La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
RV du Jour

À écouter : Grandeur et décadences du Festival Theatro a Corte… Berlin chez les Moscovites (épisode 2)

L’entretien continue avec Beppe Navello. Dans cet épisode, nous avons décidé d’entrer plus en détail dans le travail présenté par certaines compagnies. Une, tout particulièrement, nous a marqués. Il s’agit du Collectif Berlin. Encore très peu connu en France (la troupe se produira en octobre au 104 – nous en reparlerons), ce collectif belge se définit d’abord comme engagé. "Moscow" est la dernière étape d’un projet nommé "Holocène" (nom de l’actuelle ère géologique). Chaque spectacle est un regard aigu posé sur une toute petite partie du monde. Cette fois, il s’agit de Moscou. Le regard est provocateur et le voyage étonnant.



Plazza Castello © Vanessa Vidal
Plazza Castello © Vanessa Vidal
Sur la première photo, on aperçoit au loin une sorte de chapiteau. Pas tout à fait rond, la forme rappelle une bille de clown. L’objet dénote avec le gigantesque palais qui orne la piazzetta Reale, juste à côté de la piazza Castello (la place la plus connue de Turin).

Nous voilà à l’intérieur. Traquenard ? Ou prise d’otage ? La porte du chapiteau est tirée derrière nous, le bruit est fracassant. Il y fait sombre. Plusieurs écrans géants ornent les murs circulaires. Devant nous, une estrade sur laquelle se trouve un quatuor à cordes et un pianiste. Ça y est, nous sommes faits comme des rats !

Et c’est bien le cas de le dire. Une musique dissonante accompagne d’abord une série d’images étonnantes sur les égouts du Kremlin. Le lieu est évidemment répugnant, mais les commentaires ne manquent pas d’humour. Une chose de certaine, il ne fait pas bon y vivre. Une phrase de V. Hugo est d’ailleurs citée "une ville dans ses soubassements révèle ce qu’elle est à l’extérieur".

Peu à peu, la musique s’élève jusqu’à nous, en même temps que nous pénétrons dans le cœur de la ville russe. Des témoignages se succèdent. Ce sont ceux de Moscovites (de l’étudiant au journaliste) qui racontent la corruption qui règne en maître dans le pays. Pays où l’on trouve d’ailleurs la densité la plus élevée de milliardaires au mètre carré. Le fil directeur de ces témoignages est l’apparition récurrente de quelques acteurs du Cirque de Moscou. La question posée est donc claire : "Moscou est-elle un cirque ?"

Collectif Berlin © Vanessa Vidal
Collectif Berlin © Vanessa Vidal
Les écrans sont amovibles. Par moments, ils se dirigent vers le spectateur, presque obligé de reculer et contraint de rester debout. L’atmosphère est oppressante, les instruments pleurent leur désarroi. Mais par moments aussi, une superbe symphonie, digne des plus grands virtuoses, s’élève jusqu’à nous et nous rappelle que l’art n’est jamais bien loin… Peut-il faire naître, en même temps qu’il dénonce, l’espoir d’un renouveau ?

La mise en scène est déroutante. Contenant et contenu se rejoignent puisque toute la scénographie (jusque dans la forme du chapiteau) exprime cette forme d’oppression, d’asphyxie, d’irrégularité et de bizarrerie auxquelles le spectateur est obligé de prendre une part active. L’expérience est autant visuelle que physique, l’on en ressort retourné et les réactions sont vives.


Interview de Beppe Navello qui nous parle (entre autres) du Collectif Berlin :
beppe_navello,_interview,_episode_2_1_.mp3 BEPPE Navello, interview, épisode 2(1).mp3  (4.35 Mo)


Collectif Berlin © Vanessa Vidal
Collectif Berlin © Vanessa Vidal
Générique de l'interview composé et interprété par Pierre-Yves Plat.

Du 7 au 25 juillet 2011.
http://teatroacorte.it/
Toute la programmation :
Le programme en italien et en anglais version PDF

"#4 Moscow" - (Première nationale à Turin)
Collectif Berlin
Toutes les dates de leur tournée sur leur site :
www.berlinberlin.be

Jeudi 28 Juillet 2011

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022




Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À découvrir

Les modèles des artistes sont-elles vraiment des modèles de vie ? À en croire ces "Muses", non, et tant mieux !

La racine étymologique de musée est "temple des Muses", du nom de ces neuf déesses qui président aux arts. Ici, elles ne sont que quatre (mais neuf en alternance, tiens ? Hasard…) et l'histoire qu'elles incarnent se déroule effectivement dans un musée après la fermeture, dans la torpeur de la nuit. Dans ce spectacle très vivant, incarner est le verbe idéal pour définir ces créations de personnages, puisque ceux-ci ne sont faits, au tout début, que des figures faites de pigments, de colle, de toiles et de cire.

© Xavier Cantat.
Des figures suspendues dans leurs cadres et posées sur un socle qui sont des chefs-d'œuvre : la "Joconde" de Léonard de Vinci, la "Naissance de Vénus" de Botticelli, la "Petite danseuse" de Degas et le "Diptyque Marilyn" d'Andy Warhol… Magie du théâtre, lorsque le dernier visiteur sort, suivi par le dernier gardien, ces muses renaissent, reprennent vie, voix et chair. Alors commence une longue nuit qui va révéler les caractères surprenants, parfois volcaniques et débordants de ces personnages si sages le jour.

Besoin de se dérouiller un peu les jambes, de se plaindre de la cohue qu'elles subissent tous les jours, de se rappeler des souvenirs "d'enfance" ou de se réchauffer les nerfs aux rivalités les plus classiques, rivalités de notoriété, de séduction ou d'âge, car ces quatre figures font bien partie des représentations de l'idéal féminin en compétition, telle sera la course qu'elles mènent avec fougue et sensualité.

L'idée de départ aurait pu devenir banale et vaine sans l'inventivité que les autrices, les interprètes et le metteur en scène ont déployé. Le texte de Claire Couture et Mathilde Le Quellec ancre résolument son ton dans la fantaisie, le jeu de répliques et l'humour. Les deux autrices ont laissé libre cours à leur imaginaire en gardant un point de vue moderne. Elles dessinent des tempéraments rugueux, explosifs et inattendus, qui tranchent avec les idées convenues que l'on forme face à ces représentations idéalisées de la femme : ce que cache le visage, l'apparence, l'esthétique.

Bruno Fougniès
18/10/2022
Spectacle à la Une

"Huis clos" Sommes-nous acteurs de notre destin ou de simples marionnettes ?

Garcin, Inès et Estelle, un homme et deux femmes, se retrouvent enfermé(es) dans un salon où la lumière ne s'éteint pas et duquel il est impossible de sortir. Ils comprennent qu'ils se trouvent en Enfer et se racontent leurs histoires. Ainsi se noueront entre eux des relations complexes qui ne se révèleront pas toujours réciproques.

© Anthony Dausseur.
Est-ce bien raisonnable de retourner assister à une énième représentation de "Huis clos", ce texte incontournable du théâtre français écrit, fin 1943 - début 1944, par le célèbre philosophe Jean-Paul Sartre ? Une de ses plus belles œuvres et aussi une des plus jouées.
Quand on aime, on ne compte pas, semble-t-il.

Au Laurette Théâtre, une petite salle intimiste de quartier, se joue une nouvelle version de cette célèbre pièce, interprétée par deux comédiennes et un comédien attachant(es) et investi(es) : Sebastian Barrio, Karine Battaglia et Laurence Meini.

La proximité du public avec la scène et, de ce fait, le contact très proche avec les personnages renforcent très largement la thématique de la pièce. Rares ont été les fois où cette sensation d'enfermement a pu nous envahir autant, indépendamment des relations tendues qui se tissent progressivement entre les personnages et qui de ce fait sont décuplées.

Brigitte Corrigou
24/10/2022
Spectacle à la Une

"Das weite Land" d'Arthur Schnitzler à Vienne… Purgatoire collectif et laboratoire des âmes

"Le vaste pays", dans le titre de la pièce d'Arthur Schnitzler, se réfère aux âmes humaines. Barbara Frey saisit cette métaphore à la plénitude dans sa nouvelle mise en scène à l'Akademietheater de Vienne. Une disposition parfaite pour une distribution de premier rang où figure, entre autres, Michael Maertens (Friedrich Hofreiter), Katharina Lorenz (Génia), Itay Tiran (le docteur Mauer), Bibiana Beglau (Aigner) et l'acteur vétéran Branko Samarovsksi (le banquier Natter).

© Matthias Horn.
"Das weite Land" d'Arthur Schnitzler, parut en 1911, a été rapidement apprécié à Paris. Tombé sous le charme de la pièce, le feuilletoniste Henry Bidou a consacré un article pour louer "le talent incisif et net de l'auteur" et encourager une adaptation française. Un projet d'adaptation suivit en 1912, avec le titre traduit "Le Pays mystérieux", qui ne connut malheureusement aucune suite. Qualifiée de tragi-comédie, la pièce présente un portrait d'une société viennoise de la première moitié du XXe siècle qui se trouve dans l'entre-deux entre l'héritage du tournant de siècle et des nouveaux codes socio-culturels émergeant de la modernité.

Le drame se déroule autour du couple Hofreiter, l'industriel Friedrich et sa femme Génia, dont le mariage s'est depuis longtemps refroidi et est marqué par des infidélités mutuelles. Friedrich est récemment sorti d'une liaison avec Adèle, la femme de son banquier Natter et on suspecte Génia d'être la cause du suicide soudain du célèbre pianiste russe Korsakov, fou amoureux d'elle. Après une confrontation, Friedrich décide à l'improviste de rejoindre son ami, le docteur Mauer, dans son voyage.

Vinda Miguna
30/11/2022