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Trib'Une

Chronique pour "deux mois'elles"

La chronique d'Isa-belle L

Avant qu'elles ne quittent la région parisienne pour un horizon plus dégagé dénommé Avignon, voici, et pour la prima volta, ma chronique partagée pour deux femmes, seules en scène.



"Molly B" © Laurent Lafuma.
"Molly B" © Laurent Lafuma.
Ce serait bien pour ces deux comédiennes que le soleil, enfin, revienne. Et je ne dis pas ça parce que mon ordinateur a planté et que la chronique que j'offrais à ces femmes seules en scène, s'est fait engloutir, comme cet orage qui a sévi hier en Mayenne. Deux femmes pour une chronique, en voilà une idée sympathique ! Je me permets donc ce lien de non-parenté, mais néanmoins artistique, entre deux comédiennes de talent qui honorent les plateaux de Paris à Bourré (Loir-et-Cher), d'Avignon à Nîmes depuis plusieurs mois, clamant haut mais jamais trop fort, des mots et autres maux de femmes écrits majoritairement par des hommes.

Pendant que Livane remet en lumière un trio de femmes épatantes, voilà que Cécile se donne à cœur et corps "joies" dans son seule en scène ! Livane Revel et Cécile Morel ont plusieurs points communs, outre leurs noms respectifs qui se terminent en "EL". Livane reprend Piaf, Damia et Fréhel ; Cécile, elle, revisite et modernise le monologue de Molly Bloom. (Ulysse de James Joyce).

Les trois artistes que remet en lumière Livane, ne sont plus à présenter, en revanche, le personnage de Molly B est moins connu et mérite qu'on s'y arrête un peu. Pour ceux et celles qui ont lu "Ulysse" et jusqu'au bout (moi, non)… ce nom de Molly B ou Pénélope, résonnera dans vos oreilles. Pour les autres, difficile de faire court, tant ce monologue est dense et l'écriture de Joyce nourrie d'une foultitude d'éléments. Molly B est le dernier chapitre de ce roman qui, aujourd'hui encore, est considéré comme l'un des plus importants de la littérature moderne du XXe siècle.

Livane © Paul Evrard.
Livane © Paul Evrard.
Molly B, telle qu'elle est présentée, est une artiste, déjantée, sensuelle et animée de créativité. Toutes alors sont des femmes qui évoquent l'amour, le désir et la liberté. C'est réjouissant de constater à quel point, ces femmes, que les comédiennes reprennent, n'avaient ni tabou ni problème à évoquer leur intimité, leurs plaisirs, leurs déboires et leur vie sexuelle. Aucune limite. Raconter la vie, leur vie. Cécile et Livane ? Il va vraiment falloir vous présenter. Car un autre point commun est à relever : votre féminité.

Une féminité simple et assumée. Livane, sur scène, porte une robe blanche à petits pois rouge, pendant qu'attend et très sagement, près de Cécile, une paire de talons… rouges. Toutes deux chantent, l'une s'accompagne d'une guitare, d'une basse et d'un Yukulélé, pendant que l'autre, reprend les chants cités dans le roman, avec grâce et musicalité.

Touchantes dans leurs interprétations, gracieuses dans leurs déplacements et charmantes dans leurs façons de regarder les gens. On se prend au jeu. On savoure, on écoute, on sourit avec Cécile, on rit avec Livane. Livane Revel chante mais c'est aussi une excellente comédienne qui entre les morceaux et dans son habit de bonbon aiguise une belle interaction. Il y a des seules en scène où les bâillements se comptent à la pelle, où les yeux piquent de vulgarité et d'inspiration lourde comme la moiteur du ciel.

"Molly B" © Laurent Lafuma.
"Molly B" © Laurent Lafuma.
Et puis, il y a des seules en scène qui ne s'affichent pas encore sur les colonnes parisiennes mais qui, cependant, réveillent en nous une soif de chaleur humaine. Rime alors ce duo chic aux noms en "el", et qu'avec elles, s'envolent plus haut encore les textes de Joyce, de Piaf, de Damia ou de Fréhel. Que plus haut encore et pour longtemps surtout, résonnent ces solos incarnés par deux sublimes comédiennes qui jamais n'oublient, d'offrir aussi, des petits bouts d'elles.

Que soient longtemps applaudies ces dam'oiselles, qu'elles s'envolent sur toutes les scènes, de Paris à Mayenne ou de Nîmes à Avignon, comme cette pluie qui va bien finir par laisser la place au soleil.

"Molly B" © Laurent Lafuma.
"Molly B" © Laurent Lafuma.
"Molly B"
D'après James Joyce
Adaptation, mise en scène et jeu : Cécile Morel.
Création lumières : Jean-Pierre Nepost.
Durée : 1 h.

●Avignon Off 2018●
Du 6 au 29 Juillet 2018.
Maison de la Poésie,
6, rue Figuière, Avignon.
Tous les jours à 14 h 45.
Réservation : 04 90 82 90 66.
>> poesieavignon.eu

"Livane" © Paul Evrard.
"Livane" © Paul Evrard.
"Piaf, Frehel,Damia et moi"
À partir de 12 ans.
Création et chant : Livane.
Durée : 1 h 20.

21 juin 2018 à 17 h et 18 h 30 : Bibliothèque municipale, Beaucaire (30).

●Avignon Off 2018●
12 et 19 Juillet 2018.
Maison de la Parole,
7, Rue Prévôt, Avignon.
Ces deux jours à 14 h.
Réservation : 04 90 82 61 10.
>> maisondelaparoleavignon.wordpress.com

Isabelle Lauriou
Mercredi 20 Juin 2018

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"La petite fille de monsieur Linh" Tenter de donner une raison à la vie… à l'exil

Après déjà plusieurs années d'exploitation et de succès, Sylvie Dorliat reprend le très touchant conte de Philippe Claudel, "La petite fille de monsieur Linh", qu'elle a adapté pour la scène et qu'elle interprète. Une bonne occasion de découvrir ou de revoir ce spectacle lumineux et délicat parlant avec humanité tant de l'exil, de la mort, de la folie que de l'amitié et de l'espoir d'une nouvelle vie.

De la guerre, de la fuite, de l'exil peut naître la folie. Lorsque l'on a vu sa famille, tous ceux que l'on aime se faire tuer, quand on a tout perdu, perdre la raison peut devenir un refuge, un acte de survie, une tentative désespérée de renaissance en s'inventant une nouvelle histoire…

Guerre, mort, fuite inéluctable pour un espoir de survie, triviale association caractérisant chaque jour toujours plus notre monde… Bateau, exil, nouvelle contrée inconnue, centre d'hébergement, accueil pour vieil homme et petite fille. Pays nouveau, pays sans odeur, sans les odeurs colorées et épicées de son Asie natale, peut-être le Vietnam ou le Cambodge.

Tout commença un matin où son fils, sa belle-fille et sa petite fille s'étaient rendus dans les rizières. Cette année-là, la guerre faisait rage. Ils sont tués durant leur travail. Tao Linh récupère sa petite fille, Sang diû (Matin doux) 10 mois - elle a les yeux de son père (son fils), dit-il - et entreprend une épuisante traversée, à l'horizon une terre occidentale. Apprivoiser ce nouveau pays, ces gens inconnus, cette promiscuité dans ce centre d'accueil pour émigrés. Puis, au bout d'un moment, se résoudre, se décider à sortir pour découvrir cette ville qui l'accueille.

Dans un parc, assis sur un banc, et l'arrivée de monsieur Bark. Premier contact, et les prémices d'une nouvelle amitié. Ils parlent de leur femme (mortes). Parle de la guerre, celle à laquelle a participé Bark dans le pays de Linh. Bark l'invite au restaurant, lui offre un cadeau, une robe pour la petite. Tao Linh va être déplacé mais dans la même ville. Se retrouve dans une chambre… Enfermement…

Gil Chauveau
09/09/2020
Spectacle à la Une

"Les Dodos" Virtuoses aux agrès comme aux guitares… pour des envolées poétiques et musicales, sensibles et rebelles !

Quel point commun peut-il y avoir entre un dodo, gros oiseau incapable de voler - et plutôt maladroit - et un acrobate ? L'inconscience naïve pour le premier, qui le conduisit à sa disparition, l'inconscience maîtrisée - avec une peur raisonnée pour la sécurité - qui le mène vers le spectaculaire et la performance virtuose pour le second... C'est en résumé l'étonnante création de la compagnie Le P'tit Cirk qui s'articule autour de la musique et de l'envol avec la guitare comme partenaire privilégié, instrument musical ou agrès des plus surprenants !

Fondé en mars 2004 sur les projets de Danielle Le Pierrès (Archaos, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, Cirque Plume, etc.) et de Christophe Lelarge (Cirque du Soleil, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, etc.)*, le P'tit Cirk est basé dès sa création à Lannion en Bretagne. Cette implantation correspond à une démarche artistique volontaire de long terme afin d'être acteur de la vie culturelle du Trégor, de partager et de transmettre leur passion, et d'aller à la rencontre d'un public qui n'a pas forcément l'occasion ou la demande de découvrir cette forme d'approche de travail envers le cirque. Le spectacle "Les Dodos" est la sixième proposition de la compagnie.

Cette dernière création (en tournée depuis trois ans) confirme, si besoin était, leur statut de compagnie majeure dans le paysage du cirque de création à l'échelle européenne… et leur ouverture permanente à différentes pistes… de cirque. Chez les membres du P'tit Cirk, le sens du collectif, le côté pur, brut et extra-ordinaire de l'exploit sont aussi importants et incontournables que le jeu d'acteur, la mise en piste, la lumière et la scénographie. La performance est là mais n'occulte en rien la trame poétique présente à chaque instant.

Gil Chauveau
17/09/2020
Sortie à la Une

"Cabaret Louise" Cabaret foutraque et jouissif pour s'indigner encore et toujours !

Grandes ignorées de nos scolarités boutonneuses, la Commune et l'une de ses figures majeures, Louise Michel, sont tirées du passé et ici convoquées à une célébration festive et effrontée, bâtie sur des fondations soixante-huitardes bienfaisantes, où se réunissent de manière intempestive, ou pas, Rimbaud, Hugo, Léo et Théophile Ferré, Louise Attaque, Johnny Hallyday, Jules Ferry et Adolphe Thiers, etc., prenant vie grâce aux joyeux jeux virtuoses de Charlotte Zotto et Régis Vlachos.

En une forme de cabaret drolatique, foutraque, jouissif et impertinent, est rendu hommage à la révolte, à l'espérance d'une toujours future révolution, au souvenir de celles qui ont eu lieu - sans malheureusement toujours beaucoup d'efficience -, à celles et ceux - communards ou soixante-huitards - qui les imaginèrent sur le terreau de folles utopies. Régis Vlachos nous offre à nouveau un insolent et hilarant éloge d'une nouvelle rébellion à inventer, nous incitant, dans le respect de nos libertés individuelles, à nous indigner encore et toujours.

Cet hommage audacieux et - forcément - libertaire est associé subtilement, dans un intelligent second plan et en un judicieux contrepoint, à nos désespérantes actualités. Et, tour de force réussi, est généré, en complément inattendu et croustillant, une approche de mise en abyme conjugale du couple tentant de représenter le spectacle tout en l'interrompant de tempétueuses disputes, de tentatives de réconciliation… ou de négociation de définitive séparation... Instillant ainsi dans tous les tiroirs narratifs, une revendication féminine et féministe émanant historiquement de Louise Michel et, dans une contemporanéité militante, celle de la femme d'aujourd'hui que sont les comédiennes Charlotte Zotto et Johanna Garnier.

Gil Chauveau
31/08/2020