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Théâtre

"Un Instant" donne le goût des choses aux mots par un travail méticuleux de la syntaxe

"Un Instant", Théâtre Gérard Philipe - CDN, Saint-Denis, puis en tournée

Dans "Un Instant", d'après "À la recherche du temps perdu" de Marcel Proust, Jean Bellorini est parti en exploration. Du temps. Du temps de l'écriture et de son énonciation, du temps de la scène et du temps de l'émotion.



© Pascal Victor.
© Pascal Victor.
Le metteur en scène suit à la trace le roman, gommé de toutes ses mondanités, vanités, élégances et fioritures fin de siècle, ses bienséances dont témoignent seules des piles de chaises abandonnées et remisées. Il ne conserve que les liens entre le petit-fils et sa grand-mère. Qui n'ont cessé de s'aimer l'un et l'autre dans les douceurs de l'enfance et de la vieillesse avant que la vie ne les sépare. En somme, l'appel du monde enfoui et non disparu.

Ce monde qui, au détour des hasards de la vie, bien plus tard, fulgure au présent dans une intensité de bonheur et de souffrance tout à la fois puis s'anéantit. Cela fut, cela est, cela n'est plus.

Le spectacle est objet de théâtre dans son essence, même d'art de l'effet et de l'éphémère : dans sa dimension de catharsis. Un homme, une femme. Un dialogue. Un comédien, une comédienne. Un narrateur, une ombre. Un homme jeune un peu décalé, une vieille femme venue de loin. L'un porte le récit qui comble une amnésie. Il est le narrateur. Elle est la voix.

© Pascal Victor.
© Pascal Victor.
Jean Bellorini réalise comme un précipité au sens chimique. Et exprime le mouvement même de la Recherche. Cette œuvre en mouvement d'écriture qui, de synesthésies en synesthésies, donne le goût des choses aux mots par un travail méticuleux de la syntaxe. Le metteur en scène obtient par les moyens du théâtre, de la part du public, une attention intense, une écoute intime des fragments de la recherche. Une (re)découverte.

Il se permet même, dans une discrète virtuosité, de partir scéniquement de très loin. Par un prologue presque agaçant qui rappelle et évacue vite tous les poncifs : des petites madeleines de chacun à la pensée du regret larmoyant et sentimental d'un Léo Ferré*.

Dans "Un instant", se vit une approche respectueuse et amoureuse de l'œuvre.

* "Avec le temps va, tout s'en va…"

"Un Instant"

© Pascal Victor.
© Pascal Victor.
D'après "À la recherche du temps perdu" de Marcel Proust.
Adaptation : Jean Bellorini, Camille de La Guillonnière et Hélène Patarot.
Mise en scène, scénographie, lumière : Jean Bellorini.
Avec : Hélène Patarot et Camille de La Guillonnière.
Musicien : Jérémy Péret.
Costumes : Macha Makeïeff.
Création sonore : Sébastien Trouvé.
Perruque : Cécile Kretschmar.
Assistanat à la scénographie : Véronique Chazal.
Assistanat aux costumes : Claudine Crauland.
Durée : 1 h 45.

© Pascal Victor.
© Pascal Victor.
Du 14 novembre au 9 décembre 2018.
Du lundi au samedi à 20 h, dimanche à 15 h 30, relâche le mardi.
Théâtre Gérard Philipe - CDN, Salle Roger Blin, Saint-Denis (93), 01 48 13 70 00.
>> theatregerardphilipe.com

Tournée 2018/2019
14 et 15 décembre 2018 : Les Théâtres de la Ville de Luxembourg (Luxembourg).
Du 8 au 27 janvier 2019 : TKM-Théâtre Kléber-Méleau, Renens (Suisse).
16 et 17 février 2019 : Théâtre Louis Aragon - Scène conventionnée d’intérêt national art et création - danse,
Tremblay-en-France (93).
Du 13 au 16 mars 2019 : La Criée - Théâtre national, Marseille (13).
20 et 21 mars 2019 : Théâtre de l’Archipel - Scène nationale, Perpignan (66).
26 et 27 mars 2019 : Théâtre de Caen (14).
4 et 5 avril 2019 : Hérault Culture, Domaine départemental de Bayssan, Béziers (34).

Jean Grapin
Lundi 3 Décembre 2018

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© Les Joues Rouges.
Boris Vian (1920-1959), l'homme aux mille qualités artistiques et aux mille vies. Scientifique, démarrant sa vie professionnelle à l'AFNOR (Agence Française de NORmalisation), musicien, écrivain, nouvelliste, chroniqueur, chanteur, poète, dramaturge, critique musical, directeur artistique, Satrape du collège de Pataphysique, il a touché, marqué et influencé différents domaines de l'art. Grand animateur de Saint-Germain-des-Prés où il a été l'un des premiers musiciens du célèbre Tabou, il avait pour passion le jazz et a joué un moment en tant que trompettiste dans le groupe de Claude Luter (1923-2006). Il a influencé des artistes comme Gainsbourg (1928-1991) par ses compositions et ses interprétations. Sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, il a écrit aussi des romans, de type américain, dont le plus connu, "J'irai cracher sur vos tombes" (1946), lui a valu autant la célébrité que les ennuis fiscaux.

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Safidin Alouache
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© Matthieu Lionnard.
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© Festival Toi, moi and Co & Ema Martin.
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Gil Chauveau
21/09/2022