La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Un Pays natal... Rafraîchissant, plein d’une paradoxale vitalité

"Pays natal", Théâtre Nanterre-Amandiers, Nanterre (92)

Au pays de Hellènes, le blanc de la brume unit le bleu du ciel et de la mer dans l’éternité d’une mythologie. Elle est celle du récit des amours et des épopées heureuses, celle de l’équilibre fragile des hommes et de la nature, et qui a la longue durée pour horizon. Celle des tempêtes aussi. Brusques, brutales, violentes comme actuellement devant le parlement à Athènes.



© Agnès Mellon.
© Agnès Mellon.
Le spectacle "Pays natal" est une création collective inspirée des œuvres de Dimitris Dimitriadis, "Léthé" et "Nous et les Grecs".

Les comédiens, à l’humour très critique, par les entrecroisements de leurs témoignages individuels, dressent leur portrait dans la Grèce contemporaine et font s’évaporer les poncifs et les clichés. Fondé sur une indéniable joie de jouer et de complicité, ce théâtre alterne les points de vue. "Pays natal" est marqué par une auto-ironie. Comme bordée d’une sincérité désarmante qui est l’expression d’une politesse du désespoir et l’expression d’une sensibilité commune.

Le spectacle met en avant les sensations heureuses de jeunes gens venant de France ou de Grèce, exprime la terre des amours insouciantes et celle du récit des anciens émouvants. Montre les blessures profondes qui ne cicatrisent pas. Pointe sans concession l’ambiguïté d’une terre à l’histoire trop lourde pour ses habitants, d’un pays dévoré par le passé antique et dépossédé de son être moderne par le clientélisme dévoiement de la démocratie.

© Agnès Mellon.
© Agnès Mellon.
Rafraîchissant, plein d’une paradoxale vitalité, "Pays natal" apporte au spectateur la lueur d’un plein d’espoir et mine de rien dans son tissu narratif lui donne des clefs de la crise et pose la question de la patrie, de l’existence du peuple, de l’absence d’État et d’une nation à venir.

Il y a un grand bonheur pour le spectateur à se réconcilier avec ses propres souvenirs récents ou anciens et de comprendre l’actualité.

Henry Miller qui chemine avec son copain Durrell et écoute le conteur Katsimbalis.

Lord Byron, héros de l’indépendance, qui dort pour toujours à Missolonghi.

Ulysse pérégrinant en méditerranée.

Ces myriades de touristes qui déferlent sur le Parthénon.

Ces grecs qui parlent grec mais pas le grec ancien.

Ces grecs graves qui se soulèvent devant un monde éberlué appartiennent à la Grèce. La leur. La nôtre.

"Pays natal"

© Agnès Mellon.
© Agnès Mellon.
Création collective librement inspirée des œuvres de Dimitris Dimitriadis : "Léthé" et "Nous et les Grecs".
Texte français de "Léthé" : Dominique Grandmont.
Mise en scène : Dimitris Daskas et Pierre-Marie Poirier.
Avec : Dimitris Daskas, Aurélie Nuzillard, Pierre-Marie Poirier, Nicolas Yalelis.
Scénographie et costumes : Georges Vafias.
Lumière : Julien Chatenet.
Vidéo : Dimitris Daskas.
Durée : 1 h 15.

Du 19 janvier au 9 février 2013.
Tous les jours à 20 h 30 sauf le dimanche à 16 h et le jeudi à 19 h 30 (Relâche le lundi).
Théâtre Nanterre-Amandiers, Planetarium, Nanterre (92), 01 46 14 70 00.
>> nanterre-amandiers.com

Jean Grapin
Jeudi 24 Janvier 2013

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives








À découvrir

Ah le foot, le foot, le foot… Oui, mais en version féminine, pour une étonnante aventure humaine

Ça commence limite "foutage de gueule", genre numéro de cirque en guise d'attraction préambulaire… Après le combat de catch de nains, pourquoi un match de foot féminin pour ouvrir la kermesse annuelle du journal L'Union à Reims ! Sauf que… les choses vont prendre une tournure inattendue… Avec une coupe du monde à la clé ! C'est la nouvelle et formidable histoire de femmes que nous racontent Pauline Bureau et sa compagnie.

Ah le foot, le foot, le foot… Oui, mais en version féminine, pour une étonnante aventure humaine
Reims, été 68. Dans la perspective d'un événement footballistique important, coach et cadres de l'équipe locale cherche une attraction en préambule de la confrontation sportive… Et pourquoi pas des femmes courant après un ballon, c'est original et rigolo, du jamais vu !* Des filles sur un terrain de foot, voilà un divertissement apte à régaler les mâles… majoritaires sur les gradins.

S'ensuit un appel à candidates qui, à la grande surprise de l'initiateur (Nicolas Chupin), répondent présentes. Mais son étonnement est total quand il les voit taper dans le ballon ; et jouer avec enthousiasme, aisance, rapidité et une immense liberté, sans retenue. Elles ont entre 16 et 32 ans, venant d'horizons différents, et sont bien décidées à faire de cette mauvaise plaisanterie divertissante l'aventure de leur vie.

Et, ici, Pauline Bureau nous rappelle que l'histoire du football féminin est indissociable de l'évolution de la société et de ses luttes. Femmes footballeuses, femmes ouvrières, l'un peut être l'échappatoire de l'autre, enquête historique, en quête d'histoire… Plusieurs aspects de la condition de la femme sont abordés, montrés. Et dans les années soixante, de la famille à l'usine, les exemples ne manquent pas, actualités sociales sur fond de rendement à la chaîne, de taux horaires, flagrantes et énormes disparités de salaires entre les hommes et les femmes (ça a changé ?), etc.

Gil Chauveau
06/12/2019
Spectacle à la Une

"Le Pas Grand Chose" Un regard de côté pour illuminer le monde

Subvertir la pensée commune par des postures intellectuelles radicales, propres à faire passer ce pseudo conférencier circassien pour un autiste Asperger des plus performants, semble le crédo existentiel de cet artiste hors normes. Par le biais de son regard décalé, il recrée sous nos yeux un monde fabuleux, enchantant notre imaginaire et stimulant nos neurones assoupis.

Johann Le Guillerm, dès son apparition sur le plateau, poussant une improbable carriole-bureau à tiroirs, en impose. Son costume, sa cravate, sa tresse impeccable, sa voix monocorde… tout en lui dégage une inquiétante étrangeté mâtinée d'une sérénité au-dessus de tout soupçon. Comme si cet homme d'un autre temps, d'une autre époque, avait accumulé dans les plis de son être un savoir qui nous faisait défaut, nous les prisonniers de la caverne platonicienne condamnés à ne voir en toutes choses que le pâle reflet de nos vies formatées.

"Est-ce que quelqu'un dans la salle pourrait m'indiquer le chemin qui n'irait pas à Rome ?"… Dès sa première adresse au public, le ton est donné : si quelqu'un d'aventure, fort de ses nouveaux savoirs, s'était égaré là, conforté dans l'idée que la terre est ronde (suprême révélation datant d'à peine cinq cents ans) et que l'homme n'est pas maître en sa demeure (Freud, et la découverte de l'inconscient au début des années 1900), il pourrait illico "battre en retraite". Copernic, Galilée, Freud n'ont fait qu'ouvrir la voie… à nous de la poursuivre.

"La science de l'idiot" chevillée au corps, Johann Le Guillerm va faire exploser littéralement le prêt-à-penser confortant des idées manufacturées, fussent-elles actualisées, dupliquées à l'envi par la nécessité d'une reproduction sociale garante de l'ordre décliné par le savoir officiel. Penser autrement le monde, c'est ce qu'il fut amené à faire, d'abord à son corps défendant. Diagnostiqué enfant dys+++ (dyslexique, dysorthographique, etc.), il fut conduit à la rébellion de l'esprit en dessinant d'autres épures. Réflexe de survie.

Yves Kafka
21/12/2019
Sortie à la Une

"À mon bel amour"… Urbain, classique, éclectique et artistique

C'est sous le prisme des danses urbaines, contemporaine et classique que la chorégraphe Anne Nguyen interroge les identités au travers du corps et de son rapport à l'espace où le waacking, le popping, le voguing, le locking et le krump portent leurs signatures au détour de pointes, de balancés, de lock et de bounce.

Noir sur scène, puis un groupe se détache dans une lumière tamisée qui vient dessiner les creux de leurs silhouettes. La musique démarre à un rythme effréné. Au début, tout est homogène, ils forment une seule et même entité dans une intimité qui est balayée par le tempo musical. Comme un pied-de-nez à la sensation scénique d'un sentiment intime qui s'extériorise violemment.

À tour de rôle, comme une réminiscence des années soixante, soixante-dix, quatre-vingt, le waacking, le popping, le voguing, le locking, le krump, en appui des danses contemporaine et classique, apparaissent autour d'un socle artistique commun dans lequel chacun vient se nourrir au même humus. Des différences ? Oui, bien sûr, dans le tempo, la gestique, le rapport au corps, à la scène et à l'autre, mais tout ceci puise dans un même objectif, celle de faire communiquer une sensation, un état d'âme, une volonté farouche ou timide de montrer quelque chose sur le plateau, un ce je-ne-sais-quoi qui fait de l'artiste un buvard aux émotions qui a besoin, pour notre plus grand plaisir, de s'épancher.

Safidin Alouache
10/12/2019