La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Concerts

Une rentrée très attendue à l'Opéra de Paris avec Mozart !

Grande émotion à Garnier samedi 19 septembre. Philippe Jordan y dirigeait la grande trilogie mozartienne de l'été 1788, les symphonies 39, 40 et 41 (dite "Jupiter") pour un moment de communion extraordinaire entre un public et des musiciens très heureux d'être à nouveau ensemble. Un concert qui sera redonné le dimanche 27 septembre sous le beau plafond de Chagall.



© Éléna Bauer/OnP.
© Éléna Bauer/OnP.
Grands sourires échangés sur scène (une sorte de proscenium construit sur la fosse) et dans la salle (derrière les masques), décidément personne n'a boudé son plaisir le soir du 19 septembre lors du premier concert de l'Orchestre de l'Opéra de Paris d'après confinement. Car il était vraiment très attendu ce concert, après six mois de fermeture de ce lieu prestigieux - et donné en présence du nouveau patron de la maison, Alexander Neef, et de la ministre de la culture, Roselyne Bachelot, lyricomane comme on ne l'ignore pas.

Le programme de la soirée dédié au divin Mozart a attiré un public nombreux (demi-jauge) qui applaudit avec enthousiasme entre les mouvements des trois symphonies offertes. Nullement décontenancé, le charismatique chef maison, Philippe Jordan, déclare soudainement juste avant d'attaquer la "Jupiter" en troisième partie de soirée que les musiciens et lui sont extrêmement heureux d'accueillir à nouveau le public - la voix manque presque de se briser d'émotion, déchaînant un autre tonnerre d'applaudissements.

Philippe-Jordan © Philippe Gontier/OnP.
Philippe-Jordan © Philippe Gontier/OnP.
Il est des soirs comme celui-là, inoubliable, à marquer d'une croix blanche. D'autant plus que l'interprétation, parfaite, sert idéalement le corpus choisi. Les symphonies 39 à 41, composées en deux mois pendant l'été 1788, au cœur d'une période noire pour Mozart, appartiennent de plein droit au panthéon de ses chefs-d'œuvre. Alfred Einstein ne déclare-t-il pas que Beethoven n'aurait jamais établi le concept d'une "symphonie monumentale" sans le jalon que constituent la Symphonie de Prague (1786) et la grande trilogie de 1788 dans l'histoire de la musique (1) ? Ces trois ultimes symphonies jamais jouées du vivant de son auteur, sont bien selon le mot magnifique d'Einstein "un appel lancé à l'éternité".

Des œuvres que le chef suisse dirige sans partition, mais avec la gestique la plus élégante et passionnée qui soit ; n'hésitant pas à plier sa haute taille pour obtenir tel accent ou tel crescendo, établissant avec ses musiciens des yeux et avec le sourire un lien incessant, tangible. Depuis 2009 qu'il travaille avec eux, on sent bien que la cohésion, l'amitié, la confiance, la complicité ne sont pas de vains mots - et les super solistes de l'orchestre le saluent très chaleureusement à la fin du concert.

Philippe Jordan obtient de tous les pupitres un son chaleureux et noble ; la transparence des timbres le dispute à la vivacité, à la délicatesse, à la virtuosité précise du geste dès la 39e symphonie. Dans la 40e, célébrissime à raison, tant on ne peut prendre plus de plaisir à l'écoute, l'investissement des artistes, leur talent et l'évidente joie de jouer ensemble offrent un pur moment de bonheur intense. Si le chef en accentue clairement l'harmonie classique (le chant pastoral dans l'andante, l'élan serein ailleurs) plutôt que les arrière-plans ténébreux préromantiques, il ne manque pas d'en libérer aussi l'énergie vitale et la puissance émotionnelle.

L'orchestre, en état de grâce, fait briller dans la 41e, la "Jupiter", les mille trouvailles de l'écriture mozartienne, la délicatesse des dialogues, la beauté du contrepoint et de l'architecture générale. Héroïques ou d'une gaieté pleine de vitalité, les sentiments se déploient d'un mouvement à l'autre ; les musiciens se montrant là encore maîtres dans l'art des nuances et des phrasés, des climats antagonistes aux multiples voix chantantes. Sommet du génie orchestral mozartien, cette 41e symphonie clôt avec grandeur une soirée délectable. Il reste une année pour jouir encore à Paris de l'énorme talent du chef suisse, en partance pour l'Opéra de Vienne fin 2021.

Concert donné le 19 septembre 2020.
Prochaine séance le 27 septembre 2020 à 17 h.

Spectacles à venir :
Concert Johann Sebastian Bach le 26 septembre & le 3 octobre 2020 (direction P. Jordan).
Concert Antonio Vivaldi le 4 octobre 2020 à 17 h (direction Frédéric Laroque).
Soir de fête à l'Opéra par les Artistes de l'Académie de l'ONP le 1er octobre 2020 à 20 h.

Réouverture de Bastille le 23 novembre avec le Ring de Richard Wagner en version concert.

Opéra national de Paris.
Salle Garnier, place de l'Opéra, Paris.
Tél. : 08 92 89 90 90.
>> operadeparis.fr

Christine Ducq
Jeudi 24 Septembre 2020

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique








À Découvrir

Maria Casarès et Albert Camus se retrouvent pour une heure dans un nouveau théâtre de Poitiers

Ouverte en septembre 2023, cette nouvelle salle finit sa saison en rendant hommage à celle qui lui a donné son nom : Maria Casarès. Une salle citadine née de la volonté des deux codirecteurs de la Maison Maria Casarès, Matthieu Roy et Johanna Silberstein. C'est dans les anciennes écuries de la caserne de Poitiers que deux grandes salles voûtées abritent maintenant ce nouveau lieu destiné à présenter au public tourangeau une programmation hivernale (et donc plus confortable) qui vient en complément des activités de la maison mère d'Alloue.

© Solotiana.
Cette dernière fut la demeure que Maria Casarès acheta après la mort de Camus. Une grande propriété du nom de Domaine de Lavergne, léguée par sa propriétaire à la petite commune d'Alloue, qui abrite depuis quelques années un lieu de résidence pour les compagnies de théâtre de la région et d'ailleurs. Un festival estival est également proposé dans ses immenses jardins, au mois d'août. Cette année, le Festival d'Été aura lieu du 22 juillet au 16 août.

En 2017, les éditions Gallimard, avec l'accord de la fille d'Albert Camus, publiaient la Correspondance entre ces deux artistes. Une correspondance amoureuse de plus de 800 lettres, écrites du début de leur relation (la première est datée du 6 juin 1944) jusqu'au 30 décembre 1959. Cinq jours plus tard, Camus décédait dans un accident de voiture. Ces lettres, Catherine Camus les avait collationnées des années auparavant, ayant racheté celles que possédait Maria Casarès. Cette dernière les lui avait cédées par besoin d'argent, pour réparer le toit de sa maison d'Alloue…

Bruno Fougniès
18/06/2024
Spectacle à la Une

"Mon Petit Grand Frère" Récit salvateur d'un enfant traumatisé au bénéfice du devenir apaisé de l'adulte qu'il est devenu

Comment dire l'indicible, comment formuler les vagues souvenirs, les incertaines sensations qui furent captés, partiellement mémorisés à la petite enfance. Accoucher de cette résurgence voilée, diffuse, d'un drame familial ayant eu lieu à l'âge de deux ans est le parcours théâtral, étonnamment réussie, que nous offre Miguel-Ange Sarmiento avec "Mon petit grand frère". Ce qui aurait pu paraître une psychanalyse impudique devient alors une parole salvatrice porteuse d'un écho libératoire pour nos propres histoires douloureuses.

© Ève Pinel.
9 mars 1971, un petit bonhomme, dans les premiers pas de sa vie, goûte aux derniers instants du ravissement juvénile de voir sa maman souriante, heureuse. Mais, dans peu de temps, la fenêtre du bonheur va se refermer. Le drame n'est pas loin et le bonheur fait ses valises. À ce moment-là, personne ne le sait encore, mais les affres du destin se sont mis en marche, et plus rien ne sera comme avant.

En préambule du malheur à venir, le texte, traversant en permanence le pont entre narration réaliste et phrasé poétique, nous conduit à la découverte du quotidien plein de joie et de tendresse du pitchoun qu'est Miguel-Ange. Jeux d'enfants faits de marelle, de dinette, de billes, et de couchers sur la musique de Nounours et de "bonne nuit les petits". L'enfant est affectueux. "Je suis un garçon raisonnable. Je fais attention à ma maman. Je suis un bon garçon." Le bonheur est simple, mais joyeux et empli de tendresse.

Puis, entre dans la narration la disparition du grand frère de trois ans son aîné. La mort n'ayant, on le sait, aucune morale et aucun scrupule à commettre ses actes, antinaturelles lorsqu'il s'agit d'ôter la vie à un bambin. L'accident est acté et deux gamins dans le bassin sont décédés, ceux-ci n'ayant pu être ramenés à la vie. Là, se révèle l'avant et l'après. Le bonheur s'est enfui et rien ne sera plus comme avant.

Gil Chauveau
05/04/2024
Spectacle à la Une

"Un prince"… Seul en scène riche et pluriel !

Dans une mise en scène de Marie-Christine Orry et un texte d'Émilie Frèche, Sami Bouajila incarne, dans un monologue, avec superbe et talent, un personnage dont on ignore à peu près tout, dans un prisme qui brasse différents espaces-temps.

© Olivier Werner.
Lumière sur un monticule qui recouvre en grande partie le plateau, puis le protagoniste du spectacle apparaît fébrilement, titubant un peu et en dépliant maladroitement, à dessein, son petit tabouret de camping. Le corps est chancelant, presque fragile, puis sa voix se fait entendre pour commencer un monologue qui a autant des allures de récit que de narration.

Dans ce monologue dans lequel alternent passé et présent, souvenirs et réalité, Sami Bouajila déploie une gamme d'émotions très étendue allant d'une voix tâtonnante, hésitante pour ensuite se retrouver dans un beau costume, dans une autre scène, sous un autre éclairage, le buste droit, les jambes bien plantées au sol, avec un volume sonore fort et bien dosé. La voix et le corps sont les deux piliers qui donnent tout le volume théâtral au caractère. L'évidence même pour tout comédien, sauf qu'avec Sami Bouajila, cette évidence est poussée à la perfection.

Toute la puissance créative du comédien déborde de sincérité et de vérité avec ces deux éléments. Nul besoin d'une couronne ou d'un crucifix pour interpréter un roi ou Jésus, il nous le montre en utilisant un large spectre vocal et corporel pour incarner son propre personnage. Son rapport à l'espace est dans un périmètre de jeu réduit sur toute la longueur de l'avant-scène.

Safidin Alouache
12/03/2024