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Avignon 2026

•Off 2026• "Hemingway" Un biopic conforme à la légende dans lequel Jérôme Paquatte prête son imposante silhouette au colosse Hemingway

Ernest Hemingway (1899-1961), le plus français des écrivains américains, celui pour qui "Paris est une fête", nous est ici conté à la première personne, au fil de ses doutes et de ses réflexions. Dans cette séance d'introspection, Jérôme Paquatte, seul en scène, prête son impressionnante stature au géant littéraire et interprète tous les autres personnages du spectacle, d'Al Capone à Gertrude Stein en passant par la propre mère de l'écrivain. Une plongée bienvenue dans la vie et l'œuvre d'un homme hors du commun.



© PPProd-PMF-Cédric Vasnier.
© PPProd-PMF-Cédric Vasnier.
Hemingway, une légende, un nom qui fait rêver… Celui dont la photographie prise par Yousuf Karsh ornait si joliment, enfant, notre exemplaire du "Vieil Homme et la Mer" : un homme séduisant, d'âge mûr, visage buriné par le soleil et barbe blanchissante, au-dessus d'un pull-over à col roulé, avec un regard doux et nostalgique qui semblait nous emmener loin… Son roman, lui, d'un peu plus d'une centaine de pages à peine, nous transportait à Cuba, quelque part au large de La Havane, et nous faisait nous passionner pour une partie de pêche. Ce récit, qui valut à son auteur le Prix Pulitzer en 1953 et fut décisif dans l'attribution de son Nobel en 1954, fut pour nombre d'entre nous la première rencontre littéraire avec Ernest Hemingway. Le cadre était posé : nous avions affaire à un écrivain-aventurier, de la même trempe qu'un Kessel (1898-1969), celui qui nous avait tant fait pleurer avec "Le Lion" (1958).

Les romans et nouvelles d'Hemingway, largement inspirés de sa vie, contribuèrent à façonner la légende de l'aventurier viril et courageux : écrivain baroudeur, reporter de guerre intrépide (Première Guerre mondiale, Guerre d'Espagne, Deuxième Guerre mondiale, libération de Paris), chasseur de fauves, grand amateur de pêche, aficionado, séducteur invétéré marié quatre fois, grand buveur devant l'éternel, au point de donner son nom à un cocktail… Son goût pour la nuit, la fête, l'alcool et le jazz était partagé par toute une "Génération perdue", Francis Scott Fitzgerald en tête (1896-1940).

© PPProd-PMF-Cédric Vasnier.
© PPProd-PMF-Cédric Vasnier.
Les nombreuses adaptations cinématographiques de ses romans, dès 1932 avec "L'Adieu aux armes" de Frank Borzage (avec le beau Gary Cooper dans le rôle du lieutenant Frederic Henry), façonnèrent aussi une image romantique et tragique. Car, de Gary Cooper à Tyrone Power, en passant par Burt Lancaster, Gregory Peck ou Rock Hudson, les grandes stars hollywoodiennes prêtèrent leurs traits aux héros des romans d'Hemingway : "Pour qui sonne le glas" (1943), "Les neiges du Kilimandjaro" (1952), "Le soleil se lève aussi" (1957)…

La fin dramatique d'Hemingway, marquée par son suicide le 2 juillet 1961, quelques jours avant son 62ᵉ anniversaire, laisse aussi deviner des fêlures et un homme tourmenté. Ce que la pièce de Pascale Moine-Frémy montre fort adroitement.

Le spectacle s'ouvre sur une très jolie scénographie, image d'Épinal en diable : un bureau sous les tropiques, avec pergola, table et chaise de style colonial, et un homme assis de dos, large, vêtu d'un costume de lin couleur crème, tapant à la machine à écrire – une Underwood noire reconnaissable à ses touches rondes et blanches cerclées de métal. Nous voici à Cuba, en 1954. Hemingway vient de recevoir le prix Nobel de Littérature, annonce une voix à la radio.

Cette récompense ne saurait cependant apaiser les doutes de l'écrivain, comme nous apprend celui-ci dans une adresse directe au public. Sa souffrance à écrire, ses doutes perpétuels, ses difficultés à trouver une fin à ses romans ("Le Vieil Homme et la Mer" en compta pas moins d'une quarantaine), et le peu de considération que lui a jamais accordée sa mère, ne voyant en lui qu'un pétochard et un alcoolique, en font un homme tourmenté et insatisfait.

Dans cet exercice d'introspection, l'auteur suit le fil de ses pensées, se retourne sur son passé, saute les années, revient en arrière, se déplace de Cuba à Chicago, en passant par Paris – une table de bistrot avec deux chaises et un réverbère côté jardin suggèrent, là encore dans une jolie image d'Épinal, la capitale.

À travers plusieurs étapes de sa vie, nous suivons l'écrivain, mais aussi le journaliste et correspondant de guerre américain, prenant des notes sur le petit carnet qui ne le quitte jamais : à Chicago lorsque, jeune journaliste de 22 ans, il rencontre Al Capone ; à Paris, dans les Années folles, où il reçoit des leçons de littérature de Gertrude Stein et de Sylvia Beach ; puis, vingt ans plus tard, lorsque, après avoir couvert le débarquement pour le magazine Collier's, il participe à la Libération de Paris…

© PPProd-PMF-Cédric Vasnier.
© PPProd-PMF-Cédric Vasnier.
À travers ces divers épisodes, c'est tout un monde qui surgit devant nous avec d'autres figures légendaires tels que Fitzgerald, Picasso, Sartre et Beauvoir, Robert Capa…

Si le jeu de Jérôme Paquatte s'avère parfois un peu appuyé en ce début de représentations, et que nous pouvons imaginer qu'il ira en s'affinant, c'est un véritable plaisir de plonger dans la vie fabuleuse d'Hemingway et de côtoyer ce personnage aussi rare qu'attachant. En nous offrant ainsi de redécouvrir Hemingway, ce spectacle nous donne une envie folle de le (re)lire ! Bravo !
◙ Isabelle Fauvel

Vu le 7 juillet au Théâtre Pierre de Lune (Luna Théâtres).

"Hemingway"

© PPProd-PMF-Cédric Vasnier.
© PPProd-PMF-Cédric Vasnier.
Texte : Pascale Moine-Frémy.
Mise en scène : Élie Rapp.
Avec : Jérôme Paquatte.
Décor : Pascale Duchaussoy.
Lumière : Dan Imbert.
Production : PPPROD.
À partir de 10 ans.
Durée : 1 h 15.

•Avignon Off 2026•
A été représenté du 4 au 25 juillet 2026.
Tous les jours à 17 h 40. Relâche le 22 juillet.
Théâtre Pierre de Lune/Luna Théâtres, Avignon.

Du 2 septembre au 8 novembre 2026.
Du mercredi au samedi à 21 h, dimanche à 17 h 30.
Théâtre du Lucernaire, 53, rue Notre-Dame-des-Champs, Paris 6ᵉ.
Téléphone : 01 45 44 57 34.
>> Billetterie en ligne
>> lucernaire.fr

Isabelle Fauvel
Mercredi 23 Septembre 2026

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