La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Festivals

13e édition du Festival de Caves… Des voyages spatiaux temporels, des comédies, des drames, des cabarets…

Festival de Caves, dans 100 communes, 10 régions plus la Suisse

C'était le premier week-end de mai. Comme un bouquet d'ouverture, les spectateurs "happy few" de Besançon ont pu voir toutes les pièces de théâtre de la cuvée 2018 du Festival des Caves qui essaime maintenant dans toute la France jusqu'au 30 juin. Cette 13e édition consacre une pratique originale du théâtre.



"Comme je suis terrain vague", mise en scène de Simon Vincent, avec Anaïs Marty © Patrice Forsans.
"Comme je suis terrain vague", mise en scène de Simon Vincent, avec Anaïs Marty © Patrice Forsans.
Les comédiens, les metteurs en scène choisissent ou écrivent les textes en toute liberté puis vont dans ces lieux à forte contrainte que sont les caves, à la rencontre de personnes, de spectateurs curieux. Pas forcément nombreux, les caves sont exiguës. Le Festival de Caves est une vraie mise à l'épreuve. C'est un voyage de comédiens qui se découvrent comme des manieurs d'ombres. De ces fantaisies qui glissent sans heurts de l'effroi à la fantaisie. Pour le spectateur, une occasion unique et singulière, hors toute boulimie. Un retour à soi.

C'est que la cave est un souvenir de la caverne, ce refuge de l'homme qui y a découvert la surpuissance de son imaginaire et sa fragilité. La cave, c'est là où l'on tâtonne, trébuche. Où se transforme la vision, se mesure le temps. Où l'on respire un autre air. Où s'échafaude la capacité des signes qui effacent les murs.

Le Festival de Caves est un apprentissage de l'intimité, du métier. Une pratique de conscience et de liberté.

"Loretta Strong", de Copi, mise en scène de Florent Barret-Boisbertrand, avec Marie Champain © Patrice Forsans.
"Loretta Strong", de Copi, mise en scène de Florent Barret-Boisbertrand, avec Marie Champain © Patrice Forsans.
Il n'est pas étonnant que les propositions soient si diverses, que figure par exemple dans l'ensemble des propositions une adaptation de la métamorphose de Kafka. Ainsi, dans "Comme je suis terrain vague", Anaïs Marty joue-t-elle avec l'ambivalence des matériaux, l’instabilité des sensations. Les sacs en matière synthétique accumulés dans un coin de la cave apparaissent dans leur plasticité. Ou matière, ou reflet de rêve. Inanimé ou animé. Toute la problématique du festival est là. Dans son foisonnement et son commentaire.

Dans le Festival de Caves, on peut découvrir des monologues, des dialogues. Des voyages spatiaux temporels. Des comédies, des drames, des cabarets.

La Revue du Spectacle a repéré deux pépites. Mais cela n'est pas exhaustif.

"Deux mots"

© Patrice Forsans.
© Patrice Forsans.
Dans "Deux mots" de Philippe Dorin, Anne-Laure Sanchez est une jeune femme esseulée qui vide son sac, au vrai comme au figuré. Elle est au fond du trou en quelque sorte et ne mâche pas ses mots. Elle est de celles qui s'enfouissent en elle-même, se cachent, se terrent, soliloquent en quête d'écoute.

Le spectateur assis dans l'ombre de la cave regarde et entend un monologue en tentative de dialogue qui cherche à donner du sens aux banalités. Avec leurs charges de rêves et de colères, de solitude et de sourires, de bouffées d'émotivité.

Dans "Deux mots" s'élabore, dans une forme de désarroi optimiste, une tragédie silencieuse pleine d'humour tendre. Une solitude, une révolte qui se déroulent sur fond d'étonnement au monde à la fois béat et révolté. Dans ce spectacle se joue la conscience de soi en tant que femme et l'adéquation à l'image de la femme.

Radieuse, mutine, mutique, triste et joyeuse, joueuse, mue par le sens de la justice, un souci d'évidence. Sous le voile des sentiments, les ombres du doute.

Dans ce spectacle, en ce lieu souterrain se mesure l’emboîtement des choses et des mots . Comme une poupée russe, la cave et la comédienne expriment la dialectique de l'enfermement du réel et de l'ouverture de l'imaginaire. Dans le tâtonnement du geste et du temps. L'éveil au monde. L'émerveillement au monde.

Texte : Philippe Dorin.
Mise en scène : Monique Hervouet.
Avec : Anne-Laure Sanchez.
Création Festival de Caves en coproduction avec la Cie Banquet d'avril.

"La Méduse démocratique"

© Patrice Forsans.
© Patrice Forsans.
Dans "la Méduse démocratique", le spectateur prend place autour d'une longue table de réunion, en chêne. Solide. De celles où l'on administre débats, où l'on plaide, motive, décide, tranche. Où se développent des arguments, des raisonnements.

Dans cette cave se déroule l'ultime réunion, postmortem, par-delà les siècles avec Maximilien Robespierre. Revenant de l'au-delà. Interviewé à distance. Le texte s'appuie sur les discours authentiques à la Convention et le travail d'une historienne (Sophie Wahnich) spécialiste de la période révolutionnaire.

Le spectacle se présente comme un temps dramatique. Un temps suspendu hors le déchaînement des passions, des préjugés, des idées simplificatrices.

La forme choisie rétablit la complexité et la force de la pensée d'un homme qui parle de République, d'Exigence, de Vertu, de cohérence. Qui relie les faits et les mots dans la rigueur des circonstances. Préconise la terreur comme prévention des trahisons.

© Patrice Forsans.
© Patrice Forsans.
La cave, dans sa présence physique, joue pleinement son rôle. Geôle, bunker ou tribunal, elle est platonicienne, concentre les idées, l'intelligence, les impasses et les silences du discours. Le spectateur écoute avec attention, en son âme et conscience. C'est que Robespierre appelle à réfléchir à sa devise : "Liberté, Égalité, Fraternité… ou la Mort".

Le comédien Damien Houssier est impressionnant. De justesse, de naturel.

Adaptation et mise en scène : Anne Montfort.
Avec : Damien Houssier.
Création Festival de Caves en coproduction avec la Cie Day-for-nigh.

13e édition du Festival de Caves
Du 2 mai au 30 juin 2018.
Siège et adresse de correspondance :
Festival de Caves, La Friche artistique, 8/10, avenue de Chardonnet, Besançon (25).
Tél. : +33 (0)3 63 35 71 04.
festivaldecaves2@gmail.com
Toutes les dates sur le site du festival
>> festivaldecaves.fr

Jean Grapin
Vendredi 11 Mai 2018

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






    Aucun événement à cette date.



À découvrir

"Sabordage" Comme une synthèse de la modernité… une implosion écologique à venir, avenir sombre de notre monde…

Elle fut riche et belle, plaisante et paradisiaque, pays de cocagne… puis devint consommatrice et opulente, industrieuse, minière et calamité écologique, pour finir mendiante et désespérée, à l'avenir destructif d'une future terre qui coule à pic… C'est la "belle" histoire de l'île de Nauru*, miroir de notre prochain anéantissement - au délicat (!) mais définitif intitulé "6e extinction de masse" -, qui nous est contée par le talentueux Collectif Mensuel.

Narration aux allures de débats, de commentaires, d'échanges réalistes… Scénographie en une forme d'actions documentaires, visible au lointain par report vidéo "en direct", en rappel de notre monde de l'image, expression ironique de nos chaînes d'infos en continu pour une structure créative d'un théâtre pédagogique, d'un reportage théâtralisé… Car ici tout est vrai, le drame, les horreurs économiques, le dézingage des ressources et de l'environnement… le sabordage de l'île a vraiment eu lieu, sans parler des perspectives radieuses d'une fin en version sous-marine !

Le récit - dans un préambule exposant un éden de rêve aux allures de paradis touristique, sis à quelques encablures de la Papouasie-Nouvelle-Guinée (près de 2 700 km quand même !) - se construit sur un montage cinématographique et télévisuel où le collectif puise dans les séries et films des années soixantes-dix quatre-vingt, tous célèbres et ancrées dans nos imaginaires collectifs…

Gil Chauveau
11/10/2019
Spectacle à la Une

FAB 2019 "Concours européen de la chanson philosophique" La philosophie mise en musique dans un dispositif à faire kiffer "l'euro-vision"

Massimo Furlan, performer suisse mâtiné d'Italien, était dans ses jeunes années fan de l'Eurovision, de ses paillettes éblouissantes et de ses bluettes sentimentales réunissant joyeusement sa famille autour du petit écran. Près d'un demi-siècle plus tard, c'est la grande avant-scène du Carré qui le projette sous les sunlights en splendide ordonnateur - flanqué d'une superbe créature en robe lamé - de deux soirées "enchantées" dédiées à une vision de notre Monde. Comme quoi divertissement populaire et réflexion de pointe peuvent rimer ensemble…

FAB 2019
Reconstituant somptueusement le décorum kitsch du concours de l'Eurovision ayant à jamais impressionné ses premières émotions artistiques, le performer semble jubiler en détournant "sérieusement" le répertoire d'origine pour proposer un récital de onze chansons dont l'écriture a été confiée par ses soins à des philosophes, sociologues et autres chercheurs sachant penser le monde. L'interprétation de ces textes métaphoriques revient à des artistes costumés de manière délirante, projetés en direct par un vidéaste décuplant leur truculente présence scénique sur les notes d'un orchestre en live.

Quant au Jury réuni sur une singulière estrade roulante dénotant avec sa "notabilité", il est composé d'éminents professeurs d'université et sommités intellectuelles se prêtant avec grâce et bonheur au jeu de leur interprétation avant d'attribuer leur note. Le public - le genre l'impose - est sollicité en permanence afin de faire entendre également "sa voix" captée par un "votaton" chargé d'enregistrer le volume d'applaudissements attribué à chaque candidat.

Yves Kafka
15/10/2019
Sortie à la Une

"Fake"… Un "Peer Gynt" pour explorer le monde de l'info et de l'intox

"Fake - Tout est faux, tout est fou", Gare de l'Est, Paris

L'homme vagabonde sous les toits ferroviaires, au carrefour des âmes voyageuses… il est conteur. Peer Gynt partit aussi à l'aventure, cheminant entre rêve et réalité. Le narrateur s'en inspire pour démêler le vrai du faux… de notre réalité… Extraire le fake à l'ère des news…

Spectacle déambulatoire, performance de rues (ici intérieure), Fake convoque un conteur, un concepteur compositeur, des musiciens, pour une exploration d'un nouveau type où le spectateur, équipé d'un casque audio, se laisse emmener, au sens littéral comme virtuel dans une promenade découverte entre vraies et fausses informations.

Dans ce périple artistique, ce dernier garde toute liberté d'action, plus précisément de mouvements, déambulant dans l'espace proposé au fil de ses envies, de ses inspirations ou guidé par l'histoire, narration sonore, vocale et musicale, composée en direct et diffusée dans le casque et/ou influencé par la vue, le cheminement de l'acteur, Abbi Patrix, interprétant à sa façon Peer Gynt, exprimant son ressenti du lieu, posant des questions sur la véracité du réel ou interrogeant le badaud passant.

Les éléments sonores audibles dans le casque sont superposés, sans apparente cohérence mais peuvent stimuler ou orienter la perception du spectateur qui fait le choix d'être actif ou passif, ponctuellement ou de manière permanente, redevenant alors un simple observateur.

Gil Chauveau
10/10/2019