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Théâtre

Dans "Soledad" Santiago Moreno transforme le silence de la solitude en fanfare ensoleillée

Les créations de l'art marionnettique font presque toujours preuve d'originalité dans la forme et dans le propos. Elles s'emparent de thèmes que le pur théâtre a abandonnés au profit des sujets à la mode, sujets de société et d'actualité. Peut-être est-ce dû à la pratique même du théâtre de marionnette et du théâtre d'objet qui, par essence, met l'humain en face de l'inanimé qui soudain se met à vivre. Ainsi les doutes, les peurs, les fantaisies qui peuvent définir l'humain sont remis au centre.



© Vincent Zobler.
© Vincent Zobler.
C'est le soir de Noël. L'homme assis à sa table en formica devant son assiette en arcopal mange. Un petit sapin en plastique trône à sa gauche. Dans le silence de cette cuisine, le craquement de la biscotte sous les dents alterne avec le glougloutement du vin qui coule dans le verre, de la déglutition, du compresseur du réfrigérateur qui se met en route et toute cette symphonie discrète se mélange au tic-tac de la pendule. Dans le silence, la solitude, tous les bruits ont pris une importance particulière et la conception sonore du spectacle nous transporte immédiatement dans la perception intime du personnage.

Ce personnage, interprété par Santiago Moreno, n'est pas d'une époque très définie. Sa petite moustache, ses cheveux bien gominés, son costume et sa cravate rouge père Noël peuvent le faire exister aussi bien dans les années cinquante qu'à notre époque. Il est relativement intemporel comme tout ce qui l'entoure, tous les éléments du décor qui vont peu à peu prendre vie, intervenir et emporter notre personnage dans un imaginaire magique et musical.

© Vincent Zobler.
© Vincent Zobler.
Ici, les bruits, assemblés comme par coïncidence, vont devenir rythmes, mélodies, musiques. Une goutte d'eau qui tombe soudain du plafond va donner le tempo. Un saladier en métal posé sous cette fuite transforme ce son en volutes, la trotteuse de la pendule se met à cliqueter en rythme et avec un sourire, notre personnage énigmatique entre dans la musique en usant du verre, de la bouteille, de la table comme percussion.

Ceci n'est que le début de ce voyage en imagination où la solitude se peuple de sons, de danses et de magie. Les objets inventés et fabriqués par Delphine Bardot et Santiago Moreno, qu'ils soient statiques ou si bien mécanisés qu'on les croirait autonomes et doués de raison, peuplent tous le spectacle. Ils sont le support des étapes qui jalonnent cette soirée, interpellent le personnage joué par Santiago Moreno, jouent avec lui, se jouent de lui. La réalité vacille, le temps se tend ou se rétrécit, la partition qui paraît non écrite mène la danse.

Pour ce spectacle, Santiago Moreno semble rendre hommage aux trucs et aux illusions optiques du siècle passé et de plus loin encore, inventés dans les labos photos, dans les cabarets ou dans les foires. Il utilise des mécanismes simples, qui ont fait leur preuve : vitres et jeux de lumières qui diffractent son personnage comme si son esprit et son corps se divisaient en deux, voire en trois, utilisation des Ombres chinoises, créations d'automates, mime… L'utilisation de ces techniques apporte, en plus de la notion d'intemporalité, une part totalement poétique au spectacle, comme cette danse à quatre jambes qui "endiable" le personnage.

Toute cette machinerie, cette musicalité exigent une précision extraordinaire aussi bien de la part du comédien, en plus de l'interprétation dramatique de son rôle, que du manipulateur, Benoît Dattez, qui agît en invisible pour que la magie opère. Elle opère à fond. Emportés par la folle équipée de ce personnage solitaire inventant pour lui-même un monde fait de sons et de musique, on le suit jusqu'au bout où sa maestria le transforme en homme-orchestre multi-instrumentiste hors du commun.

"Soledad", une solitude si bien peuplée qu'elle rend nostalgique d'une époque sans écrans, oreillettes ni flux continus, où l'imaginaire faisait l'affaire pour habiller le silence.

La Compagnie La Mue/tte est artiste associée au Mouffetard - CNMa depuis 2022. Aurélia Ivan est la nouvelle directrice du théâtre depuis le 1ᵉʳ janvier 2026. Elle succède à Isabelle Bertola qui était aux commandes du Mouffetard depuis 2013.
◙ Bruno Fougniès

"Soledad"

© Vincent Zobler.
© Vincent Zobler.
Conception : Santiago Moreno.
Mise en scène et coécriture : Delphine Bardot, Santiago Moreno et Benoît Dattez.
Interprétation, manipulation et musique : Santiago Moreno.
Manipulation et présence magique : Benoît Dattez en alternance avec Marion Träger.
Construction : Delphine Bardot et Santiago Moreno.
Création lumière : Frédéric Toussaint.
Création sonore : Floxel Barbelin et Nicolas Pierre.
Environnement sonore : Gabriel Fabing et Santiago Moreno.
Composition musicale : Santiago Moreno.
Costumes et ombres : Lucie Cunningham.
À partir de 8 ans.
Durée : 50 minutes.

Du 26 mars au 4 avril 2026.
Mardi au vendredi à 20 h, samedi à 18h et dimanche à 17 h.
Le Mouffetard - CNMa, 73, rue Mouffetard, Paris 5ᵉ.
Téléphone : 01 84 79 44 44.
>> Billetterie en ligne
>> lemouffetard.com

Tournée
10 avril 2026 : Théâtre Gérard Philippe, Frouard (54).

Bruno Fougniès
Mardi 31 Mars 2026

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