La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Danse

"Corps extrêmes"… Tout en exploit !

Le chorégraphe Rachid Ouramdane convie, dans sa création, récits et vidéos pour mettre en parallèle les mondes du slackline, de la varappe et de la danse. Accompagnés de mélodies musicales, les danseurs investissent une paroi rocheuse au travers d'une gestuelle parfois acrobatique en compagnie d'un funambule de l'extrême.



© Pascale Cholette.
© Pascale Cholette.
Cela démarre par une vidéo avec Nathan Paulin qui traverse sur un simple fil élastique de vastes étendues perchées. Une voix off, la sienne, raconte ses sensations, son approche face à ce vide et cette concentration de tous les instants qu'il doit avoir pour apprivoiser ces espaces et ce vent, plus ou moins fort, qui le porte.

Le 24 mai dernier, à 110 mètres au-dessus du sol, il a battu le record du monde de slackline en ralliant, à partir d'une grue mobile, près du barrage du Couesnon, le Mont Saint-Michel sur une distance de 2,2 kilomètres.

Sur les planches, on le retrouve toujours suspendu à ce même fil élastique, rejoint ensuite par neuf artistes apparaissant en haut d'une paroi blanche représentant un mur rocheux avec ses multiples prises. Le démarrage du spectacle est un peu long. La voix off qui était l'écho de la vidéo avec Nathan Paulin se poursuit. Pendant plusieurs minutes, la scène se remplit de cette voix qui raconte un bout de la vie ô combien périlleuse du funambule. Sauf qu'il est physiquement présent et qu'à ce moment, le silence aurait été peut-être un meilleur compagnon pour le découvrir.

© Pascale Cholette.
© Pascale Cholette.
Les artistes descendent de la paroi en s'aidant des prises. Par paires et au sol, l'un juché sur les épaules de l'autre, ils se déplacent sans élégance comme si le sol était un lieu de contraintes et parfois avec des sauts périlleux. Dans les airs, la donne change avec une gravité qui porte les artistes. Ceux-ci semblent flotter quand ils sont dans les airs par la poussée des mains de leurs coéquipiers sur leurs plantes des pieds. Ils deviennent aussi légers que des plumes. Ils tombent ou s'envolent vers et à partir de la paroi sur laquelle ils s'agrippent. Comme des virgules.

Au-dessus de la scène, Nathan Paulin est sans mot et toujours perché. Il n'a pas de contact avec les artistes restés au sol ou qui parcourent la paroi. Nous sommes sur deux rapports à l'espace. L'un en l'air mais jamais dans les airs quand les autres sont au sol mais parfois dans les airs. La gestuelle reste simple et dépouillée. Ce qui est surtout mis en avant, ce sont les similitudes qui doivent faire siennes les distances, la concentration et l'équilibre. L'échelle n'est pas la même pour les premières qui sont très étendues dans le slackline et la varappe. Pour la dernière, elle est le jalon ultime de ces trois pratiques. Sans elle, point de salut.

© Pascale Cholette.
© Pascale Cholette.
Le chorégraphe montre aussi leurs différences par rapport à soi et aux autres. Quand, pour ces sports extrêmes, la solitude est le seul compagnon de route, chez le danseur, elle est plutôt rare. Chose que l'on peut remarquer dans la représentation où, sur le mur d'escalade, chacun est à chaque fois rejoint par un ou plusieurs interprètes afin d'élaborer une gestuelle ou un mouvement.

Puis il y a une autre vidéo avec le récit d'une chute. Dans celle-ci, la parole revient avec des images d'une varappeuse qui monte une très grande paroi rocheuse dans un paysage des plus sauvages et naturels. Sur scène, une protagoniste monte, de façon très physique, le mur d'escalade avec de grands écarts de jambes pour atteindre les prises. Là, les mouvements sont plus rugueux et plus tendus, l'équilibre tenant par la force musculaire.

Le funambule et la varappeuse ont, pour arme d'équilibre, la concentration afin d'être en communion avec les éléments qui les entourent. Rachid Ouramdane fait un rapprochement entre ceux-là et la danse dans un rapport au sol différent avec pour les premiers, à éviter, quand pour le dernier, il est un appui. Ainsi, il devient chez les uns, issue fatale, alors que pour l'autre, une aide et un rebond. Les spectateurs sont souvent absents dans les performances des premiers. À l'inverse de la dernière qui se nourrit du public. Le chorégraphe marie ces deux univers en les rapprochant sous le regard de Nathan Paulin, perché à une dizaine de mètres du sol, le public le regardant aussi. La boucle est bouclée.

"Corps extrêmes"

© Pascale Cholette.
© Pascale Cholette.
Conception : Rachid Ouramdane.
Avec : Hamza Benlabied, Airelle Caen, Löric Fouchereau, Nathan Paulin, Arnau Povedano, Ann Raber Cocheril, Belar San Vicente, Maxime Seghers, Seppe Van Looveren, Leo Ward.
Musique : Jean-Baptiste Julien.
Vidéo : Jean-Camille Goimard.
Lumières : Stéphane Graillot.
Costumes : Camille Panin.
Régie générale : Sylvain Giraudeau.
Durée : 1 h.

Du 16 au 24 juin 2022.
Du mardi au samedi à 20 h 30, jeudi à 19 h 30, dimanche à 15 h 30.
Chaillot - Théâtre national de la Danse, Salle Jean Vilar, Paris 16e,
01 53 65 30 00.
>> theatre-chaillot.fr

© Pascale Cholette.
© Pascale Cholette.

Safidin Alouache
Mercredi 22 Juin 2022

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022







À découvrir

Au 41e Festival de la Vézère souffle l’esprit de la musique

Le festival de référence en Corrèze poursuit son aventure malgré la disparition de sa regrettée fondatrice. Il offrira cette saison encore de très beaux rendez-vous musicaux.

Festival de la Vézère 2020, concert de la famille Pidoux © 28mmphoto.
Pour sa 41e édition, le Festival de la Vézère fera vivre l'esprit des lieux puisque Diane du Saillant poursuit la belle mission que s'étaient fixés ses parents, Isabelle et Guy : donner la plus grande audience à la musique et à l'opéra en Corrèze en région Nouvelle-Aquitaine. Elle est donc à la tête depuis cette année du festival fondé en 1981 et entend même le développer. Dix-neuf événements forts rassemblant 150 artistes dans treize lieux remarquables sont offerts dès le début de juillet et ce, pour plus d'un mois.

Fidèle à son esprit alliant exigence et éloge de la beauté, invitant nouveaux venus et artistes fidèles, la manifestation entend rassembler un public très divers : jeunes, familles, mélomanes avertis et amateurs estivaux de sensations nouvelles. De nombreux lieux patrimoniaux se sont ajoutés au cours des quatre décennies mettant le public aux premières loges de l'excellence musicale. En cette année 2022 s'y ajoutent deux nouveaux : les Ardoisières de Travassac et les Jardins de Colette à Varetz. Ce dernier accueillera le 20 juillet Alex Vizorek et le Duo Jatekok, les talentueuses sœurs pianistes, pour un "Carnaval des animaux" de Saint-Saëns attendu.

Outre le désormais traditionnel week-end lyrique des 5, 6 et 7 août au Château du Saillant, rendu possible grâce à la formidable compagnie du pianiste Bryan Evans, Diva Opéra (avec "Tosca" et "Cosi fan tutte" cet été), voici une petite sélection d'évènements inratables chinés au cœur d'un riche programme.

Christine Ducq
25/06/2022
Spectacle à la Une

•Off 2022• "Fantasio" L'expression contemporaine d'un mal-être générationnel

"Buvons l'ami et songeons à ce mariage point désiré." Éternel sujet maintes fois traité par nos grands auteurs classiques, l'union "forcée" reste encore d'actualité et l'acte de résistance qu'opposent les femmes, quel que soit le pays, peut induire une forme de rébellion et une revendication d'indépendance, d'autonomie, de liberté qui traversent facilement le prisme de la modernité.

© Andreas Eggler.
Il y a des compagnies et des metteurs en scène que l'on a particulièrement plaisir à suivre, à retrouver. Qui nous offre des moments où l'on aime sans crainte laisser se glisser nos oreilles, nos yeux, notre attention dans le confort d'une nouvelle création dont on sait quasiment par avance qu'elle nous régalera, ravira tous nos sens. Un spectacle de la Cie de L'Éternel fait assurément partie de ces petits bonheurs qui sont résolument inscrits dans une pratique novatrice, fougueuse, audacieuse et talentueuse de l'art des saltimbanques… celui qui réjouissait les foules au temps des tréteaux, des "sauteurs de bancs"*.

Au cœur de la pièce de Musset se joue le mariage politique de la princesse Elsbeth, enjeu d'un pays/royaume, décevant, sans vigueur et sans perspective pour les jeunes générations, à la gouvernance désabusée. En contrepoint, Fantasio, jeune homme désespéré - fuyant la routine, l'ennui qui naît du quotidien, la lassitude du "rien faire" -, désargenté et à l'avenir incertain, se joue des conventions, peu respectueux de la gente bien-pensante. Endossant de manière inattendue la posture et le costume de bouffon, habité d'une folle énergie soudaine et d'excès de lucidité bénéfique, il bouleverse la donne, sème un joyeux et revigorant bordel, boosté par un esprit vif et pertinent, et fait imploser sans violence le mariage.

Gil Chauveau
23/06/2022
Spectacle à la Une

•Off 2022• "Eurydice aux Enfers" Vivre comme mourir engage l'être tant dans son âme que dans son corps

Ayant perdu son épouse Eurydice, Orphée pleure sa mort durant la cérémonie funèbre. Zeus, voyant le chagrin du jeune homme, l'autorise à descendre aux Enfers pour qu'il aille chercher sa bien-aimée. Une seule condition lui est imposée : qu'il ne croise le regard d'Eurydice à aucun moment.

© Julie Mitchell.
Accueilli d'abord avec hostilité par les Esprits infernaux, Orphée est ensuite guidé par les Ombres heureuses dans le paysage des Champs-Élysées et elles lui rendent Eurydice. Tous deux chantent le bonheur retrouvé et Orphée veille à ne pas regarder son épouse. Mais celle-ci commence à douter de l'amour d'Orphée qui lui refuse tout contact. Tenu au silence, Orphée finit pourtant par briser le serment et témoigne son amour à Eurydice : la jeune femme s'effondre aussitôt, laissant à nouveau Orphée seule. Toutefois, grâce à l'intervention de l'Amour, ils seront bientôt unis pour l'éternité.

Tel est le résumé du célèbre mythe d'Orphée et Eurydice. Mais c'est avec une grande modernité et une grande audace que la Compagnie de l'Eau qui Dort, sous la houlette de Gwendoline Destremau, a revisité ce dernier. Ici, c'est Eurydice qui traverse la croûte terrestre pour retrouver son amant Orphée décédé. Elle rencontre de multiples cadavres et créatures qui font de sa route vers l'amour un véritable chemin initiatique. La mise en scène, d'une modernité heureuse et lumineuse, met l'accent sur une incontestable dimension féminine sans toutefois afficher de grandes revendications féministes auxquelles on est souvent confronté ! Car dans cette pièce, tout est soigneusement sobre à ce sujet, juste et subtile.

Brigitte Corrigou
25/06/2022