La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

"Un Tour de piste" Une évocation originale de la passion amoureuse, de la différence et d'une émancipation nécessaire

Un grand cirque français commence sa tournée d'été dans les villes côtières de l'Hexagone. Alors, que le spectacle commence ! Mais derrière les paillettes et les grands numéros, de vives tensions agitent les coulisses. Entre Oleg, le chef moldave de l'équipe technique, macho et mafieux, et Julie, le jeune présentateur gay, c'est la guerre ouverte. Heureusement, Elsa, jolie acrobate aérienne et meilleure amie de Julien, est là pour apaiser les tensions par son humour et sa poésie charnelle.



© Les 2 Frangins Production.
© Les 2 Frangins Production.
Mais voici que le cousin d'Oleg, Ioan, jeune homme fraîchement débarqué de Moldavie, devient le nouveau garçon de piste de Julien. Son arrivée va bouleverser bien des choses et risque de mettre en péril le fragile équilibre de ce monde circassien particulièrement clos.

Place au cirque ! Et à tout l'imaginaire qui s'y rattache. À en juger par ce qui nous submerge dès l'entrée de ce magnifique chapiteau du Cirque Bormann, au décor baroque et ancien à souhait, situé dans le XVe arrondissement de Paris. Mais n'est-ce pas une pièce de théâtre qui nous a été annoncée ? Diantre ! À quoi allons-nous donc assister en vérité ?

Le Cirque Bormann est une structure circassienne familiale qui existe depuis 35 ans. Actuellement, c'est la septième génération qui gère le lieu et qui a repris le flambeau de ce lieu exceptionnel, en plein cœur de Paris. C'est dans cet univers si particulier que Judicaël Vattier a décidé de mettre en scène la pièce de théâtre dont il est l'auteur, écrite en collaboration avec Bertrand Jeanjean et Andreea Toma-Pilot.

© Les 2 Frangins Production.
© Les 2 Frangins Production.
Passionné par le monde du cirque depuis sa plus tendre enfance, Judicaël Vattier a fait partie du Cirque Pinder où il a endossé le rôle de Monsieur Loyal, puis en est devenu le directeur artistique. Mais auparavant, c'est au théâtre qu'il s'est formé, en intégrant notamment la classe de Raymond Acquaviva de la Comédie Française. Les Zénith, avec le spectacle "Les Stars mondiales du Cirque", sont aussi son quotidien depuis un moment déjà.

"Un Tour de piste" est sa nouvelle création qui ne déroge pas à ses ambitions passées mêlant cirque et théâtre. Le projet est louable et hautement ambitieux. Basé sur le thème de la différence, liée en partie à celle de l'homosexualité, le processus théâtral et créatif de ce spectacle (dont la complexité et les exigences intrinsèques ne sont plus à rappeler) ne trouve pas tout à fait sa place sur la piste du Cirque Bormann, quand bien même l'univers circassien est en grande partie au cœur du synopsis et que les ambitions de Judicaël Vattier sont hautement méritoires.

Sous les splendides lustres en cristal imposants de l'arène et le velours rouge incontournable du rideau d'entrée, le jeu des comédiens et de la comédienne a été passablement entravé, le soir de notre venue en tout cas, par des aléas techniques rendant leurs textes très peu audibles. Par ailleurs, une soufflerie bruyante, mais hautement nécessaire afin de compenser le froid ambiant extérieur, n'a pas non plus participé à faire de cette jolie pièce un agréable moment de spectacle.
Les lois du théâtre ont des raisons que celles du cirque ne connaissent pas…

La féérie créatrice aurait pourtant pu opérer, car, encore une fois, le lieu improbable convoque pour chacune et chacun d'entre nous des souvenirs d'enfance incontournables et que le propos de la pièce est largement méritoire.

Le spectacle commence comme un spectacle de cirque traditionnel mené en main de maître : phrases convenues, posture du comédien taillée au cordeau, parole maîtrisée et applaudissements enregistrés préparant à la magie qui attend le spectateur.

On annonce un numéro d'acrobatie qui s'avère remarquablement interprété par la comédienne trapéziste Sophie Lemariey. Puis, dans une rapide mise en abîme, le méta-théâtre prend place et prend le dessus sur les lumières, les paillettes et les sourires obligatoires.

© Les 2 Frangins Production.
© Les 2 Frangins Production.
La dramaturgie peine à s'installer, quelque peu entravée aussi par un élément de décor ô combien inhérent au milieu circassien : la caravane, lieu dans lequel se jouent bien des destins, se trament bien des décisions et autres passions de toutes sortes. La vie du cirque, en quelque sorte. La vraie, sans doute. Peut-être plus tangible que celle qui se joue sur la piste et sous les feux des projecteurs.

Le déplacement en live de cette caravane ralentit un peu trop le rythme du spectacle et aurait pu être moins fréquent. L'image est pourtant très esthétique, convoquant à la fois ce qui se passe dans les coulisses et sur la piste.

Spectacle autobiographique de Judicaël Vattier, "Un Tour de piste", à n'en point douter, va se roder au fil du temps "Bormann théâtro-circassien".

L'évocation de la passion amoureuse et de la différence y sont évoquées sensiblement. Celle de l'émancipation souvent nécessaire et du besoin de reconnaissance aussi.

Allez sans hésitation faire un tour de piste au Cirque Bormann. Le lieu magique vous séduira incontestablement. Espérons que les soucis techniques seront résolus, ne gâchant plus ainsi le propos très méritoire de l'écriture.

"Un Tour de piste"

© Les 2 Frangins Production.
© Les 2 Frangins Production.
Création 2024 de Judicaël Vattier.
Texte : Judicaël Vattier, avec la collaboration de Bernard Jeanjean et Andreea Tomas-Pillot.
Mise en scène Judicaël Vattier.
Avec : Guillaume Beyeler, Loïc Labaste, Sophie Lemariey, Yves Buchin.
Décors : Thomas LaGriff (Aeden Group Events) et Stéphane Quevallier.
Lumières : Thomas Quenneville.
Musique : Medhi Bourayou.
Costumes : Marie-Charlotte Hardouin.
Plateau : Laure Bross, Justin Alvez Medini et Thomas Lagriff.
Durée 1 h 20.
À partir de 10 ans.

Du 11 mars au 29 avril 2024.
Lundi à 20 h.
Cirque Bormann Moreno, 5, rue Lucien Bossoutrot, Paris 15e, .
contact@les2franginsprod.fr
>> les2franginsprod.fr

Brigitte Corrigou
Mardi 2 Avril 2024

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022 | Avignon 2023 | Avignon 2024 | À l'affiche ter





Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À découvrir

"Rimbaud Cavalcades !" Voyage cycliste au cœur du poétique pays d'Arthur

"Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées…", Arthur Rimbaud.
Quel plaisir de boucler une année 2022 en voyageant au XIXe siècle ! Après Albert Einstein, je me retrouve face à Arthur Rimbaud. Qu'il était beau ! Le comédien qui lui colle à la peau s'appelle Romain Puyuelo et le moins que je puisse écrire, c'est qu'il a réchauffé corps et cœur au théâtre de l'Essaïon pour mon plus grand bonheur !

© François Vila.
Rimbaud ! Je me souviens encore de ses poèmes, en particulier "Ma bohème" dont l'intro est citée plus haut, que nous apprenions à l'école et que j'avais déclamé en chantant (et tirant sur mon pull) devant la classe et le maître d'école.

Beauté ! Comment imaginer qu'un jeune homme de 17 ans à peine puisse écrire de si sublimes poèmes ? Relire Rimbaud, se plonger dans sa bio et venir découvrir ce seul en scène. Voilà qui fera un très beau de cadeau de Noël !

C'est de saison et ça se passe donc à l'Essaïon. Le comédien prend corps et nous invite au voyage pendant plus d'une heure. "Il s'en va, seul, les poings sur son guidon à défaut de ne pas avoir de cheval …". Et il raconte l'histoire d'un homme "brûlé" par un métier qui ne le passionne plus et qui, soudain, décide de tout quitter. Appart, boulot, pour suivre les traces de ce poète incroyablement doué que fut Arthur Rimbaud.

Isabelle Lauriou
25/03/2024
Spectacle à la Une

"Le consentement" Monologue intense pour une tentative de récit libératoire

Le livre avait défrayé la chronique à sa sortie en levant le voile sur les relations pédophiles subies par Vanessa Springora, couvertes par un milieu culturel et par une époque permissive où ce délit n'était pas considéré comme tel, même quand celui-ci était connu, car déclaré publiquement par son agresseur sexuel, un écrivain connu. Sébastien Davis nous en montre les ressorts autant intimes qu'extimes où, sous les traits de Ludivine Sagnier, la protagoniste nous en fait le récit.

© Christophe Raynaud de Lage.
Côté cour, Ludivine Sagnier attend à côté de Pierre Belleville le démarrage du spectacle, avant qu'elle n'investisse le plateau. Puis, pleine lumière où V. (Ludivine Sagnier) apparaît habillée en bas de jogging et des baskets avec un haut-le-corps. Elle commence son récit avec le visage fatigué et les traits tirés. En arrière-scène, un voile translucide ferme le plateau où parfois V. plante ses mains en étirant son corps après chaque séquence. Dans ces instants, c'est presque une ombre que l'on devine avec une voix, continuant sa narration, un peu en écho, comme à la fois proche, par le volume sonore, et distante par la modification de timbre qui en est effectuée.

Dans cet entre-deux où le spectacle n'a pas encore débuté, c'est autant la comédienne que l'on voit qu'une inconnue, puisqu'en dehors du plateau et se tenant à l'ombre, comme mise de côté sur une scène pourtant déjà éclairée avec un public pas très attentif de ce qui se passe.

Safidin Alouache
21/03/2024
Spectacle à la Une

"Un prince"… Seul en scène riche et pluriel !

Dans une mise en scène de Marie-Christine Orry et un texte d'Émilie Frèche, Sami Bouajila incarne, dans un monologue, avec superbe et talent, un personnage dont on ignore à peu près tout, dans un prisme qui brasse différents espaces-temps.

© Olivier Werner.
Lumière sur un monticule qui recouvre en grande partie le plateau, puis le protagoniste du spectacle apparaît fébrilement, titubant un peu et en dépliant maladroitement, à dessein, son petit tabouret de camping. Le corps est chancelant, presque fragile, puis sa voix se fait entendre pour commencer un monologue qui a autant des allures de récit que de narration.

Dans ce monologue dans lequel alternent passé et présent, souvenirs et réalité, Sami Bouajila déploie une gamme d'émotions très étendue allant d'une voix tâtonnante, hésitante pour ensuite se retrouver dans un beau costume, dans une autre scène, sous un autre éclairage, le buste droit, les jambes bien plantées au sol, avec un volume sonore fort et bien dosé. La voix et le corps sont les deux piliers qui donnent tout le volume théâtral au caractère. L'évidence même pour tout comédien, sauf qu'avec Sami Bouajila, cette évidence est poussée à la perfection.

Toute la puissance créative du comédien déborde de sincérité et de vérité avec ces deux éléments. Nul besoin d'une couronne ou d'un crucifix pour interpréter un roi ou Jésus, il nous le montre en utilisant un large spectre vocal et corporel pour incarner son propre personnage. Son rapport à l'espace est dans un périmètre de jeu réduit sur toute la longueur de l'avant-scène.

Safidin Alouache
12/03/2024