La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Concerts

"Symphonie des Mille"… un monument mahlérien offert par les formations de Radio France aux Chorégies d'Orange

Le 29 juillet, les quatre formations musicales de Radio France et le Chœur Philharmonique de Munich unissent leurs forces pour donner l'incroyable huitième symphonie de Mahler dite des "Mille" à l'occasion du 150e anniversaire des Chorégies d'Orange.



Orchestre philharmonique © Christophe Abramowitz/Radio France.
Orchestre philharmonique © Christophe Abramowitz/Radio France.
Un concert-événement exceptionnel à plusieurs titres. D'abord par l'extrême rareté de cette symphonie sur nos scènes - le plus souvent inconnue du public et, pour cause, elle nécessite un effectif monstre : deux orchestres, trois chœurs (dont un d'enfants). De là son surnom de "Symphonie des Mille" dû à l'imprésario chargé de la publicité à la création de l'œuvre à Munich en 1910.

L'événement consiste aussi dans les retrouvailles de l'Orchestre National de France, de l'Orchestre Philharmonique, du Chœur et de la Maîtrise de Radio France pour recréer cette "monumentale cathédrale sonore" (1) plus de quarante ans après l'avoir donnée dans le Théâtre Antique d'Orange (2). Événement toujours, aux côtés de nos grandes phalanges que cette distribution de haut-vol : huit solistes dont Ricarda Merbeth (Una poenitentium), Meagan Miller (Magna Peccatrix), Nikolaï Schukoff (Doctor Marianus) ou encore Albert Dohmen (Pater profondus), tous dirigés par le chef Jukka-Pekka Saraste.

Enfin la Symphonie n° 8 est une œuvre superlative à découvrir absolument. Elle constitue en soi un événement tant par ses dimensions (une heure vingt environ) que par son originalité tant dans l'histoire de la musique symphonique que dans l'œuvre de Mahler. Composée en deux mois dans le fameux Haüschen à Maiernigg pendant l'été 1906, la symphonie en deux mouvements - entièrement vocale (excepté une introduction au début du deuxième mouvement) - est fondée sur un hymne écrit par un moine bénédictin du IXe siècle (le "Veni Creator Spiritus") en latin célébrant l'Esprit Créateur et la scène finale du "Second Faust" de Goethe (en allemand) pour le deuxième mouvement le plus long jamais écrit par le compositeur autrichien. Un vaste chant mystique du propre aveu de Mahler qui se sentit, écrit-il en 1906, devenir "l'instrument de forces supérieures" pendant sa conception dans le Wörthersee.

Orchestre National de France © DR.
Orchestre National de France © DR.
Une œuvre optimiste qu'il veut "dispensatrice de joie", "un don à la nation invitée à entendre (…) l'univers entier en train de sonner et résonner. Il ne s'agit plus de voix humaines, mais de planètes et de soleils en pleine rotation". Plus grand triomphe public de Mahler, la création de cette cosmique "Symphonie des Mille" le 12 septembre 1910 à Munich en présence de nombreuses personnalités (3) est à tous égards l'apothéose de sa carrière. Alors même que le compositeur traverse une crise majeure dans sa cinquantième année. Entre les répétitions estivales, il a même rejoint Sigmund Freud en Hollande pour une séance-promenade (de thérapie) de quatre heures. N'est-il pas bouleversé par l'infidélité d'Alma, une santé précaire due à ses problèmes cardiaques et même par les critiques venues d'Amérique dues au déficit engrangé par ses concerts aux Etats-Unis à la tête du Philharmonique de New York (4) ?

Quoi qu'il en soit, le succès énorme des deux concerts qu'il dirigera aura de quoi lui redonner du baume au cœur. C'est à l'issue de la première que Thomas Mann a pour la première fois "l'impression de rencontrer un grand homme authentique", compositeur d'une symphonie qu'il a trouvée "tout à fait splendide", et qu'il décidera de prendre pour modèle pour le Gustav Aschenbach de "Mort à Venise". Korngold, quant à lui, notera la "transformation faustienne de Mahler et son ascension dans les hautes et pures cellules de la création musicale qu'il dirige".

Maîtrise de Radio France © Christophe Abramowitz/Radio France.
Maîtrise de Radio France © Christophe Abramowitz/Radio France.
Pour ce 150e anniversaire du plus ancien festival lyrique, le chef Jukka-Pekka Saraste aura besoin en tout cas de tout son talent pour fédérer les gigantesques forces de Radio France et de Munich en plein air : cordes à vingt-quatre selon les vœux de Mahler, pupitres formés de clarinettes, flûtes, bassons, cors, trompettes, trombones à cinq, six, sept, huit (par exemple), sans oublier d'impressionnantes percussions et timbales, des cloches, un glockenspiel, un célesta, un harmonium, un orgue, un piano, une mandoline et des harpes.

Fondre, dans une vision commune forte, les identités propres à chaque formation sera un des défis du chef finlandais qui voit, dans cette gigantesque œuvre, la narration d'une même histoire sur l'Amour éternel écrite en deux styles différents : un oratorio d'abord en latin puis un véritable opéra en allemand pour le deuxième mouvement. Gageons que nos superbes musiciens et chanteurs, membres d'orchestres et de chœurs habitués des Chorégies depuis 1971, sauront nous faire accéder aux hauteurs sublimes de cette symphonie unique. Et pas de panique, si vous ne pouvez rejoindre les sept mille spectateurs du Théâtre Antique, le concert sera diffusé en direct sur France Musique et sur France 5.

Chœur de Radio France © Christophe Abramowitz/Radio France.
Chœur de Radio France © Christophe Abramowitz/Radio France.
(1) La Huitième fut donnée aux Chorégies d'Orange une première fois en 1977 par les quatre formations de Radio France sous la direction de Vàclav Neumann.
(2) Les citations de cet article sont extraites de la somme consacrée à Gustav Mahler par Henry-Louis de la Grange (Éditions Fayard).
(3) Dans le cadre du Festival de Munich, sont présents à la création en 1910 Kolomann Moser, Pierre Clémenceau, Camille Saint-Saëns, Siegfried Wagner, Alfred Roller, Arthur Schnitzler, Hugo von Hoffmannsthal, Richard Strauss, Stefan Zweig…
(4) L'auteure de cet article sait bien qu'il faudrait écrire "La Philharmonique" mais ne s'y résigne pas.



29 juillet à 21 h 30.
Théâtre Antique d'Orange.
Orchestre National de France.
Orchestre Philharmonique de Radio France.
Chœur de Radio France (Martina Batic, chef de chœur).
Chœur Philharmonique de Munich (Andreas Herrmann, chef de chœur).
Maîtrise de Radio France (Sofi Jeannin, chef de chœur).
Jukka-Pekka Saraste, direction.

>> maisondelaradio.fr/concerts-classiques
>> choregies.fr

Christine Ducq
Lundi 8 Juillet 2019

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique


Brèves & Com



















À Découvrir

•Off 2024• "Momentos" Créativité à l'honneur avec des chorégraphies où s'exprime parfois une poésie intime et universelle

Le Flamenco est une force brute et pure qui nous touche en plein cœur, car il est l'art dans lequel le chant, la musique et la danse se questionnent, se répondent et se mêlent dans une totale intimité. Pour l'essentiel, le répertoire du flamenco a été codifié au cours du dernier tiers du XIXe siècle et du premier tiers du XXe. De cette époque, la guitare est son instrument emblématique, à la fois pour l'accompagnement du chant, de la danse et pour le concert soliste. Depuis, son évolution a été marquée par quelques grandes tendances esthétiques.

© Sandrine Cellard.
La musique et la danse flamencas sont basées sur des "palos" (formes) prescrivant pour chacune un mode et un cycle métrique avec accents ou "compas" (accents obligés) spécifiques. Une mécanique de précision qui convoque malgré tout une dimension artistique forte et étourdissante.

Sur scène, une danseuse, deux danseurs, trois musiciens et un chanteur-musicien envoûtant le public dès les premiers instants du spectacle. Que vous soyez novice ou aficionado du flamenco, vous vous laisserez embarquer dès les premiers instants du spectacle et impossible de ressortir déçu de cette éblouissante prestation flamenca de Valérie Ortiz.

Certes, le flamenco est sensiblement ancré dans la culture espagnole et d'aucuns diront que ce dernier ne les interpelle pas, qu'ils n'en perçoivent pas les codes, n'en mesurent aucunement les mouvements dansés à leur juste valeur. Ça peut être exigeant, en effet, de suivre "à la lettre" une prestation flamenca, comme le jazz aussi, par exemple, et ça demande une certaine phase d'initiation. Ceci n'est pas faux. Difficile d'entendre cette possible réticence, néanmoins… le flamenco revêt une portée universelle réunissant à lui seul un large éventail de situations allant de la tristesse à la joie, en passant par l'amour ou la souffrance. Alors, comment y rester indifférent ?

Brigitte Corrigou
27/05/2024
Spectacle à la Une

•Off 2024• Lou Casa "Barbara & Brel" À nouveau un souffle singulier et virtuose passe sur l'œuvre de Barbara et de Brel

Ils sont peu nombreux ceux qui ont une réelle vision d'interprétation d'œuvres d'artistes "monuments" tels Brel, Barbara, Brassens, Piaf et bien d'autres. Lou Casa fait partie de ces rares virtuoses qui arrivent à imprimer leur signature sans effacer le filigrane du monstre sacré interprété. Après une relecture lumineuse en 2016 de quelques chansons de Barbara, voici le profond et solaire "Barbara & Brel".

© Betül Balkan.
Comme dans son précédent opus "À ce jour" (consacré à Barbara), Marc Casa est habité par ses choix, donnant un souffle original et unique à chaque titre choisi. Évitant musicalement l'écueil des orchestrations "datées" en optant systématiquement pour des sonorités contemporaines, chaque chanson est synonyme d'une grande richesse et variété instrumentales. Le timbre de la voix est prenant et fait montre à chaque fois d'une émouvante et artistique sincérité.

On retrouve dans cet album une réelle intensité pour chaque interprétation, une profondeur dans la tessiture, dans les tonalités exprimées dont on sent qu'elles puisent tant dans l'âme créatrice des illustres auteurs que dans les recoins intimes, les chemins de vie personnelle de Marc Casa, pour y mettre, dans une manière discrète et maîtrisée, emplie de sincérité, un peu de sa propre histoire.

"Nous mettons en écho des chansons de Barbara et Brel qui ont abordé les mêmes thèmes mais de manières différentes. L'idée est juste d'utiliser leur matière, leur art, tout en gardant une distance, en s'affranchissant de ce qu'ils sont, de ce qu'ils représentent aujourd'hui dans la culture populaire, dans la culture en général… qui est énorme !"

Gil Chauveau
19/06/2024
Spectacle à la Une

•Off 2024• "Un Chapeau de paille d'Italie" Une version singulière et explosive interrogeant nos libertés individuelles…

… face aux normalisations sociétales et idéologiques

Si l'art de générer des productions enthousiastes et inventives est incontestablement dans l'ADN de la compagnie L'Éternel Été, l'engagement citoyen fait aussi partie de la démarche créative de ses membres. La présente proposition ne déroge pas à la règle. Ainsi, Emmanuel Besnault et Benoît Gruel nous offrent une version décoiffante, vive, presque juvénile, mais diablement ancrée dans les problématiques actuelles, du "Chapeau de paille d'Italie"… pièce d'Eugène Labiche, véritable référence du vaudeville.

© Philippe Hanula.
L'argument, simple, n'en reste pas moins source de quiproquos, de riantes ficelles propres à la comédie et d'une bonne dose de situations grotesques, burlesques, voire absurdes. À l'aube d'un mariage des plus prometteurs avec la très florale Hélène – née sans doute dans les roses… ornant les pépinières parentales –, le fringant Fadinard se lance dans une quête effrénée pour récupérer un chapeau de paille d'Italie… Pour remplacer celui croqué – en guise de petit-déj ! – par un membre de la gent équestre, moteur exclusif de son hippomobile, ci-devant fiacre. À noter que le chapeau alimentaire appartenait à une belle – porteuse d'une alliance – en rendez-vous coupable avec un soldat, sans doute Apollon à ses heures perdues.

N'ayant pas vocation à pérenniser toute forme d'adaptation académique, nos deux metteurs en scène vont imaginer que cette histoire absurde est un songe, le songe d'une nuit… niché au creux du voyage ensommeillé de l'aimable Fadinard. Accrochez-vous à votre oreiller ! La pièce la plus célèbre de Labiche se transforme en une nouvelle comédie explosive, électro-onirique ! Comme un rêve habité de nounours dans un sommeil moelleux peuplé d'êtres extravagants en doudounes orange.

Gil Chauveau
26/03/2024