Quantcast
La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Paroles & Musique

Barber Shop Quartet… L'art sublimé et tellement désopilant de la chansonnette a cappella

"Opus 3", Théâtre L'Archipel, Paris

Reprise ! C'est frais, joyeusement impertinent et gaiement irrespectueux… À la quintessence de l'humour, de l'harmonie vocale et de la gestuelle burlesque. Comme un doux et délicieux nectar, cela se déguste lentement, les oreilles grandes ouvertes, les zygomatiques en parfait état de fonctionnement et le cerveau disponible aux intelligentes mélodies et autres chansonnettes…



© Corinne Perea-Landa.
© Corinne Perea-Landa.
Le nez est fleuri, subtilement épicé, l'attaque en bouche est surprenante, fraîche, ayant beaucoup de souplesse (tant dans les basses que les hautes notes). Au palais, beaucoup de vivacité, avec des sensations enthousiastes, et quelques effets hilarants. Bref, le nouveau spectacle du Barber Shop Quartet est un grand cru.

Ils sont quatre (normal pour un quartet !) mais dès la première phrase musicale, on sent qu'ils sont beaucoup "plus" ; et que les personnages, bruitages, objets vocaux vont défiler, voire voler haut ! Ce quartet, originaire de Bordeaux (AOC), qui semble se bonifier au fil des millésimes (selon certaines infos glanées auprès de quelques négociants dans un bar bordelais), puise son répertoire initial dans la tradition chorale a cappella que l'on pouvait entendre dans les files d'attente chez les barbiers américains. Les premières ritournelles chantées dans "Opus 3" par Marie-Cécile Héraud, Cécile Bayle, Bruno Buijtenhuijs et Xavier Vilsek rendent d'ailleurs hommage à cette pratique devenue petit à petit habituelle, au début du XXe siècle, dans les salons de cette profession rasante et coiffante.

© Corinne Perea-Landa.
© Corinne Perea-Landa.
"Welcome song", "It's Barbershop showtime", "Véronique, le printemps est là !", telles sont les mélodies populaires que fredonnaient, pour patienter, leurs clients. Affinant progressivement ces envolées vocales en élaborant une harmonisation construite sur quatre parties d'accords consonants pour chaque note mélodique, cela conduira à la naissance du style "Barbershop Music".

Très rapidement, le répertoire de turlurettes traditionnelles interprété par le Barber Shop Quartet est complété par des créations humoristiques en français, mises en scène sur un mode burlesque, rappelant parfois la chanson de geste… mais en version déjantée. Bruno Buijtenhuijs, fondateur du groupe, est l'auteur d'une grande partie des chansons mais l'on trouve également dans ce nouveau spectacle des gags chantés du comique québécois François Pérusse ("La censure", "Les comédies musicales"), "Ma maison de rêve" du regretté Ricet Barrier ou "Honneur aux barbus" de Pierre Dac et Francis Blanche sur une musique de Rossini (Ouverture de Guillaume Tell).

© Corinne Perea-Landa.
© Corinne Perea-Landa.
Chacun des membres du Barber Shop Quartet, en dehors de leur tessiture propre, apporte une personnalité différente. Marie-Cécile Héraud est la "diva", avec une pointe d'arrogance lyrique caricaturale et de caprices vaudevillesques de soprano mais dont le talent et la fantaisie ne frisent pas le doute. Cécile Bayle est le clown féminin à l'alto charismatique et parfois insolent mais toujours d'une grande maîtrise. Du côté masculin, ténor, chef de troupe et auteur des spectacles de la compagnie, Bruno Buijtenhuijs donne le liant entre les compositions et pose son humour échevelé, désopilant et énergique sur l'ensemble.
Indéniablement, le croustillant de la troupe, le monsieur "surprise", à la fois flegmatique, timbré et jovial (oui, tout à la fois, une vraie performance), c'est Xavier Vilsek, clown avéré, bruiteur génial et inventif, et basse doué.
Tous, bien sûr, de par leurs riches spécificités soudent l'association de ces caractères musicaux en une harmonie, a cappella, superbement réussie.

On en ressort hilare, épanoui, radieux... Avec une patate incroyable, une envie irrésistible de se glisser un verre de délicieux nectar (de Bordeaux ou d'ailleurs) derrière la cravate avec des poteaux.
C'est véritablement jouissif et à consommer sans modération... Aucune !

"Opus 3"

Barber Shop Quartet.
De et avec : Marie-Cécile Héraud, Cécile Bayle, Bruno Buijtenhuijs et Xavier Vilsek.
Du 28 octobre au 17 décembre 2015.
Mercredi et jeudi à 20 h.

Reprise !
De et avec : Marie-Cécile Héraud en alternance avec Rachel Pignot, France Turjman, Bruno Buijtenhuijs, et Xavier Vilsek.
Du 15 septembre 2016 au 14 janvier 2017.
Jeudi, vendredi et samedi à 21 h.
Théâtre L'Archipel, Salle Rouge, Paris 10e, 01 73 54 79 79.
>> larchipel.net

Info tournée >> barber-shop-quartet.net

● AVIGNON OFF 2016 ●
Du 7 au 30 juillet 2016.
Essaïon Avignon,
33, rue de la Carreterie.
Tous les jours à 19 h 10.
Relâche le 12 juillet.
Tél. : 04 90 25 63 48.

Gil Chauveau
Jeudi 6 Octobre 2016

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives


Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.




    Aucun événement à cette date.



À découvrir

"Ma B.O. en couleurs" Silvano Jo… J'ai la mémoire qui chante…

"Et si pour toi, là bas c'est l'paradis Dis-toi qu'dans leur p'tite tête l'paradis C'est ici hum! C'est ici" Jean-Louis Aubert.
Le paradis c'est, un dimanche, rejoindre quelques amis.

© Laurence Guenoun.
Le paradis, c'est passer quelques instants, masqués, oui ! (Monsieur le président !) À échanger des mots avec quelques invités triés sur le volet. Non pas par prétention, mais par précaution puisque le virus circule et qu'il est, paraît-il, plus virulent, en petit comité.
Le paradis c'est, un dimanche pluvieux, se retrouver pour soutenir un artiste talentueux qui, l'espace d'un instant, transforme son loft en café-théâtre pour partager un spectacle bien vivant.

L'artiste s'appelle Sylvain mais son nom de scène est "Silvano". Et il nous offre, sur une heure, un show truffé de bons mots, de chansons d'aujourd'hui et d'avant, puis de costumes délirants.

Quel plaisir d'assister, presque clandestinement, au bonheur d'un comédien désireux de jouer, de se montrer, et de partager ; le tout accompagné par un musicien charmant et classieux.

Le paradis, pour lui, pour les deux, serait de se retrouver dans un théâtre. Vous savez, le théâtre, ce lieu où des individus de tous les horizons, le soir ou la matinée venus, se rejoignent pour entendre, écouter, savourer des textes d'auteurs, morts ou vivants ? Ces lieux dont on ne sait peu de choses en ce moment, excepté les grands… et encore… on se demande parfois qui ils intéressent vraiment ?

Isabelle Lauriou
05/02/2021
Spectacle à la Une

"Hamlet", encore et toujours dans une "mise en je" de Gérard Watkins

L'ombre fantomatique du vieux Roi légendaire n'est pas prête à laisser en paix les générations qui se suivent, tant les interrogations posées par William Shakespeare sont d'une historicité atemporelle. Désirs de pouvoir et de sexe intimement reliés l'un à l'autre pour les rendre consanguins, trahison et fidélité à un moi idéal déposé en soi par les vœux des pères, guerres des sexes et guerres intestines ou intracommunautaires se recouvrant à l'envi, ce magma incandescent parle en nous comme une matière en fusion à jamais constitutive de l'humain.

© Alexandre Pupkins.
L'auteur et metteur en scène d'"Ysteria", présentée naguère sur ce même plateau du TnBA, s'attaque avec une frénésie palpable à ce monument de littérature. Après avoir minutieusement traduit le texte original pour, tout en en préservant l'authenticité, y injecter dans les plis du discours ses propres motifs, Gérard Watkins propose trois heures et plus d'effervescence permanente. Endossant lui-même le rôle du fratricide et régicide Claudius, il donne le tempo de sa scansion décalée présidant à sa manière si particulière de faire "entendre" le vers shakespearien retraduit.

Collant sinon à la lettre du moins à l'esprit de son illustre prédécesseur, il s'affranchit de la loi des genres pour proposer indistinctement à des femmes les rôles d'hommes et vice-versa. Ainsi le rôle-titre est-il confié non sans un certain bonheur à la tragédienne née qu'est Anne Alvaro, usant avec subtilité des gammes de sa sensibilité à fleur de peau, à la fois hardie et fragile, pour réifier les affres vengeresses du jeune Hamlet. À ceci près cependant que la grande différence d'âge qui la sépare de son personnage peut rendre moins crédible le statut d'Hamlet dont le jeune âge n'est pas étranger à sa problématique au lien paternel et maternel.

Yves Kafka
15/01/2021
Sortie à la Une

J'ai peur de ne pas renouveler mes droits… Eux en ont la certitude

Je suis intermittente du spectacle. Ce n'est pas mon métier, mon métier, c'est comédienne. Intermittente, c'est juste mon régime d'indemnisation du chômage. C'est aussi une pratique d'emploi : je travaille à la mission, souvent avec des contrats très courts, pour différents employeurs. D'où un régime d'indemnisation adapté.

© DR.
J'exerce bien évidemment au théâtre, parfois au cinéma, à la TV ou pour la pub, souvent dans l'événementiel. Je travaille aussi régulièrement dans un lieu culturel important qui n'est pas un lieu de spectacle. Pas mal de mes collègues artistes travaillent aussi dans les parcs d'attractions et de loisir.

Pourquoi ce constat ? Parce que quel que soit le secteur où j'exerce, je travaille régulièrement avec des collègues "extras" de la restauration et de l'événementiel, des professionnels du "catering", des agents d'accueil, de sécurité, et des salariés du tourisme, embauchés à la mission, en CDDU, exactement comme moi. Comme pour moi, leurs secteurs d'activité sont à l'arrêt total. Or, eux, n'ont pas de régime spécifique. Ou plutôt, n'en ont plus (1).

Avec la crise que nous vivons, j'ai bénéficié d'une mesure de maintien de mes droits. Elle est ce qu'elle est, elle est imparfaite, mais l'"année blanche" me garde la tête hors de l'eau jusqu'en août 2021.

Eux, comptent les jours sans travail, pas simplement pour "refaire leurs heures", mais parce que chaque jour qui passe est un capital (2) qui s'effrite - quand ils n'ont pas déjà eu la malchance de perdre leurs indemnités avant la crise, suite à la réforme monstrueuse de 2019 (3). Leur indemnité chômage s'épuise sans se recharger depuis 10 mois. Pour beaucoup d'entre eux, c'est déjà le RSA.

Rébecca Dereims, Comédienne
19/02/2021