Aucun décor, aucun ustensile. La cour du Jardin de la rue de Mons à laquelle on accède par la Maison Jean Vilar – qui sans nul doute aurait rêvé découvrir cette création résonnant avec sa conception du théâtre populaire – offre avec sa végétation anarchique l'écrin naturel à cette performance en vase clos. Six actrices et acteurs (époustouflants) vont nous tenir en haleine durant ces trois heures et demie de re-présentation par la seule puissance de leur jeu, démesuré à l'envi comme les passions qui les déchirent.
Tous les membres de la famille Mannon, présentant des affinités électives avec leurs illustres modèles des Atrides, joueront devant nous ce soir leur rôle jusqu'à ce que mort s'ensuive. Ainsi en va-t-il des lois implacables de la tragédie… sauf que là, le parti pris adopté par le metteur en scène est flagrant : sans rien retirer à la tyrannie des sentiments destructeurs, le traitement dramatique qui leur est appliqué est résolument du côté de l'outrance propre à un certain théâtre de tréteaux.
Tous les membres de la famille Mannon, présentant des affinités électives avec leurs illustres modèles des Atrides, joueront devant nous ce soir leur rôle jusqu'à ce que mort s'ensuive. Ainsi en va-t-il des lois implacables de la tragédie… sauf que là, le parti pris adopté par le metteur en scène est flagrant : sans rien retirer à la tyrannie des sentiments destructeurs, le traitement dramatique qui leur est appliqué est résolument du côté de l'outrance propre à un certain théâtre de tréteaux.
Pour commencer la présentation de la galerie de personnages, parlons de Seth, le narrateur bienveillant qui, manuscrit en main, prendra soin au début des trois volets de la trilogie d'en indiquer le titre évocateur, Homecoming ("Le retour"), The Hunted ("Traqués") et The Haunted ("Hantés"). C'est lui aussi qui lira les très nombreuses didascalies. Son rôle, en plus de celui d'être le serviteur zélé de la famille, étant de mettre en abyme la performance théâtrale comme si on assistait de visu à un travail en cours.
Ensuite, présentons la dynastie Mannon, dont beaucoup de ses représentants auraient à coup sûr intéressé le père de la psychanalyse eu égard à leurs tendances incestueuses plus que prononcées… La mère d'abord, Christine (Clytemnestre) et sa fille, Vinnie (Électre), deux femmes unies par leur détestation sans bornes. On dit qu'elles se ressemblent même si la première, amante d'Adam Brandt (Égisthe), sincèrement passionnée, maîtrise sa perfidie avec un art consommé, alors que sa fille, elle, ne fait que crier à tue-tête ses ressentiments. Ce qui les unit pourtant, à la vie, à la mort, c'est aussi leur amour commun pour le beau capitaine de vaisseau, Adam Brandt (Égisthe), portrait craché d'Ezra Mannon (Agamemnon)… et, pour cause, on apprendra leurs liens lorsqu'un secret de famille sera dévoilé.
Il y aura aussi, Orin Mannon (Oreste), frère de Vinnie, qui occupera une place centrale dans le drame, lui qui, fou amoureux de sa mère, et pourquoi pas au passage de sa sœur, erre en lui-même depuis qu'une méchante blessure de guerre lui a causé un pète au casque se traduisant par les mouvements désordonnés de son cerveau et de son corps.
Enfin, ne faisant pas partie du clan Mannon – donc échappant à la malédiction s'acharnant sur les Atrides depuis qu'Atrée, pour se venger de son frère jumeau Thyeste, lui avait servi malicieusement à dîner la chair de ses enfants –, il y aura Peter (Pylade) et Hazel, frère et sœur amoureux respectivement de Vinnie et Orin… Huit personnages pour six acteurs, Ezra, Adam et Orin, par les liens secrets qui les unissent (et le metteur en scène jouera beaucoup sur leur ressemblance pour en tirer des effets comiques) étant joués par le même.
Place maintenant à l'action ourdie autour de la sexualité bouillonnante régissant les rapports entre ces nouveaux Atrides,… On découvrira l'amour inconditionnel de Vinnie pour son père Ezra, "l'homme de sa vie", celle d'Adam pour Christine (son amante), ce qui n'empêchera nullement ce dernier de draguer effrontément Vinnie, la fille de la première, qui oscillera, elle, entre amour et haine pour lui… Pour compléter ce tableau des amours "à multiples entrées", Orin désirera ardemment sa mère, "Tu es ma seule femme !"… qui le lui rendra bien, "Tu fais partie de moi ! Ton père te détestait car il savait que je t'aimais plus que lui".
Ensuite, présentons la dynastie Mannon, dont beaucoup de ses représentants auraient à coup sûr intéressé le père de la psychanalyse eu égard à leurs tendances incestueuses plus que prononcées… La mère d'abord, Christine (Clytemnestre) et sa fille, Vinnie (Électre), deux femmes unies par leur détestation sans bornes. On dit qu'elles se ressemblent même si la première, amante d'Adam Brandt (Égisthe), sincèrement passionnée, maîtrise sa perfidie avec un art consommé, alors que sa fille, elle, ne fait que crier à tue-tête ses ressentiments. Ce qui les unit pourtant, à la vie, à la mort, c'est aussi leur amour commun pour le beau capitaine de vaisseau, Adam Brandt (Égisthe), portrait craché d'Ezra Mannon (Agamemnon)… et, pour cause, on apprendra leurs liens lorsqu'un secret de famille sera dévoilé.
Il y aura aussi, Orin Mannon (Oreste), frère de Vinnie, qui occupera une place centrale dans le drame, lui qui, fou amoureux de sa mère, et pourquoi pas au passage de sa sœur, erre en lui-même depuis qu'une méchante blessure de guerre lui a causé un pète au casque se traduisant par les mouvements désordonnés de son cerveau et de son corps.
Enfin, ne faisant pas partie du clan Mannon – donc échappant à la malédiction s'acharnant sur les Atrides depuis qu'Atrée, pour se venger de son frère jumeau Thyeste, lui avait servi malicieusement à dîner la chair de ses enfants –, il y aura Peter (Pylade) et Hazel, frère et sœur amoureux respectivement de Vinnie et Orin… Huit personnages pour six acteurs, Ezra, Adam et Orin, par les liens secrets qui les unissent (et le metteur en scène jouera beaucoup sur leur ressemblance pour en tirer des effets comiques) étant joués par le même.
Place maintenant à l'action ourdie autour de la sexualité bouillonnante régissant les rapports entre ces nouveaux Atrides,… On découvrira l'amour inconditionnel de Vinnie pour son père Ezra, "l'homme de sa vie", celle d'Adam pour Christine (son amante), ce qui n'empêchera nullement ce dernier de draguer effrontément Vinnie, la fille de la première, qui oscillera, elle, entre amour et haine pour lui… Pour compléter ce tableau des amours "à multiples entrées", Orin désirera ardemment sa mère, "Tu es ma seule femme !"… qui le lui rendra bien, "Tu fais partie de moi ! Ton père te détestait car il savait que je t'aimais plus que lui".
Un cadeau pour le metteur en scène, adepte d'un théâtre brut reposant sur le corps, que ce nœud de désirs qui se chevauchent en tous sens. Un terrain de jeu qu'il s'empressera d'exploiter avec gourmandise… Ainsi de la mère et de ses grimaces d'anthologie (tournées vers les gradins dans lesquels ont pris place les spectateurs) lorsqu'elle accueillera Ezra revenant de guerre, lui jurant ses grands dieux qu'en tant qu'épouse, elle lui aura toujours été fidèle.
Déclaration aussitôt suivie de mimiques de dégoût, redoublées d'effets de corps disloqué comme son élocution. Ainsi de la fille, qui dans le conflit qui l'opposera à sa mère, crachera ses ressentiments tétanisant les traits de son visage. Ainsi d'Orin, tuant Adam… qu'il incarnera, jouant et rejouant les deux dans une séquence fabuleuse digne d'une scène de dessin animé que l'on passerait et repasserait. Ou encore le même Orin, se pelotonnant entre les seins de sa chère maman, qui semblera, elle aussi, apprécier ce contact rapproché.
Vu les tensions engendrées par ce déferlement de désirs à fleur de peau, les coups bas – mortels – vont se multiplier créant des situations hautes en couleur accompagnées de commentaires fleuris. Ainsi, lorsque Christine, la chère épouse infidèle du roi Ezra, tablera sur ses problèmes cardiaques pour s'en débarrasser en lui administrant en guise de médicament un violent poison (figuré par une feuille brandie à bout de bras sur laquelle une tête de mort a été approximativement dessinée), elle s'écriera avant qu'il ne rende l'âme : "Vous m'avez remplie de dégoût ! J'aurais mieux fait d'aller au bordel que de faire un enfant avec vous !".
Déclaration aussitôt suivie de mimiques de dégoût, redoublées d'effets de corps disloqué comme son élocution. Ainsi de la fille, qui dans le conflit qui l'opposera à sa mère, crachera ses ressentiments tétanisant les traits de son visage. Ainsi d'Orin, tuant Adam… qu'il incarnera, jouant et rejouant les deux dans une séquence fabuleuse digne d'une scène de dessin animé que l'on passerait et repasserait. Ou encore le même Orin, se pelotonnant entre les seins de sa chère maman, qui semblera, elle aussi, apprécier ce contact rapproché.
Vu les tensions engendrées par ce déferlement de désirs à fleur de peau, les coups bas – mortels – vont se multiplier créant des situations hautes en couleur accompagnées de commentaires fleuris. Ainsi, lorsque Christine, la chère épouse infidèle du roi Ezra, tablera sur ses problèmes cardiaques pour s'en débarrasser en lui administrant en guise de médicament un violent poison (figuré par une feuille brandie à bout de bras sur laquelle une tête de mort a été approximativement dessinée), elle s'écriera avant qu'il ne rende l'âme : "Vous m'avez remplie de dégoût ! J'aurais mieux fait d'aller au bordel que de faire un enfant avec vous !".
Ainsi lorsque Orin, fou de rage à l'idée qu'Adam ait pu "prendre" sa mère, lui saute dessus, la violant littéralement. Ou encore, de Christine et de son amant Adam dans une scène de déshabillage digne du cinéma muet, observée par Vinnie et son frère Orin dissimulés "à vue" sous un drap noir ; scène entraînant coup sur coup l'exécution sommaire de l'un et le suicide de l'amante.
Des Atrides, survivaient (encore) Vinnie et Orin… avant que ce dernier, rongé de culpabilité, ruminant le lourd passé dont il a hérité et croyant que sa sœur va lui échapper pour Peter, rejoigne les autres au Royaume des morts, laissant Vinnie seule survivante parmi les Mannon… Décidément, "le deuil sied à Électre"…
Épopée tragique, mise en jeu dans une tragi-comédie délicieusement truculente où les corps se font les ardents médiateurs d'émotions… partagées généreusement avec nous spectateurs, témoins fascinés par le jeu de ces actrices et acteurs échappant à l'ordinaire.
◙ Yves Kafka
Vu le 23 juillet dans le jardin de la rue de Mons, Maison Jean Vilar, pour la 80ᵉ édition du Festival d'Avignon.
Des Atrides, survivaient (encore) Vinnie et Orin… avant que ce dernier, rongé de culpabilité, ruminant le lourd passé dont il a hérité et croyant que sa sœur va lui échapper pour Peter, rejoigne les autres au Royaume des morts, laissant Vinnie seule survivante parmi les Mannon… Décidément, "le deuil sied à Électre"…
Épopée tragique, mise en jeu dans une tragi-comédie délicieusement truculente où les corps se font les ardents médiateurs d'émotions… partagées généreusement avec nous spectateurs, témoins fascinés par le jeu de ces actrices et acteurs échappant à l'ordinaire.
◙ Yves Kafka
Vu le 23 juillet dans le jardin de la rue de Mons, Maison Jean Vilar, pour la 80ᵉ édition du Festival d'Avignon.
"Le deuil sied à Électre"
Création 2026 au Festival d'Avignon.
Texte : Eugene O'Neill.
Traduction : Louis-Charles Sirjacq (L'Arche éditeur).
Adaptation : Gwenaël Morin.
Mise en scène et scénographie : Gwenaël Morin.
Assistante à la mise en scène : Canelle Breymayer.
Avec : Fabien-Aïssa Busetta, Virginie Colemyn, Kady Duffy, Julian Eggerickx, Barbara Jung, Grégoire Monsaingeon.
Lumière : Philippe Gladieux.
Conseillé à partir de 16 ans.
Durée : 3 h 30 avec entractes.
Le spectacle comporte des remarques discriminatoires, des thématiques liées au suicide et à l'inceste. L'équipe du spectacle a choisi de ne pas modifier le texte original afin de présenter l'œuvre dans toute sa complexité, y compris ses aspects les plus sombres. Ces propos et comportements reflètent les biais des personnages et le contexte historique de l'écriture de la pièce ; ils ne sauraient en aucun cas représenter leurs valeurs.
Texte : Eugene O'Neill.
Traduction : Louis-Charles Sirjacq (L'Arche éditeur).
Adaptation : Gwenaël Morin.
Mise en scène et scénographie : Gwenaël Morin.
Assistante à la mise en scène : Canelle Breymayer.
Avec : Fabien-Aïssa Busetta, Virginie Colemyn, Kady Duffy, Julian Eggerickx, Barbara Jung, Grégoire Monsaingeon.
Lumière : Philippe Gladieux.
Conseillé à partir de 16 ans.
Durée : 3 h 30 avec entractes.
Le spectacle comporte des remarques discriminatoires, des thématiques liées au suicide et à l'inceste. L'équipe du spectacle a choisi de ne pas modifier le texte original afin de présenter l'œuvre dans toute sa complexité, y compris ses aspects les plus sombres. Ces propos et comportements reflètent les biais des personnages et le contexte historique de l'écriture de la pièce ; ils ne sauraient en aucun cas représenter leurs valeurs.
•Avignon In 2026•
A été représenté du 7 au 9, du 11 au 13, du 15 au 18, et du 20 au 23 juillet 2026.
Tous ces jours à 22 h.
Jardin de la rue de Mons, Maison Jean Vilar, Avignon.
>> festival-avignon.com
Tournée
Du 13 au 15 octobre 2026 : Théâtre Olympia - CDN, Tours (37).
Du 4 au 10 décembre 2026 : La Commune - CDN, Aubervilliers (93).
Du 19 au 22 puis du 26 au 29 janvier 2027 : TnBA - CDN, Bordeaux (33).
Du 23 au 26 mars 2027 : Bonlieu - Scène nationale, Annecy (74).
Du 9 au 13 novembre 2027 : Les Célestins - Théâtre, Lyon (69).
A été représenté du 7 au 9, du 11 au 13, du 15 au 18, et du 20 au 23 juillet 2026.
Tous ces jours à 22 h.
Jardin de la rue de Mons, Maison Jean Vilar, Avignon.
>> festival-avignon.com
Tournée
Du 13 au 15 octobre 2026 : Théâtre Olympia - CDN, Tours (37).
Du 4 au 10 décembre 2026 : La Commune - CDN, Aubervilliers (93).
Du 19 au 22 puis du 26 au 29 janvier 2027 : TnBA - CDN, Bordeaux (33).
Du 23 au 26 mars 2027 : Bonlieu - Scène nationale, Annecy (74).
Du 9 au 13 novembre 2027 : Les Célestins - Théâtre, Lyon (69).




















