogène !

Ce spectacle est une invitation à rire ensemble de nos petites histoires personnelles et de notre grande Histoire commune, en les partageant sans complexe à travers les codes du stand-up, de la musique classique et de la poésie.

Pour cette nouvelle saison, Alexandre Prévert vous propose un voyage dans le temps et dans l'Histoire à travers les rêves d'amour de Verlaine et de Liszt, les rêves de révolution de Beaumarchais et de Mélenchon, le rêve d'égalité de Martin Luther King ou encore le rêve d'un nouveau Monde partagé par Gérard et Christophe Colomb !

Sur votre route, vous pourrez également croiser Mozart, Apollinaire, Leonardo DiCaprio, Renaud, Schubert, Montaigne, Booba et Kaaris, Chopin, et même Napoléon III dans un Airbnb...

Alors, où sont passés vos rêves ?

Gil Chauveau
27/03/2020
Sortie à la Une

"Comment va le monde ?" de Marc Favreau, mise en scène de Michel Bruzat, avec Marie Thomas

Captation intégrale Proposée par RBD Productions, le Théâtre de la Passerelle (Limoges) et le Théâtre Les Déchargeurs (Paris), "Comment va le monde ?" a été filmé en 2017 dans ce théâtre parisien. Il s'agit d'une création de Marie Thomas permettant de découvrir les textes et de rendre hommage à Sol, le clown clochard imaginé et interprété pendant plus de quarante ans par le québécois Marc Favreau (1929-2005).

Parce qu'il a toujours eu envie de protéger la terre, Sol, pétrisseur, jongleur de mots, à la diatribe philosophique et humoristique, s'évade. Lui, il n'a rien, ce clown naïf nous fait partager sa vision du monde, il joue avec les maux/mots de la terre. La grande force de Sol, c'est de n'être rien, ça lui permet de jouer à être tout. Simplicité, liberté, folie, note bleue mélancolique dans les yeux.

"On est tous Sol seul au fond de soi et qu'il est le pôvre petit moi de chacun. Il se décarcasse pour que la vérité éclate. Il n'a pas d'amis, rien que des mots, il débouche sur la poésie pure. Liberté.

"Il est le plus petit commun dénominateur, c'est-à-dire qu'il a en lui, quelque chose de chacun de nous. Tout le monde finit par se reconnaître en lui. Pourquoi ? Un exemple de qualité, sans emphase, sans ostentation, avec humilité. Il insuffle au langage une énergie. Poète philosophe, médecin de l'esprit, menuisier, jardinier, autodidacte. Dans une époque secouée par toutes sortes de crises, cultivé, il transcende avec un grand éclat de rire. As du cœur, poète, rêveur, il rejoint le clown et l'Auguste. On s'enrichit à son contact. Enfant, il va jusqu'à l'absurde et dissèque ce petit peuple de tous les jours. Ce n'est pas une mise en accusation mais un constat témoin, malin. Il pose les questions, soulève des interrogations. Il est plus que jamais nécessaire de faire entendre les mots de ce clown/clochard, humaniste, qui nous parle de l'état de la planète, de la consommation.

"Et Marie Thomas lève la tête comme si le ciel lui parlait. Elle ne ressemble à personne, c'est fou comme j'aime. J'aime sa gaieté et sa mélancolie, ce vide et ce plein en elle. Un clochard aux traits d'un clown triste s'en va faire son "parcours" au milieu des mots. Il recrée tout un langage qui distrait le quotidien de sa banalité. Il dissèque la société et ses multiples aveuglements. Un marginal qui découvre le monde et le recompose avec humour. Tout est tourné en dérision avec délicatesse." Michel Bruzat, metteur en scène.

Gil Chauveau
26/03/2020