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Théâtre

Une radiographie de l'obscurantisme dans un langage lumineux… pour tenter d'y voir clair !

"Contagion", Théâtre Paris-Villette, Paris puis à l'Artéphile, Avignon

Ce sont trois petits chapitres construits autour de trois rencontres racontant trois étapes de la vie du personnage principal, Stéphane. Prof au début du spectacle, il se tourne ensuite vers le journalisme de scoop puis vers le métier d'acteur dans l'espoir de pouvoir, comme ceux qu'il croise, accepter la folie meurtrière du monde comme un fait quasi naturel.



© Frédérique Ribis.
© Frédérique Ribis.
La "Contagion" est celle de l'obsession de plus en plus grande, la vampirisation de cette guerre civile mondiale, qui n'est pas seulement, on s'en rend compte, une lutte entre deux factions pour un pouvoir, ni même une lutte idéologique, ni tout à fait une guerre de religion mais une sorte de lèpre, un pourrissement, une réaction du corps social même, issue de la chair de la civilisation qui peu à peu la gangrène. Proliférant chez tous les individus, envahissant les écrans, les discussions, les pensées et même les commerces qui, on le sait, font feu de tout bois depuis la nuit des temps.

Un état d'urgence qui devient un état de fait comme un trou dans un ballon de baudruche que rien ne parvient à obstruer. Il ne reste alors que l'impression de désarroi face à cette béance qui siphonne inexorablement les valeurs des démocraties occidentales. Un désarroi que l'on retrouve chez beaucoup d'artistes, qui restent souvent tétanisés devant les coups portés par les attentats-suicides des intégristes musulmans, tétanisé face à l'incompréhensible.

© Frédérique Ribis.
© Frédérique Ribis.
Pourtant, "Contagion" diffère de ces autres créations. François Bégaudeau choisit de mettre en action son personnage principal plutôt que de le faire discourir ou de lui infliger le schéma coupable/victime. Ce sont trois moments clefs, dans la vie de cet homme confronté à l'influence quasi inexorable de ce virus impalpable. Un homme dans la cinquantaine, encore curieux du monde qui l'entoure, vigilant, mais qui s'aperçoit soudain que quelque chose lui échappe.

Ce qui prime et rend "Contagion" lumineux, c'est la conjugaison extrêmement rare d'un texte subtil, actuel et très observateur, d'une mise en scène doublée d'une direction d'acteur fortes et pures (Valérie Grail) ; et d'une distribution d'une très grande qualité avec Raphaël Almosni dans le rôle de Stéphane, d'une justesse désarmante, et Côme Thieulin capable d'endosser les trois autres rôles avec talent. Il faut souligner ce jeu très "investi-créé" entre les deux comédiens qui se répondent, s'équilibrent, se déséquilibrent parfois dans une très belle performance d'acteurs.

Toute la pièce est parsemée de moments drôles, de moments virtuoses aussi, qui donnent un constant relief au propos qui, sans perdre sa gravité, acquiert une force épique et vivante.

"Contagion", c'est accepter que la question soit question. Car il est difficile d'énoncer clairement l'objet de la question. La radicalisation, les attentats, l'attitude à avoir vis-à-vis de cet état de guerre qui empêche de prendre parti puisqu'il ne dit pas qu'il est en guerre, qui est contre qui. Une guerre inconnue. Une guerre qui ne s'arrête pas aux conflits d'intérêts mais qui pollue et interfère dans toutes les couches de la société et interroge chacun sur son positionnement par rapport au monde, à la réalité, aux valeurs que l'on croyait universelles et à l'intoxication. Tel est la question.

Dans un dernier clin d'œil, démonstration sans fard d'une belle humilité, on se rend compte que le personnage que l'on suit à travers ces trois chapitres se retrouve confronté de fait à chaque rencontre à la même personne (le même acteur), comme si, dans une certaine mesure, lui-même ne voyait chez ces différents individus (qui, d'une certaine manière, sont en phase avec le monde actuel) qu'une seule et même personne. Et qu'au final, ce soit lui, le seul à ne pas être en phase avec le monde. Une humble manière pour l'auteur de glisser ses doutes entre ses mots.

"Contagion"

© Frédérique Ribis.
© Frédérique Ribis.
Texte : François Bégaudeau.
Mise en scène : Valérie Grail.
Avec : Raphaël Almosni, Côme Thieulin et la voix de Marie Thieulin.
Scénographie : Charlotte Villermet.
Lumières : Jean-Luc Chanonat.
Cie Italique.
Durée 1 h 25.

Du 6 au 18 juin 2017.
Mardi, mercredi, jeudi et samedi à 20 h, dimanche à 16 h, vendredi 9 à 19 h, vendredi 16 à 20 h 45.
Théâtre Paris-Villette, Paris 19e, 01 40 03 72 23.
>> theatre-paris-villette.fr

● Avignon Off 2017 ●
Du 7 au 28 juillet 2017.
Tous les jours à à 16 h 10 (relâche le mercredi).
L'Artéphile, 7, rue du Bourg Neuf, Avignon.
réservations : 04 90 03 01 90.
>> artephile.com

Bruno Fougniès
Mardi 6 Juin 2017

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