"To the Lighthouse", paru en 1927 et traduit en français, selon les éditions, sous le titre "La Promenade au phare", "Vers le phare", "Voyage au phare" ou encore "Au phare", est le cinquième roman de Virginia Woolf (1882-1941). Comptant parmi les livres majeurs de la femme de lettres, il s'avère aussi l'un des plus autobiographiques.
De quoi s'agit-il ? Au début du siècle dernier, un couple de Londoniens séjourne avec ses huit enfants et quelques invités dans une maison au bord de la mer. Tous sont sous le charme de la délicieuse Madame Ramsay. Celle-ci exerce sur sa famille et ses amis un irrésistible pouvoir de séduction. Les journées sur cette île écossaise sont alors rythmées par le projet, sans cesse reporté pour cause de mauvais temps, d'une promenade au phare. Dix années passent. La Grande Guerre a fait ses ravages, semant mort et désolation au sein de la petite tribu. Madame Ramsay n'est plus. De retour dans la résidence estivale désertée et en ruine, les survivants finiront par réaliser cette promenade au phare tant convoitée jadis par le petit James, et Lily Briscoe, par achever son tableau, sans cesse recommencé.
De quoi s'agit-il ? Au début du siècle dernier, un couple de Londoniens séjourne avec ses huit enfants et quelques invités dans une maison au bord de la mer. Tous sont sous le charme de la délicieuse Madame Ramsay. Celle-ci exerce sur sa famille et ses amis un irrésistible pouvoir de séduction. Les journées sur cette île écossaise sont alors rythmées par le projet, sans cesse reporté pour cause de mauvais temps, d'une promenade au phare. Dix années passent. La Grande Guerre a fait ses ravages, semant mort et désolation au sein de la petite tribu. Madame Ramsay n'est plus. De retour dans la résidence estivale désertée et en ruine, les survivants finiront par réaliser cette promenade au phare tant convoitée jadis par le petit James, et Lily Briscoe, par achever son tableau, sans cesse recommencé.
Se déployant des cintres jusqu'au sol, un majestueux rideau en chenille ondulé et mordoré habille la petite scène du Studio-Théâtre de la Comédie-Française, nous plongeant dans un espace et une temporalité indéfinis, et bientôt mouvants. Au sol, un piano noir brisé dont seule la queue, plantée dans le sol, subsiste. Deux tabourets renversés. Paraît Lily Briscoe.
"C'est fini. Tout est fini. Il n'y a plus rien. Tout est vide ici", constate-t-elle, dépitée. Alors que Lily se remémore les jours heureux de ce lointain été, ses pensées ne cessent d'aller vers Madame Ramsay, présence solaire et fantomatique. Passé et présent s'entremêlent dans le récit de Lily Briscoe. Nous suivons sa pensée en mouvement, ce flux de conscience ("stream of consciousness"), si caractéristique de l'écriture de Virginia Woolf. Rattachée au courant moderniste, dont elle fut l'une des pionnières et figures majeures, avec James Joyce et Marcel Proust, la technique narrative de l'écrivaine consiste à décrire le flux persistant des pensées et sensations des personnages. Le récit ne vient pas de l'extérieur, mais de l'intérieur. Pas d'action, ni de dialogues chez elle, ou très peu.
Pour tenter de rendre compte de la complexité du réel, l'écrivaine brise la linéarité du récit et s'applique à suivre le cours continu des images et souvenirs des personnages. De ce monologue intérieur de Lily surgit, telle une épiphanie, la majestueuse Madame Ramsay, silhouette délicate et élancée, élégante dans sa belle robe blanche début de siècle, comme échappée d'un tableau de Sorolla ou d'une pièce de Tchekhov… Lointaine et proche. Lointaine dans le souvenir, et proche lorsque les deux femmes revivent les scènes de cet été d'autrefois.
À l'instar d'un autre roman de Virginia Woolf, "Mrs Dalloway", "To the Lighthouse" aurait pu s'intituler "Mrs Ramsay" tant celle-ci s'en révèle la figure centrale. Mère aimante, épouse docile selon les diktats de son époque, Madame Ramsay manifeste une nature plus complexe qu'il n'y paraît. Si elle s'oppose à la jeune Lily sur la question de l'indépendance féminine, déclarant que les femmes sont incapables de peindre et d'écrire, et ne peuvent s'épanouir que dans la maternité, elle ne cesse de répéter, tel un leitmotiv : "Dieu merci, personne ne peut savoir exactement ce que je pense".
Elle se moque gentiment de son mari écrivain, entièrement absorbé par son ouvrage sur "la nature de la réalité" et vivant exclusivement dans les livres. "Il pense et ne voit pas". Elle ne confronte pas directement cet homme que l'on devine, comme tant d'autres, égoïste et autoritaire, mais le contourne habilement puisque son rôle à elle, en parfaite épouse victorienne, consiste à "complimenter, mentir, acquiescer".
"C'est fini. Tout est fini. Il n'y a plus rien. Tout est vide ici", constate-t-elle, dépitée. Alors que Lily se remémore les jours heureux de ce lointain été, ses pensées ne cessent d'aller vers Madame Ramsay, présence solaire et fantomatique. Passé et présent s'entremêlent dans le récit de Lily Briscoe. Nous suivons sa pensée en mouvement, ce flux de conscience ("stream of consciousness"), si caractéristique de l'écriture de Virginia Woolf. Rattachée au courant moderniste, dont elle fut l'une des pionnières et figures majeures, avec James Joyce et Marcel Proust, la technique narrative de l'écrivaine consiste à décrire le flux persistant des pensées et sensations des personnages. Le récit ne vient pas de l'extérieur, mais de l'intérieur. Pas d'action, ni de dialogues chez elle, ou très peu.
Pour tenter de rendre compte de la complexité du réel, l'écrivaine brise la linéarité du récit et s'applique à suivre le cours continu des images et souvenirs des personnages. De ce monologue intérieur de Lily surgit, telle une épiphanie, la majestueuse Madame Ramsay, silhouette délicate et élancée, élégante dans sa belle robe blanche début de siècle, comme échappée d'un tableau de Sorolla ou d'une pièce de Tchekhov… Lointaine et proche. Lointaine dans le souvenir, et proche lorsque les deux femmes revivent les scènes de cet été d'autrefois.
À l'instar d'un autre roman de Virginia Woolf, "Mrs Dalloway", "To the Lighthouse" aurait pu s'intituler "Mrs Ramsay" tant celle-ci s'en révèle la figure centrale. Mère aimante, épouse docile selon les diktats de son époque, Madame Ramsay manifeste une nature plus complexe qu'il n'y paraît. Si elle s'oppose à la jeune Lily sur la question de l'indépendance féminine, déclarant que les femmes sont incapables de peindre et d'écrire, et ne peuvent s'épanouir que dans la maternité, elle ne cesse de répéter, tel un leitmotiv : "Dieu merci, personne ne peut savoir exactement ce que je pense".
Elle se moque gentiment de son mari écrivain, entièrement absorbé par son ouvrage sur "la nature de la réalité" et vivant exclusivement dans les livres. "Il pense et ne voit pas". Elle ne confronte pas directement cet homme que l'on devine, comme tant d'autres, égoïste et autoritaire, mais le contourne habilement puisque son rôle à elle, en parfaite épouse victorienne, consiste à "complimenter, mentir, acquiescer".
Même si Virginia Woolf a tenté de brouiller les pistes en situant l'action de "To the Lighthouse" en Écosse, sur l'île de Skye, la maison du couple Ramsay ressemble à s'y méprendre à Talland House, la maison de vacances de son enfance. Située en bord de mer, à St Ives, en Cornouailles, Talland House fut le paradis perdu de l'écrivaine où la famille Stevens séjourna chaque été, de 1881 jusqu'au décès de la mère en 1895. Le couple Ramsay présente également de fortes ressemblances avec le couple Stephen, parent lui aussi de huit enfants.
"Lumières, lumières, lumières" garde le découpage originel en trois parties du roman de Virginia Woolf dont les titres, uniques repères spatio-temporels, sont subrepticement projetés en vidéo : "La fenêtre", "Le repas", "Le phare". La vidéo, avec des projections fragmentées et fugaces de Madame Ramsay, vient, par ailleurs, superposer le souvenir à la réalité, le passé au présent, comme si le temps ne faisait qu'un et que la mort n'existait pas. "Moi-même, je ne sais dans quel temps je me trouve", déclare à un moment Madame Ramsay.
"Lumières, lumières, lumières" garde le découpage originel en trois parties du roman de Virginia Woolf dont les titres, uniques repères spatio-temporels, sont subrepticement projetés en vidéo : "La fenêtre", "Le repas", "Le phare". La vidéo, avec des projections fragmentées et fugaces de Madame Ramsay, vient, par ailleurs, superposer le souvenir à la réalité, le passé au présent, comme si le temps ne faisait qu'un et que la mort n'existait pas. "Moi-même, je ne sais dans quel temps je me trouve", déclare à un moment Madame Ramsay.
En s'attachant à ces deux personnages féminins que tout oppose en apparence, la pièce dépeint habilement la condition féminine de l'époque, et annonce déjà l'essai féministe à venir de son auteure : "Une chambre à soi" (1929).
De la scénographie au jeu des comédiennes (merveilleuse Florence Viala !), en passant par la mise en scène et les belles lumières de Nicolas Descôteaux, tout concourt à faire de ce spectacle un grand bonheur de théâtre.
◙ Isabelle Fauvel
De la scénographie au jeu des comédiennes (merveilleuse Florence Viala !), en passant par la mise en scène et les belles lumières de Nicolas Descôteaux, tout concourt à faire de ce spectacle un grand bonheur de théâtre.
◙ Isabelle Fauvel
"Lumières, lumières, lumières"
Texte : Evelyne de la Chenelière, librement inspiré de "Vers le phare" de Virginia Woolf.
Mise en scène : Florent Siaud.
Assistante mise en scène : Natalie van Parys.
Avec : Florence Viala et Aymeline Alix.
Scénographie : Romain Fabre.
Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz.
Lumières : Nicolas Descôteaux.
Vidéo : Éric Maniengui.
Conception sonore : Vincent Legault.
Son : Maxime Gamache.
Durée : 1 h 15.
Du 13 mai au 28 juin 2026.
Du mercredi au dimanche à 18 h 30.
Studio-Théâtre de la Comédie-Française, Galerie du Carrousel du Louvre, place de la Pyramide inversée, 99, rue de Rivoli, Paris 1er.
Téléphone : 01 44 58 98 54.
>> Billetterie en ligne
>> comedie-francaise.fr
Mise en scène : Florent Siaud.
Assistante mise en scène : Natalie van Parys.
Avec : Florence Viala et Aymeline Alix.
Scénographie : Romain Fabre.
Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz.
Lumières : Nicolas Descôteaux.
Vidéo : Éric Maniengui.
Conception sonore : Vincent Legault.
Son : Maxime Gamache.
Durée : 1 h 15.
Du 13 mai au 28 juin 2026.
Du mercredi au dimanche à 18 h 30.
Studio-Théâtre de la Comédie-Française, Galerie du Carrousel du Louvre, place de la Pyramide inversée, 99, rue de Rivoli, Paris 1er.
Téléphone : 01 44 58 98 54.
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