La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Concerts

Voix nouvelles au Festival de Royaumont

Du 2 septembre au 8 octobre, l'édition 2017 du Festival de Royaumont offre douze journées de musique et de danse en programmant trente-cinq spectacles dans la sublime abbaye cistercienne, sise au cœur du Parc naturel du Val d'Oise.



Clément Mao-Takacs, Secession Orchestra © DR.
Clément Mao-Takacs, Secession Orchestra © DR.
Parmi les six week-ends thématiques proposés, les 23 et 24 septembre seront consacrés à Vienne, capitale européenne de la musique au tournant des XIXe et XXe siècles. L'occasion de découvrir le Secession Orchestra, en résidence à Royaumont, et son directeur musical, Clément Mao-Takacs.

Pianiste, compositeur et chef d'orchestre, le fougueux Clément Mao-Takacs a fondé en 2011 le Secession Orchestra (1). Entamant ainsi un exceptionnel parcours d'une cohérence sans faille, ce dynamique directeur musical - de longue date préoccupé par l'avenir du concert classique - ne pouvait que rencontrer le projet artistique de la Fondation Royaumont, désireuse de ne pas se cantonner au répertoire baroque. L'orchestre entame donc une résidence de trois ans tant au festival qu'à la Bibliothèque musicale Mahler (2), liée par un étroit partenariat avec la fondation.

Ouvrir davantage le festival aux répertoires de 1850 à nos jours, mais aussi faire entrer en résonance son travail sur l'insertion professionnelle de jeunes chanteurs - un cœur de mission tant pour Royaumont que pour l'orchestre de Clément Mao-Takacs - se déclinera en de multiples projets. En cette édition 2017 du festival, Secession Orchestra donnera un concert au titre évocateur, "Jardins d'amour", qui entend rendre hommage au lieu exceptionnel d'incubation des arts qu'est Royaumont et son abbaye, ce "vaisseau de pierre posé au milieu d'une si belle forêt" selon les propres mots du jeune chef.

Abbaye de Royaumont, octobre 2016 © Yann Monel.
Abbaye de Royaumont, octobre 2016 © Yann Monel.
Au programme, la très belle "Symphonie Lyrique" d'Alexander von Zemlinsky (1871-1942), compositeur autrichien post-wagnérien tout autant imprégné des influences de Gustav Mahler (la "lyrique" est un hommage aux "Chants de la Terre") que d'Arnold Schönberg.

Cette symphonie pour soprano et baryton, composée sur des poèmes (traduits en allemand) du poète indien Rabindranah Tagore, sera interprétée par l'excellent Stéphane Degout et la soprano Elsa Dreisig. On y tombera aussi sous le charme (au sens fort) de "L'Enchantement du Vendredi Saint", superbe pièce orchestrale extraite du "Parsifal" de Richard Wagner (3), et de "Blumine" (de G. Mahler) exaltant le Printemps sacré, ce "Ver Sacrum" cher aux Sécessionnistes viennois de la fin du XIXe siècle.

Durant la résidence de l'orchestre à la Fondation est prévu l'enregistrement d'un disque. Surtout, les projets à venir permettront de faire vivre les répertoires de la Sécession viennoise, de Richard Wagner, de Claude Debussy et de Richard Strauss, mais aussi de Benjamin Britten (entre autres)… sans oublier des œuvres contemporaines. Le partenariat avec la Bibliothèque musicale Mahler (fondée en 1986 par Maurice Fleuret et Henri-Louis de La Grange) induit également la valorisation par l'orchestre de son riche fonds - non exclusivement malhérien. Notons qu'après un premier concert en mars, un autre hommage sera rendu par Secession Orchestra à H.L. de La Grange (disparu en janvier dernier), le quatre octobre 2017 au Musée d'Orsay avec le grand baryton Thomas Hampson.

Clément Mao-Takacs © DR.
Clément Mao-Takacs © DR.
La résidence à Royaumont implique de surcroît une dimension pédagogique puisque l'orchestre de Clément Mao-Takacs donnera une série de concerts pour des publics d'enfants en éducation prioritaire dans le Val d'Oise. Une mission chère au cœur du jeune chef, toujours indigné par le fait qu'on n'enseigne pas en France la musique "de la maternelle au baccalauréat" pour tous.

Lui, qui aime entreprendre en veillant à jeter des passerelles entre les arts (il est fou de littérature), il se réjouit d'enrichir l'offre culturelle nationale avec la création de deux festivals dont il est directeur artistique : le Festival Intervalles dans le VIIIe arrondissement parisien (4) et le Festival Terraqué à Carnac en Bretagne (5).

Cette année, le Festival de Royaumont poursuit par ailleurs son œuvre d'ouverture avec (par exemple) des concerts consacrés aux "Voix Nouvelles" - ces compositeurs contemporains à faire connaître au grand public -, des journées axées sur "Le Piano romantique" et des spectacles de danse (avec le thème de "L'Abbaye en mouvement").

Si les grands noms de l'art lyrique reviennent à l'abbaye dans une série de récitals (là même où ils furent formés à leurs débuts), de nouveaux invités promettent d'écrire de belles pages du festival tels Christophe Rousset et ses Talens Lyriques. Nul doute cependant que les cinquante jeunes lauréats de la Fondation, distingués dans toutes les disciplines pour cette édition 2017, leur disputeront avec talent les faveurs du public.

(1) L'orchestre a adopté le nom du mouvement artistique de la fin du XIXe siècle, représenté notamment par Gustav Klimt, Egon Schiele ou Koloman Moser.
(2) La bibliothèque se situe au 11 bis, rue de Vézelay à Paris.
(3) Joué plus de soixante-dix fois par Secession Orchestra, "Karfreitag's Zauber" fait partie de "l'ADN de l'orchestre" (dixit C. Mao-Takacs).
(4) Le Festival Intervalles (du 11 au 16 septembre 2017) programme (entre autres) l'orchestre accompagné des deux jeunes chanteurs Edwin Fardini et Eléonore Pancrazi dans des lieder de Mahler.
(5) Le Festival de Terraqué (du 1er au 9 septembre 2017) revendique son identité wagnérienne et une variété de spectacles musicaux tant poétiques que théâtraux. Il programmera des opéras complets du compositeur d'ici cinq ans dans des lieux remarquables de Carnac.

Abbaye de Royaumont, façade © Jérôme Galland.
Abbaye de Royaumont, façade © Jérôme Galland.
Du 2 septembre au 8 octobre 2017.
Festival de Royaumont.
Fondation Royaumont,
Asnières-sur-Oise (95).
Tél. : 01 30 35 59 00.
>> royaumont.com

Des navettes sont disponibles au départ de la gare d'Asnières-sur-Oise ou de Châtelet (Paris) à destination de l'abbaye.

>> secessionorchestra.com

Christine Ducq
Lundi 4 Septembre 2017

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique


Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.







À découvrir

Bernard Adamus "C'qui nous reste du Texas"… Blues et beau

Pour son quatrième album, Bernard Adamus, avec son style blues très marqué, fricote avec le rock pour nous mener vers le grand nord sur des chansons qui se nourrissent de différents tempos aux paroles truculentes.

Bernard Adamus
Bernard Adamus, d'origine polonaise, a débarqué à ses trois ans au Québec. Depuis maintenant plus de dix ans, il trace une ligne artistique saluée par la critique avec ses albums "Brun" (2009), "No2" (2012) et "Sorel soviet so what" (2015). Du premier jusqu'au dernier LP, "C'qui nous reste du Texas", la qualité est toujours chevillée aux accords.

Avec ses dix titres, cet opus a une allure toujours foncièrement blues aux relents parfois rock. L'artiste a laissé très majoritairement son harmonica dans son étui. Sa voix, caractéristique, traînante, presque criarde, est utilisée comme effet multiplicateur de ses émotions.

Les chœurs sont discrets bien que parfois appuyés comme pour "Chipotle". Certaines compositions telle que "L'erreur" excelle dans un blues avec la contrebasse de Simon Pagé très présente, accompagnée de quelques notes de piano pour rendre un son plus clair quand celui-ci est, à dessein, légèrement étouffé par des percussions. La voix monte haut perchée au refrain où claironne un saxophone donnant un tournis musical, tel le reflet d'un état d'âme où la tristesse se berce d'incompréhension. C'est dans ces cassures de rythme que se mêlent d'autres éléments musicaux et vocaux donnant une tessiture aboutie. Le début d'une chanson peut ainsi être décharné à dessein comme celui d'un désert, d'un seul à seul avec l'artiste.

Safidin Alouache
05/05/2020
Spectacle à la Une

"I Fratelli Lehman" par la Cie Tom Corradini Teatro de Turin

Captation intégrale Ce spectacle sans paroles (ou très peu) - mais pas sans bruitages ! - devait être présenté au Théâtre Ambigu durant le festival Off d'Avignon cet été. Du fait de l'annulation, la compagnie italienne Tom Corradini Teatro de Turin vous invite à visionner cette pièce burlesque sur l'argent, la cupidité et l'amour raconté avec le langage du clown, sans interaction verbale, adapté à un public de tous âges et de toutes nationalités.

Comédie visuelle et physique interprété par deux talentueux clowns turinois (Tom Corradini et Michele Di Dedda), "I Fratelli Lehman" (The Lehman Brothers) raconte l'histoire d'un couple de banquiers et de financiers dont les capacités et les compétences les ont rendus célèbres et respectés dans tout le monde.

Apparemment, ils ont tout, des voitures rapides, de beaux secrétaires, des bureaux luxueux, un style de vie somptueux. Cependant, un jour leur fortune est anéantie en quelques minutes après un plongeon désastreux du marché boursier. Des richesses à la misère, ils doivent maintenant transformer leur échec en opportunité et gravir de nouveau la montagne du succès.

Gil Chauveau
21/04/2020
Sortie à la Une

Soigne le monde "Heal The World" de Michael Jackson par les Franglaises

Les Franglaises vous souhaitent encore et toujours un joyeux confinement en vous offrant une reprise franglisée de "Heal The World" de Michael Jackson ou "Soigne Le Monde" de Michel Fils de Jacques. Bonne écoute !

Soigne le monde
"Même confinés, les Franglaises récidivent en traduisant littéralement le très à-propos "Heal the World" de Michael Jackson : "Soigne le Monde". Enregistré et réalisé 100 % en confinement, les trente-cinq membres de la troupe donnent de la voix pour "faire de ce monde une meilleure place". "Enjoy… Euh, appréciez !"

Les Franglaises… le spectacle
Comédie musicale à la façon d'un "opéra pop" à l'américaine, le spectacle propose de traduire les plus grands succès du répertoire anglophone… histoire de vérifier, à travers un "test-aveugle", la pertinence de ces grands tubes mondiaux, des Scarabées à Reine, en passant par Michel Fils-de-Jacques et les Filles Épices… et bien plus encore…
Se prenant les pieds dans les incohérences des traductions littérales au premier degré à la manière de "google-trad", et emportés par la fiction de ces pièces musicales, les interprètes offrent une tournure explosive au spectacle qui vire au cabaret fou version Monty Python !
Durée : 1 h 45

Gil Chauveau
31/03/2020