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Théâtre

"À la trace"… de l'un et l'autre

"À la trace", Théâtre de la Colline, Paris

Sur un texte d'Alexandra Badea, Anne Théron, au travers d'une mise en scène qui propose une double exposition de jeu, intérieur/extérieur, s'immisce dans les rapports humains où les personnages, par le biais du Net ou d'une recherche dans le passé, sont à la recherche une identité toujours fuyante.



© Jean-Louis Fernandez.
© Jean-Louis Fernandez.
"À la trace", c'est presque ce qu'il s'agit de faire pour suivre les fluctuations des personnages puisque s'entremêlent, dans le bon sens du terme, plusieurs plans, sur les planches et en extérieur où le jeu est filmé, dans un dialogue où l'espace géographique est aboli. L'ailleurs devient aussi ici.

La scénographie découvre une habitation avec un rez-de-chaussée et deux étages au-dessus. Des escaliers extérieurs permettent de passer de l'un à l'autre niveau. Il n'y a aucun mur, permettant ainsi de visualiser les intérieurs. Cette "maison" est souvent vide, élément scénographique et dramaturgique non anodin. Il y a Clara (Liza Blanchard), presque une narratrice, toujours en mouvement, à la recherche d'une femme, Anna Girardin (Nathalie Richard). Quand l'une, Clara, est à l'extérieur de l'appartement, à la recherche de ses origines, de son identité, l'autre, Anna Girardin, est à l'intérieur comme fuyant la sienne.

La disposition scénique est un résumé de la trame dramaturgique. Les personnages, avec Anna Girardin, communiquent par ordinateur sur des sites de rencontres. On recherche l'amitié d'une conversation avec une personne dont on ignore qui elle est et quelle relation on peut entretenir avec elle.

© Jean-Louis Fernandez.
© Jean-Louis Fernandez.
Tout est affaire de rapport… biaisé, toujours contourné, jamais frontal. Comme s'il y avait un manque à chaque fois pour Anna Girardin, un vide qui n'est pas comblé, une identité qui se cherche, perdue dans ses pérégrinations, à la recherche d'un autre, hommes sur des sites, pour y trouver un écho.

Ses propos sont tissés de demi-vérités et de demi-mensonges. L'oscillation est constante entre ce qu'elle dit et ce qu'elle réfute. Un focus est fait à chaque fois au démarrage des discussions sur le Net entre les protagonistes. On apprend ainsi le contexte social, géographique ou civil de ceux-ci.

Comme un rappel de ce qu'ils sont, de leur identité, jamais la même, toujours mouvante pour Anna Girardin, jamais au même endroit, ni avec le même métier ou le même statut civil. C'est sur ces flottements, ces dérivations multiples qu'au centre, Clara recherche un indice sur l'histoire de son père, devenu celle de sa propre histoire qui pourrait l'éclairer.

© Jean-Louis Fernandez.
© Jean-Louis Fernandez.
D'un point de vue scénographique, la découpe entre la vidéo et le plateau est très bien articulée. La discussion entre ses deux champs distincts, autant temporel que géographique, est très bien orchestrée avec un tempo bien assuré. La mise en scène donne au silence une place importante, ce qui fait que la pièce peut manquer parfois de rythme, à certains moments, avec aussi quelques longueurs.

Clara est dans une diction (narration) totale en disant également, en plus de la conversation qu'elle engage, ce qu'elle ressent intérieurement dans un dialogue qui est toujours réel, noué dans un vis-à-vis avec son interlocutrice.

Nous sommes ainsi dans deux champs "conversationnels" différents. L'un où la personne, avec Anna Girardin, dit les choses à "moitié", l'autre, avec Clara, où elle dit les choses en totalité. Transparence contre propos biaisés, ces deux rapports ne se recoupant jamais, donnant ainsi à la thématique de la pièce sa couleur verbale et son mystère.

"À la trace"

© Jean-Louis Fernandez.
© Jean-Louis Fernandez.
Texte : Alexandra Badea.
Mise en scène : Anne Théron.
Avec : Liza Blanchard, Judith Henry, Nathalie Richard, Maryvonne Schiltz.
Et à l'image : Yannick Choirat, Alex Descas, Wajdi Mouawad, Laurent Poitreneaux.
Collaboration artistique : Daisy Body.
Stagiaire assistant à la mise en scène : César Assié.
Scénographie et costumes : Barbara Kraft.
Stagiaire scénographie et costumes : Aude Nasr.
Lumières : Benoit Théron.
Son : Sophie Berger.
Musique : Jeanne Garraud (piano), Mickael Cointepas (batterie), Raphaël Ginzburg (violoncelle).
Prise de son : Marc Arrigoni, Paon Record.
Accompagnement au chant : Anne Fischer.
Images : Nicolas Comte.
Monteuse : Jessy Jacoby-Koaly.
Régie générale, lumières et vidéos : Mickaël Varaniac-Quard.
Figuration films : Romain Gillot Ragueneau, Elphège Kongombe Yamale (élève de l'école du TNS).
Durée : 2 h.

Du 2 au 26 mai 2018.
Du mercredi au samedi à 20 h 30, mardi à 19 h 30, dimanche à 15 h 30.
La Colline Théâtre national, Grande salle, Paris 20e, 01 44 62 52 52.
[>> colline.fr]urlblank :http://www.colline.fr/fr/spectacle/a-la-trace

© Jean-Louis Fernandez.
© Jean-Louis Fernandez.

Safidin Alouache
Mercredi 16 Mai 2018

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