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Danse

"Afanador"… Grande précision poétique du ballet flamenco

Fondé en 1978, le Ballet Nacional de España, dirigé par Rubén Olmo, est l'invité du théâtre du Châtelet jusqu'au 2 avril. Mariant tradition, modernité et ruptures artistiques, Marcos Morau, dans "Afanador", manie avec art une approche chorégraphique transformant les corps des artistes en machines de précision.



© Merche Burgos.
© Merche Burgos.
Noir sur le plateau où se détachent des ombres baignées d'une clarté blanche. Dans ce clair-obscur constant, Marcos Morau bouscule les codes. Danse originaire d'Andalousie, deux styles de flamenco, la Minera et la Seguiriya, accompagnent musicalement cette création de 2023.

Marcos Morau est le petit-fils du photographe Ruvén Afanador. Il s'est inspiré, pour ce ballet, de l'œuvre de son aïeul en ayant pour ambition de mettre en commun dans ces deux formes d'art "le désir charnel de capturer la vie – celle qui, par définition, ne se laisse pas capturer". Nous y avons vu, de notre côté, les couleurs noire et blanche de photographies avec leurs clairs-obscurs. Les chorégraphies ont été créées par Marcos Morau, La Veronal, Lorena Nogal, Shay Partush, Jon López et Miguel Ángel Corbacho. Elles ont pour pilier un rythme et une rapidité d'exécution, aussi bien dans les mouvements que dans la synchronisation entre interprètes.

Comme dans ce tableau où le rideau est presque complètement baissé, ne sont visibles que les pieds des danseurs et danseuses à hauteur d'en dessous de leurs genoux. Leurs chaussettes relevées ou baissées se font dans un rythme rapide et saccadé, de façon harmonieuse. À l'exception de quelques solos de flamenco où tacon, punta, planta et golpe s'enchaînent, le spectacle est une construction chorégraphique où chaque artiste devient une pièce architecturale qui participe à un grand ensemble. Leurs gestiques et leurs gestuelles sont en écho les unes aux autres, tout étant lié et relié.

© Merche Burgos.
© Merche Burgos.
Ainsi, il y a de magnifiques tableaux comme celui où les artistes sont distribués autour d'un grand cercle. Ils restent dans un pré carré de quelques centimètres dans lequel, pour chacun, leurs trajets et leurs gestuelles se centrent autour d'une chaise. La scénographie de Max Glaenzel est extrêmement bien construite, les mouvements s'enchaînant avec rythme, précision et fluidité de façon remarquable. Les interprètes deviennent presque des robots dans leurs exécutions artistiques. Marcos Morau, créateur de la méthode KOVA, appréhende, en effet, le corps comme un mécanisme précis qui peut être découpé en différentes parties pour les rendre indépendantes les unes des autres.

La scénographie de Max Glaenzel évolue durant le spectacle. Elle laisse découvrir, entre autres, un grand plateau où au milieu se tient suspendu un grand panneau de bois qui se tourne pour laisser apparaître un escalier extérieur de secours. Plus loin, apparaît à un balcon, de dos, la tête d'une femme dont ses cheveux descendent jusqu'au sol à une bonne dizaine de mètres. Des dessins à la craie noire habillent le tout. Ils sont aussi utilisés pour orner, à un autre moment, l'espace autour de deux interprètes. La scénographie devient un élément important. Elle apporte aussi une touche créative graphique qui projette le flamenco dans un espace imaginaire.

© Merche Burgos.
© Merche Burgos.
Marcos Morau réussit à lier le moderne au traditionnel dans la musique, la scénographie, les gestiques et la gestuelle. La Minera et la Seguiriya sont accompagnées par la musique d'Enrique Bermúdez, Jonathan Bermúdez et, à deux reprises, uniquement par le chant de Gabriel de la Tomasa, la guitare d'Enrique Bermúdez et les percussions de Roberto Vozmediano. Un moment, la guitare est arrêtée brusquement par une danseuse, marquant une rupture dans le spectacle, faisant de l'instrument, ainsi que du chant, des éléments non plus aussi axiaux du flamenco.

Les castagnettes sont aussi présentes dans une chorégraphie composée d'une dizaine d'interprètes en rang aligné qui enchaînent les carretillas en harmonie et de façon synchronisée. Ainsi, l'instrument n'est plus en accompagnement de cette danse, mais au centre de celle-ci.

Plusieurs approches en rupture du flamenco articulent la représentation, comme cette danseuse qui fait des braceos, gestuelles de bras ondulées le long du corps, en silence sans que des taconeos se fassent entendre, les talons ne tapant pas le sol. Un moment, la danse contemporaine est conviée, où les braceos sont abandonnés pour des troncs qui se glissent sur les planches et où les jambes sont relevées, comme dans ce duo dans lequel tout est affaire de bascule au sol.

Bref, "Afanador" est d'une grande richesse créative. Le ballet est superbe de poésie et d'originalité, autant dans sa scénographie que dans ses chorégraphies.
◙ Safidin Alouache

"Afanador"

© Merche Burgos.
© Merche Burgos.
Concept et direction artistique : Marcos Morau.
Chorégraphies : Marcos Morau, La Veronal, Lorena Nogal, Shay Partush, Jon López, Miguel Ángel Corbacho.
Dramaturgie : Roberto Fratini.
Création musicale : Juan Cristóbal Saavedra.
Collaboration : MarIá Arnal.
Musique (Minera et Seguiriya) : Enrique Bermúdez, Jonathan Bermúdez.
Paroles (Temporera, Trilla, Liviana, Bambera et Seguiriya) : Gabriel de la Tomasa.
Scénographie : Max Glaenzel.
Création lumière : Bernat Jansà.
Vidéo : Marc Salicrú.
Réalisation des décors : Mambo Decorados et May Servicios para Espectáculos.
Costumes : Silvia Delagneau.
Conception visuelle et sonore : Marc Salicrú.
Perruques : Carmela Cristóbal.
Coiffure : JuanjoDex.
Chanteur : Gabriel de la Tomasa.
Musiciens : Enrique Bermúdez (guitare), Roberto Vozmediano (percussions).
Par le Ballet Nacional de España.
Durée : 1 h 35.

Du 27 mars au 2 avril 2026.
Du mardi au vendredi à 20 h, samedi à 16 h et 20 h, dimanche à 16 h.
Théâtre du Châtelet, 1, place du Châtelet, Paris 1ᵉʳ.
Téléphone : 01 40 28 28 40.
>> Billetterie en ligne
>> chatelet.com

Safidin Alouache
Lundi 30 Mars 2026

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