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Avignon 2026

•Off 2026• "Le lave-vaisselle" Scènes de la vie conjugale…

Objet inanimé avez-vous donc une âme… qui dit de nous ce que nous ignorons d'elle ? Scandée par le bruit d'un lave-vaisselle (miniature) qui fait des siennes, la drolatique tragi-comédie du couple formé par Frédéric et Flor va épouser les mouvements d'humeur de l'appareil de type électroménager trônant entre eux, et recyclant à l'envi les heurs et malheurs de leur relation battant de… l'hélice. Immergé au cœur de leurs (d)ébats à couteaux tirés, le spectateur – à qui "ça" parle – en prend plein les mirettes.



© Basile Pelletier.
© Basile Pelletier.
Parfois, il suffit d'un presque rien, de deux couteaux tête bêche ou malencontreusement dirigés vers le bas, pour que la mécanique du LV au-dessus de tous soupçons se mette à bégayer grave, entraînant dans son sillage un flot de ressentiments accumulés… L'homme, fort de son expertise masculiniste reposant sciemment sur des chiffres alignés, n'aura alors de cesse de reprocher à sa compagne son manque de soin, pour ne pas dire la maltraitance caractérisée dont elle fait preuve à l'égard de cet ustensile ménager pourtant sensé leur faire gagner un temps précieux. La femme, habitée par d'autres fantasmes que ceux convoqués par le bras d'un LV fût-il coopératif, lui renvoie d'un revers bien ajusté l'affirmation d'une identité féminine refusant de continuer à porter dans ses entrailles tous les problèmes du monde depuis sa création.

La brèche étant ouverte, le "dialogue" suivra les méandres des frustrations fossilisées pour déverser leur trop-plein. Ainsi, lui se plaindra-t-il de la "dysphasie syntaxique" de sa moitié, trouble langagier vécu au début de leur relation comme charmant, puis, les années passant, comme insupportable. Elle dénoncera, elle, "l'erreur numérologique" de leur ménage mis à mal par l'approche comptable de celui dont le toc chiffré avait pu l'amuser dans le passé. Et du même geste, ô combien théâtral, l'un et l'autre se couvriront la tête d'un drap… comme "Les Amants" du peintre surréaliste René Magritte, sans aller pour autant jusqu'à échanger un baiser.

© Basile Pelletier.
© Basile Pelletier.
Reprenant leurs esprits après ce premier round fort animé, il délivrera sur un mode "clinique" le bon usage de A à Z d'un LV ; tandis qu'elle interprétera l'attachement obsessionnel aux objets de celui qui n'a plus d'yeux que pour son appendice ménager. À coups de citations savantes – "Devenir, c'est accepter quelque chose de soi et le tordre", Gilles Deleuze – et de ressentis épidermiques – "Ça fait longtemps que je ne te parle plus de désir" – la joute battra son plein… pour dire le vide qui les sépare. Horrible pour lui le sentiment de ne pas prendre soin du capital matériel à léguer à leurs enfants. Horrible le ronronnement du LV le soir, pour elle qui a tant besoin de flotter toute seule entre deux cycles de lavage…

Et puis, comme le gros d'une vague déferlante qui s'épuisant se retire, découvrant des plages anciennes mises à nu, le désir fou de tout reprendre depuis le début. Réinventer le rêve d'un paradis perdu. Avec ses attributs, sa parure de mariée, ses errements… et sa crise paroxystique annonçant l'heure venue d'une potentielle délivrance. Dans un délire visuel où les lumières stroboscopiques créeront un tableau digne de "La Création du monde" du peintre romantique russe Ivan Aïvazovski, les cartes du jeu amoureux pourraient être rebattues…

© Basile Pelletier.
© Basile Pelletier.
Avec un humour digne des pataphysiciens et animés par une énergie "explosive", les deux acteurs embarqués eux-mêmes dans le même trip, donnent à voir et à entendre une version truculente des vicissitudes de la relation amoureuse brinquebalée par les soubresauts du temps qui passe. Convoquant les ressorts de la parodie tragi-comique, sous l'œil amusé de leur LV – et du nôtre, complice… –, ils réussissent la prouesse de nous faire rire de situations dont l'inquiétante étrangeté n'est pas sans nous concerner, nous embarquant avec eux dans l'inénarrable traversée chaotique des amours au long cours.
◙ Yves Kafka

Vu le dimanche 19 juillet 2026 au Théâtre Transversal, Festival Off 2026 d'Avignon.

"Le lave-vaisselle (de quel espoir fou avons-nous besoin ?)"

© Basile Pelletier.
© Basile Pelletier.
Texte : Flor Lurienne et Frédéric de Goldfiem (publié à L'avant-Scène Théâtre).
Mise en scène : Flor Lurienne et Frédéric de Goldfiem.
Avec : Flor Lurienne et Frédéric de Goldfiem.
Scénographie, conception et réalisation : Doriann Delaive, Frédéric de Goldfiem, Basile Pelletier, Flor Lurienne.
Construction : Yves Sery.
Costumes : Basile Pelletier.
Son et musique : Doriann Delaive.
Compagnie Presque Une île.
Durée : 1 h 10

•Avignon Off 2026•
A été représenté du 4 au 25 juillet 2026.
Tous les jours à 17 h 45. Relâche le mercredi.
Théâtre Transversal, Avignon.

Yves Kafka
Mercredi 9 Septembre 2026

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