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Théâtre

Ah le foot, le foot, le foot… Oui, mais en version féminine, pour une étonnante aventure humaine

Ça commence limite "foutage de gueule", genre numéro de cirque en guise d'attraction préambulaire… Après le combat de catch de nains, pourquoi un match de foot féminin pour ouvrir la kermesse annuelle du journal L'Union à Reims ! Sauf que… les choses vont prendre une tournure inattendue… Avec une coupe du monde à la clé ! C'est la nouvelle et formidable histoire de femmes que nous racontent Pauline Bureau et sa compagnie.



© Pierre-Grosbois.
© Pierre-Grosbois.
Reims, été 68. Dans la perspective d'un événement footballistique important, coach et cadres de l'équipe locale cherche une attraction en préambule de la confrontation sportive… Et pourquoi pas des femmes courant après un ballon, c'est original et rigolo, du jamais vu !* Des filles sur un terrain de foot, voilà un divertissement apte à régaler les mâles… majoritaires sur les gradins.

S'ensuit un appel à candidates qui, à la grande surprise de l'initiateur (Nicolas Chupin), répondent présentes. Mais son étonnement est total quand il les voit taper dans le ballon ; et jouer avec enthousiasme, aisance, rapidité et une immense liberté, sans retenue. Elles ont entre 16 et 32 ans, venant d'horizons différents, et sont bien décidées à faire de cette mauvaise plaisanterie divertissante l'aventure de leur vie.

Et, ici, Pauline Bureau nous rappelle que l'histoire du football féminin est indissociable de l'évolution de la société et de ses luttes. Femmes footballeuses, femmes ouvrières, l'un peut être l'échappatoire de l'autre, enquête historique, en quête d'histoire… Plusieurs aspects de la condition de la femme sont abordés, montrés. Et dans les années soixante, de la famille à l'usine, les exemples ne manquent pas, actualités sociales sur fond de rendement à la chaîne, de taux horaires, flagrantes et énormes disparités de salaires entre les hommes et les femmes (ça a changé ?), etc.

© La Part des Anges.
© La Part des Anges.
Décor astucieusement conçu sur deux niveaux : en haut, c'est l'atelier prolétaire, le bas étant dédié au foot, aux coulisses, les vestiaires. Troisième élément qui prend vite son importance, l'écran format horizontal qui se déploie sur le niveau haut (usine) sur lequel est projeté un film (réalisé par Pauline Bureau et Nathalie Cabrol), face extérieure de la vie des footballeuses, en images sportives d'entraînements et de matchs filmés… en "opposition" à l'aspect pile de la vie intérieure de celles-ci, tant dans les vestiaires que dans des lieux plus intimes telle la chambre de Rose (Louise Orry-Diquero), l'une d'entre elles, ou la salle à manger familiale de Marinette (Camille Garcia).

À l'étage industrieux, ouvrières affectées à la presse hydraulique, à la chaîne, mains attachées par sécurité… oui, mais aussi expression d'une symbolique forte, attachées/détachées par le contremaître, maître… forcément masculin. Inégalités dans tous les domaines, celle salariale, historique archaïsme maintenu ; ou celle du couple où le conjoint à la posture dominante peut en venir aux viols/violences sous le prétexte d'une demande en mariage s'écrasant lamentablement devant le refus d'une compagne qui, dans sa démarche d'indépendance sportive, voit poindre une liberté sociale et morale à venir.

En intermèdes des jeux de vestiaires, discrètement, se mêlent en contrepoint des moments plus intimes. Notamment quand Françoise (Sonia Floire), gardienne du stade et joueuse, ne sachant pas lire, demande à Marinette de lui dire ce qu'est la lettre qu'elle vient de recevoir. Par la suite, cette dernière lui apprendra petit à petit. Se joue ici aussi une partition de la solidarité… L'équipe est un groupe de femmes solidaire qui s'entraide. Idem pour Rose lorsqu'elle est battue - par celui qui aurait pu être son époux s'il avait été moins con - car elle ne veut pas devenir une épouse soumise. Elle sera accueillie, après avoir quitté le domicile des ébats et battues, par Joana (Marie Nicolle).

© Pierre-Grosbois.
© Pierre-Grosbois.
La grande réussite de Pauline Bureau est de nous proposer une association ingénieuse, claire et précise, de la vie sportive et de l'intimité de ces femmes où point, avec comme toujours une vraie et talentueuse implication des membres de la compagnie, l'évolution de chacune d'entre elles, en reflet de ce que fut sans doute la réalité à cette époque-là… Difficile de concilier le rôle de mère de famille et une activité sportive prenante !

Marinette, par exemple, au départ lycéenne, va grandir, changer, aller vers plus de maturité. Elle change de look, de coiffure (coupe ses cheveux), devient "femme", quittant l'adolescence (du début). Dans le même temps, elle a appris à lire à Françoise. Parallèlement, les ouvrières de l'usine se mettent en grève. Elles revendiquent notamment l'égalité salariale. Tenant bon, les négociations finissent par devenir intéressantes pour elles. Le combat se transforme en Victoire… But !

1978, Taipei. L'équipe de France (joueuses majoritairement de l'équipe de Reims) gagne la coupe du monde. Sont sacrées championnes du monde !

Les femmes ont pris de l'importance. L'équipe peut penser différemment. Certaines se sont libérées du carcan familial, d'autres ont appris à lire, à penser sans les hommes, à faire bouger les lignes. C'est l'histoire d'une libération, celle des femmes s'affranchissant du pouvoir des mâles. L'apport de la féminité victorieuse au sein des vieux préjugés machistes. Dans un sport qui ne s'écrivait, ne s'envisageait qu'au masculin, des femmes ont commencé à graver leurs noms, à démontrer, à mettre en avant, leur indépendance et la force obstinée de leur combat... qui doit encore - car malheureusement rien n'est définitivement acquis - se poursuivre aujourd'hui.

* Pas tout à fait puisque le 1er match de football féminin disputé en France s'est déroulé en 1917. Puis en 1920, 1er match international disputé par les françaises, en Angleterre.

"Féminines"

© Pierre-Grosbois.
© Pierre-Grosbois.
Texte et mise en scène : Pauline Bureau.
Assistante à la mise en sène : Léa Fouillet.
Avec : Yann Burlot, Nicolas Chupin, Rébecca Finet, Sonia Floire, Léa Fouillet, Camille Garcia, Marie Nicolle, Louise Orry-Diquéro, Anthony Roullier, Catherine Vinatier.
Dramaturgie : Benoîte Bureau.
Scénographie : Emmanuelle Roy.
Composition musicale et sonore : Vincent Hulot.
Lumière : Sébastien Böhm.
Costumes et accessoires : Alice Touvet.
Maquillage et coiffure : Catherine Saint-Sever.
Vidéo : Nathalie Cabrol, assistée de Christophe Touche.
Collaboration artistique : Cécile Zanibelli et Gaëlle Hausermann.
Durée : 2 h.
Par la Compagnie La Part des Anges.
Créé le 5 novembre à la Comédie de Caen - CDN de Normandie.

Du 27 novembre au 7 décembre 2019.
Du mardi au samedi à 20 h, dimanche à 15 h.
Théâtre de la Ville - Les Abbesses, Paris 18e, 01 48 87 59 50.
>> theatredelaville-paris.com

Tournée 2019/2020
10 décembre 2019 : Théâtre Roger Barat, Herblay (95).
Du 16 au 20 décembre 2019 : Théâtre Dijon Bourgogne - CDN, Dijon (21).
9 janvier. 2020 : Le Pont des Arts, Cesson-Sévigné (35).
14 et 15 janvier 2020 : Le Granit - Scène nationale, Belfort (90).
21 janvier 2020 : Théâtre, Fos-sur-mer (13).
24 janvier 2020 : Théâtre Le Liberté - Scène nationale, Toulon (83).
4 et 5 février 2020 : Le Bateau feu - Scène nationale, Dunkerque (59).
8 février. 2020 : La Nouvelle Scène de la Somme, Nesle (80).
10 et 11 mars 2020 : Théâtre - Scène nationale, Angoulême (16).
18 et 19 mars 2020 : La Filature - Scène nationale, Mulhouse (68).
24 et 25 mars 2020 : Théâtre Firmin-Gémier La Piscine, Chatenay-Malabry (92).
31 mars 2020 : Le Nest - CDN, Thionville (57).

Gil Chauveau
Vendredi 6 Décembre 2019

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Reims, été 68. Dans la perspective d'un événement footballistique important, coach et cadres de l'équipe locale cherche une attraction en préambule de la confrontation sportive… Et pourquoi pas des femmes courant après un ballon, c'est original et rigolo, du jamais vu !* Des filles sur un terrain de foot, voilà un divertissement apte à régaler les mâles… majoritaires sur les gradins.

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Gil Chauveau
06/12/2019
Spectacle à la Une

"Le Pas Grand Chose" Un regard de côté pour illuminer le monde

Subvertir la pensée commune par des postures intellectuelles radicales, propres à faire passer ce pseudo conférencier circassien pour un autiste Asperger des plus performants, semble le crédo existentiel de cet artiste hors normes. Par le biais de son regard décalé, il recrée sous nos yeux un monde fabuleux, enchantant notre imaginaire et stimulant nos neurones assoupis.

Johann Le Guillerm, dès son apparition sur le plateau, poussant une improbable carriole-bureau à tiroirs, en impose. Son costume, sa cravate, sa tresse impeccable, sa voix monocorde… tout en lui dégage une inquiétante étrangeté mâtinée d'une sérénité au-dessus de tout soupçon. Comme si cet homme d'un autre temps, d'une autre époque, avait accumulé dans les plis de son être un savoir qui nous faisait défaut, nous les prisonniers de la caverne platonicienne condamnés à ne voir en toutes choses que le pâle reflet de nos vies formatées.

"Est-ce que quelqu'un dans la salle pourrait m'indiquer le chemin qui n'irait pas à Rome ?"… Dès sa première adresse au public, le ton est donné : si quelqu'un d'aventure, fort de ses nouveaux savoirs, s'était égaré là, conforté dans l'idée que la terre est ronde (suprême révélation datant d'à peine cinq cents ans) et que l'homme n'est pas maître en sa demeure (Freud, et la découverte de l'inconscient au début des années 1900), il pourrait illico "battre en retraite". Copernic, Galilée, Freud n'ont fait qu'ouvrir la voie… à nous de la poursuivre.

"La science de l'idiot" chevillée au corps, Johann Le Guillerm va faire exploser littéralement le prêt-à-penser confortant des idées manufacturées, fussent-elles actualisées, dupliquées à l'envi par la nécessité d'une reproduction sociale garante de l'ordre décliné par le savoir officiel. Penser autrement le monde, c'est ce qu'il fut amené à faire, d'abord à son corps défendant. Diagnostiqué enfant dys+++ (dyslexique, dysorthographique, etc.), il fut conduit à la rébellion de l'esprit en dessinant d'autres épures. Réflexe de survie.

Yves Kafka
21/12/2019
Sortie à la Une

"À mon bel amour"… Urbain, classique, éclectique et artistique

C'est sous le prisme des danses urbaines, contemporaine et classique que la chorégraphe Anne Nguyen interroge les identités au travers du corps et de son rapport à l'espace où le waacking, le popping, le voguing, le locking et le krump portent leurs signatures au détour de pointes, de balancés, de lock et de bounce.

Noir sur scène, puis un groupe se détache dans une lumière tamisée qui vient dessiner les creux de leurs silhouettes. La musique démarre à un rythme effréné. Au début, tout est homogène, ils forment une seule et même entité dans une intimité qui est balayée par le tempo musical. Comme un pied-de-nez à la sensation scénique d'un sentiment intime qui s'extériorise violemment.

À tour de rôle, comme une réminiscence des années soixante, soixante-dix, quatre-vingt, le waacking, le popping, le voguing, le locking, le krump, en appui des danses contemporaine et classique, apparaissent autour d'un socle artistique commun dans lequel chacun vient se nourrir au même humus. Des différences ? Oui, bien sûr, dans le tempo, la gestique, le rapport au corps, à la scène et à l'autre, mais tout ceci puise dans un même objectif, celle de faire communiquer une sensation, un état d'âme, une volonté farouche ou timide de montrer quelque chose sur le plateau, un ce je-ne-sais-quoi qui fait de l'artiste un buvard aux émotions qui a besoin, pour notre plus grand plaisir, de s'épancher.

Safidin Alouache
10/12/2019