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Festivals

Teatro a Corte 2015… Théâtrales de cour à Turin

Fontanafredda, Aglie, Venaria Reale, Rivoli, Racconigi, Stupinigi, Palazzo Reale, les châteaux et palais de Piémont, qui ont vu s'accomplir le destin d'une Italie unifiée*, offrent au regard des étonnements et des vertiges de décorums et de points sublimes.



"Intimitäten" par Meinhardt & Krauss © DR.
"Intimitäten" par Meinhardt & Krauss © DR.
Pour trois semaines, ils servent d'écrin à des présentations, des rencontres des arts de la scène contemporaine européenne. Dans sa sélection, le festival "Teatro a Corte" de la région Piémont et la ville de Turin mêle et entremêle les genres (art marionnettique et circassien, installations-parcours, performance, danse, documentaire, théâtre).

Les œuvres créées in situ pour la plupart rassemblent des propositions venant de huit pays différents avec une part particulière cette année faite à l'Allemagne, pays pour qui l'Italie a une résonance artistique particulière… Depuis qu'en 1786, un certain Johann Wolfgang Goethe fit un voyage.

Fidèle en cela à une tradition transalpine d'échanges, la programmation recherche l'émergence de complicités entre les lieux, les artistes et les spectateurs. Ambitionne de trouver la bonne adéquation entre nourriture de l'esprit et nourriture terrestre, entre des territoires imaginaires et des territoires réels. Le festival theatro a corte s'appuie sur l'art de bien vivre d'une région opulente et discrète, qui a développé, à l'abri de montagnes qui séparent et qui relient l'Europe du Nord et l'Europe du Sud, une agriculture respectueuse et une industrie de tradition.

Theatro a Corte qui accompagne l'exposition universelle de Milan sur le développement durable suscite le désir de théâtrales… un verre d'Asti ou de Barolo à la main.

*Ce noyau de la vieille Lotharingie a été au centre des querelles et des tumultes pendant plus de mille ans. Entre France et Autriche, entre Saint Empire et Papauté, entre Suisse et Provence, les territoires de Savoie ont été envahi, ont ressuscité. Les familles qui l'ont dirigé ont glissé de Chambéry à Turin et ont choisi au final un destin italien tout en ne reniant pas l'influence venue de par-delà les frontières, françaises notamment.

Festival Teatro a Corte
Du 16 juillet au 2 août 2015.
Sur trois week-end : 16 au 19 juillet, 23 au 26 juillet, 30 juillet au 2 août.
Informations au public :
Tél. : +39 011 5119409.
info@teatroacorte.it
>> Site de Teatro a Corte (en italien ou en anglais).

Jean Grapin
Mercredi 15 Juillet 2015

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Ah le foot, le foot, le foot… Oui, mais en version féminine, pour une étonnante aventure humaine

Ça commence limite "foutage de gueule", genre numéro de cirque en guise d'attraction préambulaire… Après le combat de catch de nains, pourquoi un match de foot féminin pour ouvrir la kermesse annuelle du journal L'Union à Reims ! Sauf que… les choses vont prendre une tournure inattendue… Avec une coupe du monde à la clé ! C'est la nouvelle et formidable histoire de femmes que nous racontent Pauline Bureau et sa compagnie.

Ah le foot, le foot, le foot… Oui, mais en version féminine, pour une étonnante aventure humaine
Reims, été 68. Dans la perspective d'un événement footballistique important, coach et cadres de l'équipe locale cherche une attraction en préambule de la confrontation sportive… Et pourquoi pas des femmes courant après un ballon, c'est original et rigolo, du jamais vu !* Des filles sur un terrain de foot, voilà un divertissement apte à régaler les mâles… majoritaires sur les gradins.

S'ensuit un appel à candidates qui, à la grande surprise de l'initiateur (Nicolas Chupin), répondent présentes. Mais son étonnement est total quand il les voit taper dans le ballon ; et jouer avec enthousiasme, aisance, rapidité et une immense liberté, sans retenue. Elles ont entre 16 et 32 ans, venant d'horizons différents, et sont bien décidées à faire de cette mauvaise plaisanterie divertissante l'aventure de leur vie.

Et, ici, Pauline Bureau nous rappelle que l'histoire du football féminin est indissociable de l'évolution de la société et de ses luttes. Femmes footballeuses, femmes ouvrières, l'un peut être l'échappatoire de l'autre, enquête historique, en quête d'histoire… Plusieurs aspects de la condition de la femme sont abordés, montrés. Et dans les années soixante, de la famille à l'usine, les exemples ne manquent pas, actualités sociales sur fond de rendement à la chaîne, de taux horaires, flagrantes et énormes disparités de salaires entre les hommes et les femmes (ça a changé ?), etc.

Gil Chauveau
06/12/2019
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"Le Pas Grand Chose" Un regard de côté pour illuminer le monde

Subvertir la pensée commune par des postures intellectuelles radicales, propres à faire passer ce pseudo conférencier circassien pour un autiste Asperger des plus performants, semble le crédo existentiel de cet artiste hors normes. Par le biais de son regard décalé, il recrée sous nos yeux un monde fabuleux, enchantant notre imaginaire et stimulant nos neurones assoupis.

Johann Le Guillerm, dès son apparition sur le plateau, poussant une improbable carriole-bureau à tiroirs, en impose. Son costume, sa cravate, sa tresse impeccable, sa voix monocorde… tout en lui dégage une inquiétante étrangeté mâtinée d'une sérénité au-dessus de tout soupçon. Comme si cet homme d'un autre temps, d'une autre époque, avait accumulé dans les plis de son être un savoir qui nous faisait défaut, nous les prisonniers de la caverne platonicienne condamnés à ne voir en toutes choses que le pâle reflet de nos vies formatées.

"Est-ce que quelqu'un dans la salle pourrait m'indiquer le chemin qui n'irait pas à Rome ?"… Dès sa première adresse au public, le ton est donné : si quelqu'un d'aventure, fort de ses nouveaux savoirs, s'était égaré là, conforté dans l'idée que la terre est ronde (suprême révélation datant d'à peine cinq cents ans) et que l'homme n'est pas maître en sa demeure (Freud, et la découverte de l'inconscient au début des années 1900), il pourrait illico "battre en retraite". Copernic, Galilée, Freud n'ont fait qu'ouvrir la voie… à nous de la poursuivre.

"La science de l'idiot" chevillée au corps, Johann Le Guillerm va faire exploser littéralement le prêt-à-penser confortant des idées manufacturées, fussent-elles actualisées, dupliquées à l'envi par la nécessité d'une reproduction sociale garante de l'ordre décliné par le savoir officiel. Penser autrement le monde, c'est ce qu'il fut amené à faire, d'abord à son corps défendant. Diagnostiqué enfant dys+++ (dyslexique, dysorthographique, etc.), il fut conduit à la rébellion de l'esprit en dessinant d'autres épures. Réflexe de survie.

Yves Kafka
21/12/2019
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C'est sous le prisme des danses urbaines, contemporaine et classique que la chorégraphe Anne Nguyen interroge les identités au travers du corps et de son rapport à l'espace où le waacking, le popping, le voguing, le locking et le krump portent leurs signatures au détour de pointes, de balancés, de lock et de bounce.

Noir sur scène, puis un groupe se détache dans une lumière tamisée qui vient dessiner les creux de leurs silhouettes. La musique démarre à un rythme effréné. Au début, tout est homogène, ils forment une seule et même entité dans une intimité qui est balayée par le tempo musical. Comme un pied-de-nez à la sensation scénique d'un sentiment intime qui s'extériorise violemment.

À tour de rôle, comme une réminiscence des années soixante, soixante-dix, quatre-vingt, le waacking, le popping, le voguing, le locking, le krump, en appui des danses contemporaine et classique, apparaissent autour d'un socle artistique commun dans lequel chacun vient se nourrir au même humus. Des différences ? Oui, bien sûr, dans le tempo, la gestique, le rapport au corps, à la scène et à l'autre, mais tout ceci puise dans un même objectif, celle de faire communiquer une sensation, un état d'âme, une volonté farouche ou timide de montrer quelque chose sur le plateau, un ce je-ne-sais-quoi qui fait de l'artiste un buvard aux émotions qui a besoin, pour notre plus grand plaisir, de s'épancher.

Safidin Alouache
10/12/2019