La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Pitchouns

Avignon Off 2015 "Pierre et loulou" : de Prokofiev au "ciné-théâtre marionnettique"... Superbe !

En tournée à partir d'octobre 2015

Nous repartons d'Avignon avec le sentiment qu'il nous aurait fallu quelques semaines de plus pour tout découvrir, compte tenu des 1 336 spectacles que constitue le festival Off. Nous avons tout de même réussi à dénicher quelques pépites que nous espérons retrouver un jour sur une scène publique ou privée. C'est le cas de ce spectacle "Pierre et Loulou", absolument magnifique !



© DR.
© DR.
Attente… Des enfants courent de partout mais sont vite canalisés. Un petit stand est prévu où ils peuvent dessiner, feuilleter des livres sur le thème du loup tout en buvant une grenadine. Au grand bonheur des parents... qui ne sont pas obligés de courir dans tous les sens en attendant le début de "Pierre et Loulou". Et ce qui va suivre ne sera pas moins intelligent et pensé pour les enfants…

Sans parole, les personnages de ce conte bien connu évoluent sur les musiques originales de Prokofiev. Mais l'histoire est quelque peu détournée. Ici, le loup n’est pas méchant, il a juste faim. Et dès que Pierre (qui n’a peur de rien) lui aura offert un festin, Loulou redeviendra un animal gentil et domestique. De plus en plus aujourd'hui, on s'éloigne de cette représentation d'un loup qui fait peur. Il est très fréquent de retrouver dans la littérature jeunesse, des loups gentils ou ridicules et souvent très drôles. Ce détournement permet de démythifier et de dédramatiser la figure du loup bien trop souvent stigmatisée par les contes d'antan. Et c'est le parti pris de ce spectacle.

© DR.
© DR.
Ici, la comédienne-marionnettiste (Kham-Lhane Phu) fait évoluer ses personnages sur un comptoir derrière lequel se trouve un grand écran où sont projetés les décors. Les marionnettes, quand elles sortent de scène, peuvent ainsi se mélanger à l’écran. Le principe est astucieux, le résultat superbe. Il permet de conserver un rapport en 3D, même avec l’image : "si les marionnettes sont inspirées de l’art brut, des jouets de Calder ou des illustrations de Christian Voltz, les décors, entièrement filmés, rendent plutôt hommage au cinéma d’animation russe, aux collages de Matisse, aux toiles du Douanier Rousseau. Les paysages traités en à-plats colorés sont composés comme de l’Ikebana, en cherchant une harmonie de construction linéaire, de rythmes et de couleurs. En jouant sur le ciel et le sol, ils sont autant de décors qui créent de la profondeur et donnent de l’espace aux scènes jouées sur le castelet".

Dans ce "ciné-théâtre marionnettiste", la musique de Prokofiev prend ici un tour pas commun. Les tableaux sont magnifiques. Les enfants absolument captivés et tenus en haleine durant les quarante minutes du spectacle. Eux au moins ne trichent pas !


"Pierre et Loulou"

© DR.
© DR.
D'après "Pierre et le Loup" de Sergueï Prokofiev (1891 - 1953).
Mise en scène, lumière et voix : Serge Dangleterre.
Avec : Kham-Lhane Phu assistée de Martine Gautier.
Décors vidéo : les Danglefou.
Compagnie les Danglefou (Serge Dangleterre et Kham-Lhane Phu).
Durée : 40 minutes.

Avignon Off Du 4 au 26 juillet 2015.
Tous les jours à 11 h 30 et à 15 h.
Collège de La Salle, salle de Classe, 04 32 76 20 43.

Tournée 2015-2016
10 et 11 octobre 2015 : Saint Hyppolite (17).
22 octobre 2015 : Orsay (91).
1er novembre 2015 : Belle-île-en-mer (56).
15 novembre 2015 : Issy-les-Moulineaux (92).
19 décembre 2015 au 3 janvier 2016 : Atelier de la Bonne Graine, Paris (11e).
17 janvier 2016 : Chatou (78).
16 au 18 février 2016 : Suresnes (92).
31 mars et 1er avril 2016 : Épernon (28).

Sheila Louinet assistée d'Enora Lesquibe
Lundi 27 Juillet 2015

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022







À découvrir

"L'Écume des jours"… Étonnant et détonnant !

C'est une pièce renversante montée par Claudie Russo-Pelosi à partir d'un roman qui l'est tout autant même si, de son vivant, Boris Vian n'a pas connu la popularité et la reconnaissance qu'il obtiendra ensuite. Dans une mise en scène qui s'appuie aussi sur quelques-unes de ses chansons, sur l'un de ses poèmes et sur le jazz de Duke Ellington, bousculé par un rap, l'amour entre Chloé et Colin prend une tonalité presque surréaliste en écho au style de l'artiste.

© Les Joues Rouges.
Boris Vian (1920-1959), l'homme aux mille qualités artistiques et aux mille vies. Scientifique, démarrant sa vie professionnelle à l'AFNOR (Agence Française de NORmalisation), musicien, écrivain, nouvelliste, chroniqueur, chanteur, poète, dramaturge, critique musical, directeur artistique, Satrape du collège de Pataphysique, il a touché, marqué et influencé différents domaines de l'art. Grand animateur de Saint-Germain-des-Prés où il a été l'un des premiers musiciens du célèbre Tabou, il avait pour passion le jazz et a joué un moment en tant que trompettiste dans le groupe de Claude Luter (1923-2006). Il a influencé des artistes comme Gainsbourg (1928-1991) par ses compositions et ses interprétations. Sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, il a écrit aussi des romans, de type américain, dont le plus connu, "J'irai cracher sur vos tombes" (1946), lui a valu autant la célébrité que les ennuis fiscaux.

Mettre en scène un roman est toujours un exercice de réécriture et celui que la troupe "Les Joues Rouges" effectue de "L'Écume des jours" (1946) donne à l'œuvre une lecture théâtrale vive, condensée et musicale. Le roman a eu une reconnaissance tardive, bien après la mort de l'écrivain et bien qu'il ait eu l'appui de Raymond Queneau (1903-1976) et de Jean-Paul Sartre (1905-1980) lors de sa parution. Il a été écrit très rapidement, de mars à mai 1946. C'est une histoire d'amitiés, de désirs, d'amours, de maladie, de mort, de solitude et de couples autour, entre autres, de Chloé (Lou Tilly) et Colin (Ethan Oliel), de Chick (Stéphane Piller) et Alise (Aurore Streich).

Safidin Alouache
04/08/2022
Spectacle à la Une

"L'Alchimiste" Un bien joli voyage théâtral !

Dans une création théâtrale du célèbre roman de Paulo Coelho, le metteur en scène comédien Benjamin Bouzy réussit à créer, dans une simple mais belle scénographie, un voyage autant intérieur qu'extérieur de Santiago, en quête de sa vérité, qui découvre le monde avec ses secrets, ses trésors et ses surprises.

© Matthieu Lionnard.
C'est le mariage d'un conte philosophique, celui de "L'Alchimiste" ("O Alquimista", 1988) de Paulo Coelho et du théâtre, mis en scène par Benjamin Bouzy. À la recherche de sa légende personnelle, pour reprendre les termes de l'auteur brésilien, avec son langage du cœur, ses signes et à la découverte de l'âme du monde, le berger andalou Santiago (Benjamin Bouzy) nous mène du Maroc vers les pyramides d'Égypte en passant par le Sahara. C'est un véritable concentré de poésie et d'actions.

La voix claire, sans tension durant toute la représentation, Santiago porte avec lui le "mektoub", à savoir "ce qui est écrit" comme un parfum de fatalité plein d'espoir. Bien avant qu'il réalise ce que c'est réellement, il l'habite avec quiétude et parfois inquiétude dans les multiples événements qu'il vit. Sa voix, durant ceux-ci, fait l'écho d'une certaine fragilité à la fois poétique et naïve.

L'histoire est racontée au fil de l'eau par deux conteurs, Myriam Anbare et Fabien Floris, qui jouent aussi, à eux deux, tous les autres rôles. Seul Benjamin Bouzy reste dans son personnage. Cette découpe entre conte et actions, récit et situations donnent à la pièce une double dimension avec la parole et l'écrit, le théâtre et le roman. Les actions s'enchaînent dans des tableaux avec, pour chacun, leur décor et leur ambiance. Nous sommes ainsi projetés dans un ailleurs situé dans plusieurs lieux avec un récit qui se décline sous différentes conjugaisons.

Safidin Alouache
06/09/2022
Spectacle à la Une

"Le Dépôt Amoureux" Ou l'art de revisiter de façon tout autant scientifique qu'humoristique le mystère de l'amour et du désamour

Associer avec justesse et inventivité une narration légèrement décalée - du fait de la transposition du traumatisme de la rupture amoureuse d'un patient nommé Noé dans le milieu hospitalier puis dans un centre de rééducation du cœur - et la danse, dont les chorégraphies exprimées peuvent nous mener, selon les interprétations de chacun, dans les méandres du cerveau où s'affrontent les sentiments opposés issus du chagrin d'amour, ou plus exactement de la maladie intitulée ici avec humour… le "Separatus Brutus", telle est la folle création théâtrale, ludique, dynamique et cocasse de la Cie Tout le monde n'est pas normal… Et on veut bien le croire !

© Festival Toi, moi and Co & Ema Martin.
Sur scène, un patient accoutré en mode opératoire d'un linge blanc et entouré de blouses tout aussi blanches qu'on imagine être celles d'une chirurgienne et de quelques autres personnels de santé. L'opéré, Noé, naufragé du cœur après avoir navigué sur l'arche du bonheur, a subi une rupture tout aussi cardiaque que mentale, maladie connue sous le nom évocateur - bien qu'à consonance latine - de "Separatus Brutus".

L'opération chirurgicale est représentée de façon abstraite par le retrait de filaments rouges dans le dos de notre dépité amoureux sous anesthésie. Énumération des actes pratiqués et des suites prévues, envisagés en usant de termes scientifiques propres à consolider la véracité de l'acte médical. C'est la première fois que Noé est atteint de ce mal. Dans son cas, l'annonce de la "fracturation" s'est faite sur l'oreiller avec malheureusement pour lui l'option "rester amoureux" ! Noé, rescapé, survivant, d'un naufrage sentimental.

Diagnostiquer, narrer comme s'il s'agissait d'une opération cardiaque, à cœur "en mal d'amour" ouvert. Après l'intervention vient le temps de la convalescence, direction un centre de rééducation du cœur faisant aussi office d'unité expérimentale de recherche sur le "Separatus Brutus". Dans ce lieu, véritable "dépôt amoureux", on imagine aisément un hangar dans lequel on retrouve des personnages errant comme des âmes en peine. Noé va donc y faire des rencontres nocturnes, issus de son imaginaire… ou pas !

Gil Chauveau
21/09/2022