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Théâtre

"Qui va garder les enfants ?" La parité, en politique comme ailleurs… ce n'est pas gagné !

"Qui va garder les enfants ?", Théâtre de Belleville, Paris

Découvert avec "Sortie d'usine", un récit immersif sur le monde ouvrier, Nicolas Bonneau poursuit son travail de collectage, enquêteur patient et curieux, pour découvrir le quotidien et les problématiques des femmes politiques, de gauche comme de droite, et, par effet de ricoché, met en évidence la disparité non résolue dans les cercles du pouvoir (mais pas que !) où règne encore et toujours la suprématie du mâle… Tout en, avec honnêteté et franchise, interrogeant sa propre domination masculine.



© Pauline Le Goff.
© Pauline Le Goff.
Seulement une vingtaine de femmes sont à la tête d'un gouvernement ou d'un état aujourd'hui dans le monde ; notre assemblée nationale est composée de 224 députées avec un "e" contre 353 sans ; en France, une réalisatrice touche un salaire de 42 % inférieur à celui de son homologue masculin ; depuis 2010, seuls quatre films réalisés par des femmes ont été nominés aux Césars et aucun n’a été primé ; 12 % de femmes sont à la tête des 100 plus grandes entreprises culturelles et 30 % d’entre elles occupent des postes de direction dans les établissements publics culturels…

Pendant cette enquête qui a duré plus de deux ans, Nicolas a suivi ou interviewé des femmes politiques au jour le jour, de tous bords politiques, élues locales et/ou nationales, maires, députées, anciennes ministres, universitaires, etc. De ces entretiens, de ces reportages, il en extrait des histoires émouvantes, vivantes, mais aussi humoristiques, voire piquantes, où vie personnelle, privée et carrière professionnelle reste associée, celles-ci ne voulant sacrifier ni l'une, ni l'autre, à l'inverse de la pratique habituelle des hommes.

© Pauline Le Goff.
© Pauline Le Goff.
La construction du spectacle de Nicolas Bonneau, basé sur sa posture de conteur, présente une architecture astucieuse où se trouvent enchevêtrés différents éléments burlesques ou dramatiques, l'un scindé en un récit de trois-quatre épisodes, d'autres sous forme d'interview où il joue l'interviewer et l'interviewée - n'hésitant pas à chausser les escarpins à talons du personnage convoqué - ou, dans un profil plein d'une sincérité troublante, ses propres histoires en forme d'autocritique, mea-culpa touchant, déclarées fondatrices de l'idée originelle de la création.

Maintenant la controverse, il nous narre tant l'anecdote de celle qui, engagée politiquement dès l'âge de 17 ans, déclare qu'elle laissera la place à son mari lorsqu'elle aura un enfant, que l'aventure militante (originellement indépendantiste guyanaise) de Christiane Taubira ; tant la dureté mais lucidité d'une Yvette Roudy (créatrice de la journée des droits de la femme) que la détermination d'une Ségolène Royal (à qui Michel Rocard demandera de se "retirer" !).

Que ce soit dans la rencontre un brin caricaturée des deux sus-cités - à la veille du dépôt de candidature à la présidentielle 2007 -, à la limite de l'hilarité, ou dans son interprétation en habit d'autodérision de ses actes regrettés de macho repenti, ou encore en Simone Veil - avec voix off -, seulement assis de profil sur une chaise, silhouette avec perruque et le tailleur vert verre d'eau, Nicolas Bonneau est expressif, hâbleur généreux et fantaisiste, doué d'une adresse facile, naturelle au public, et doté d'un jeu fluide, plein de fraîcheur et de vivacité, sans effets inutiles.

Dans cette narration conjuguée au féminin, et à la syntaxe féministe, apparaissent, au fil des propos retranscrits, les questions encore essentielles et obligatoires auxquelles nous ne voulons, ne souhaitons, ne pouvons pas répondre… "Pourquoi les femmes veulent-elles le pouvoir ? Surtout, pourquoi le veulent-elles si peu ?" ; "Un monde gouverné par plus de femmes serait-il différent, voire meilleur ?" ; "Les hommes sont-ils des femmes comme les autres ?" ; "Comment font-elles pour s'en sortir entre la gestion du foyer, le rôle de mère, la place que leur assigne la société auprès de leur conjoint - ou ointe - et une carrière politique ?"… Er surtout… Qui va garder les enfants ?

"Qui va garder les enfants ?"

© Pauline Le Goff.
© Pauline Le Goff.
Création de Nicolas Bonneau.
Conception et écriture : Nicolas Bonneau et Fanny Chériaux.
Co-mise en scène : Gaëlle Héraut.
Avec : Nicolas Bonneau.
Création musicale : Fannytastic.
Scénographie : Gaëlle Bouilly, assistée de Cellule B.
Costumes : Cécile Pelletier.
Création lumière : Rodrigue Bernard.
Création son : Gildas Gaboriau.
Régie : Cynthia Lhopitallier, Xavier Jeannot.
Stagiaire à la mise en scène : Chloé Jauset.
Production La Volige, Cie Nicolas Bonneau.
Durée : 1 h 15.

© Pauline Le Goff.
© Pauline Le Goff.
Du mercredi 16 janvier au dimanche 31 mars 2019
Du mercredi au samedi à 19 h 15, dimanche à 15 h,
+ mardi à 19 h 15 à partir du 5 mars.
Théâtre de Belleville, Paris 11e, 01 48 06 72 34.
>> theatredebelleville.com

Tournée 2019
7 avril 2019 : Théâtre, Bayeux (14).
11 avril 2019 : Théâtre Le Liburnia, Libourne (33)
9 mai 2019 : Les 3T – Scène conventionnée, Chatellerault (86).

Gil Chauveau
Mercredi 27 Février 2019

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© Alexandre Pupkins.
L'auteur et metteur en scène d'"Ysteria", présentée naguère sur ce même plateau du TnBA, s'attaque avec une frénésie palpable à ce monument de littérature. Après avoir minutieusement traduit le texte original pour, tout en en préservant l'authenticité, y injecter dans les plis du discours ses propres motifs, Gérard Watkins propose trois heures et plus d'effervescence permanente. Endossant lui-même le rôle du fratricide et régicide Claudius, il donne le tempo de sa scansion décalée présidant à sa manière si particulière de faire "entendre" le vers shakespearien retraduit.

Collant sinon à la lettre du moins à l'esprit de son illustre prédécesseur, il s'affranchit de la loi des genres pour proposer indistinctement à des femmes les rôles d'hommes et vice-versa. Ainsi le rôle-titre est-il confié non sans un certain bonheur à la tragédienne née qu'est Anne Alvaro, usant avec subtilité des gammes de sa sensibilité à fleur de peau, à la fois hardie et fragile, pour réifier les affres vengeresses du jeune Hamlet. À ceci près cependant que la grande différence d'âge qui la sépare de son personnage peut rendre moins crédible le statut d'Hamlet dont le jeune âge n'est pas étranger à sa problématique au lien paternel et maternel.

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J'ai peur de ne pas renouveler mes droits… Eux en ont la certitude

Je suis intermittente du spectacle. Ce n'est pas mon métier, mon métier, c'est comédienne. Intermittente, c'est juste mon régime d'indemnisation du chômage. C'est aussi une pratique d'emploi : je travaille à la mission, souvent avec des contrats très courts, pour différents employeurs. D'où un régime d'indemnisation adapté.

© DR.
J'exerce bien évidemment au théâtre, parfois au cinéma, à la TV ou pour la pub, souvent dans l'événementiel. Je travaille aussi régulièrement dans un lieu culturel important qui n'est pas un lieu de spectacle. Pas mal de mes collègues artistes travaillent aussi dans les parcs d'attractions et de loisir.

Pourquoi ce constat ? Parce que quel que soit le secteur où j'exerce, je travaille régulièrement avec des collègues "extras" de la restauration et de l'événementiel, des professionnels du "catering", des agents d'accueil, de sécurité, et des salariés du tourisme, embauchés à la mission, en CDDU, exactement comme moi. Comme pour moi, leurs secteurs d'activité sont à l'arrêt total. Or, eux, n'ont pas de régime spécifique. Ou plutôt, n'en ont plus (1).

Avec la crise que nous vivons, j'ai bénéficié d'une mesure de maintien de mes droits. Elle est ce qu'elle est, elle est imparfaite, mais l'"année blanche" me garde la tête hors de l'eau jusqu'en août 2021.

Eux, comptent les jours sans travail, pas simplement pour "refaire leurs heures", mais parce que chaque jour qui passe est un capital (2) qui s'effrite - quand ils n'ont pas déjà eu la malchance de perdre leurs indemnités avant la crise, suite à la réforme monstrueuse de 2019 (3). Leur indemnité chômage s'épuise sans se recharger depuis 10 mois. Pour beaucoup d'entre eux, c'est déjà le RSA.

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