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CédéDévédé

"Means of Escape" de Danny Bryant… Le blues britannique a de beaux restes !

Production impressionnante, puissante et incroyablement efficace, réalisée aux Chapel Studios du Lincolshire et mixé à Nashville, le nouvel album de Danny Bryant a la vigueur et l'urgente immédiateté du live… tout en proposant un éventail émotionnel que seul le blues peut offrir… Et sur ce terrain-là, le bluesman britannique est un vrai virtuose, des riffs griffus et solos tonitruants aux mélodies envoûtantes !



Danny Bryant © Rob Blackham.
Danny Bryant © Rob Blackham.
C'est juteux à souhait, avec de beaux et appétissants morceaux de gras sur certaines compositions ("Too Far Gone", "Hurting Time", "Tired of Trying" clin d’œil à Walter Trout), sachant se faire graisseux sur les finales… Et, en même temps, le jeu est limpide et langoureux à souhait… tous les ingrédients d'un blues à l'ancienne qui sait se montrer contemporain et audacieux… inventif tout en assumant ses influences. Le style British Blues est bien là, donnant parfois l'impression de sortir du fond des mines, bourré d'énergie brute, plus charbon que pétrole.

Vocalement, Danny Bryant ne rechigne pas à la besogne et nous offre un chant charismatique, rugueux, rocailleux quand il le faut tout en réussissant à être aérien pour des envolées en appui sur les superbes chorus ou solos ciselés développés à la guitare, ou usant d'un phrasé sensible, chant lancinant pour parler de son père sur "Skin and Bone". La rythmique assure son job et sait se faire industrieuse pour des morceaux plus rock 'n' roll ("Nine Lives") accompagnant un orgue Hammond des plus bluesy... ou au tempo loco, pour une respiration presque ferroviaire avec "Warning Signs (In Her Eyes)", hommage au regretté Gary Moore et son "hard" blues rock…

Mais le blues est aussi émotion, ballade et Danny Bryant a aussi ce talent, celui qui le rapproche de la complainte, plus lente et trainante, grave, aux deux sens du terme, sentiment et tonalité… "Skin and Bone" en est le parfait exemple - où Danny s'accompagne à la guitare acoustique - ; ou encore "Where The River Ends", façon Lennon, avec une belle intro au piano, glissant en fond de reverb… pour aller là où la rivière se termine… Poignant, nous touchant d'un uppercut au cœur !

Vous aimez le blues, le vrai, cuisiné aux petits oignons, celui où coule la sève de la révolte originelle… mais qui sait aussi répondre aux bourrasques musicales actuelles… Alors "Means of Escape" est fait pour vous. Cette galette (CD ou vinyle) brûle d'une énergie dense et flamboyante issue de séances boostées par certains titres enregistrés en direct (en studio) en une ou deux prises seulement… récréant ainsi sans artifices la généreuse spontanéité des concerts. Le tout additionné d'un parfum vintage, résultat d'une mastérisation effectuée aux célèbres studios Abbey Road par Sean Magee (Gary Moore, The Rolling Stones).

● Danny Bryant "Means of Escape"
Label : Jazzhaus Records.
Distribution : Jazzhaus Records et disponible sur différentes plates-formes numériques.
Sortie : 20 septembre 2019.


Gil Chauveau
Mardi 17 Septembre 2019

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"Vies de papier" Un road-movie immobile, une épopée de l'autodérision

Leur tournée passe peut-être pas loin de chez vous. Il faut aller voir Benoît Faivre et Tommy Laszlo et leur manière de rendre palpitant l'examen d'un album-photos anonyme et intrigant trouvé dans une brocante belge…

Dans "Vies de papier", ces documentaristes, ces nouveaux Dupond et Dupont mènent une enquête qui, par étapes, avec ses impasses, ses indices, ses objets déconcertants, toutes ces miettes d'un passé inconnu voit s'ajuster des miettes de mémoire et se constituer en une histoire allemande, une destinée. Celle d'une femme allemande pendant la guerre.

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Scéniquement, tous les codes convergent vers la réalité avec, en prime dans la présence des comédiens, cette dimension de passion délivrée par des enquêteurs devenus de magnifiques conférenciers. Qui, dans leur manière de faire la liaison entre les images et les objets, cèdent à une touchante tendance à l'auto-célébration. Comme une joie, une satisfaction, une fierté à faire partager.

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Jean Grapin
08/01/2020
Spectacle à la Une

Ah le foot, le foot, le foot… Oui, mais en version féminine, pour une étonnante aventure humaine

Ça commence limite "foutage de gueule", genre numéro de cirque en guise d'attraction préambulaire… Après le combat de catch de nains, pourquoi un match de foot féminin pour ouvrir la kermesse annuelle du journal L'Union à Reims ! Sauf que… les choses vont prendre une tournure inattendue… Avec une coupe du monde à la clé ! C'est la nouvelle et formidable histoire de femmes que nous racontent Pauline Bureau et sa compagnie.

Ah le foot, le foot, le foot… Oui, mais en version féminine, pour une étonnante aventure humaine
Reims, été 68. Dans la perspective d'un événement footballistique important, coach et cadres de l'équipe locale cherche une attraction en préambule de la confrontation sportive… Et pourquoi pas des femmes courant après un ballon, c'est original et rigolo, du jamais vu !* Des filles sur un terrain de foot, voilà un divertissement apte à régaler les mâles… majoritaires sur les gradins.

S'ensuit un appel à candidates qui, à la grande surprise de l'initiateur (Nicolas Chupin), répondent présentes. Mais son étonnement est total quand il les voit taper dans le ballon ; et jouer avec enthousiasme, aisance, rapidité et une immense liberté, sans retenue. Elles ont entre 16 et 32 ans, venant d'horizons différents, et sont bien décidées à faire de cette mauvaise plaisanterie divertissante l'aventure de leur vie.

Et, ici, Pauline Bureau nous rappelle que l'histoire du football féminin est indissociable de l'évolution de la société et de ses luttes. Femmes footballeuses, femmes ouvrières, l'un peut être l'échappatoire de l'autre, enquête historique, en quête d'histoire… Plusieurs aspects de la condition de la femme sont abordés, montrés. Et dans les années soixante, de la famille à l'usine, les exemples ne manquent pas, actualités sociales sur fond de rendement à la chaîne, de taux horaires, flagrantes et énormes disparités de salaires entre les hommes et les femmes (ça a changé ?), etc.

Gil Chauveau
06/12/2019
Sortie à la Une

"Macbeth" Deux clowns donnent un éclat de rire à Shakespeare

C'est un petit bijou que ce spectacle. Le mariage réussi de deux grandes écoles apparemment éloignées : la tragédie élisabéthaine et l'art du clown. Politiques, conflits historiques, guerres et meurtres d'un côté, dérision, naïveté lumineuse, enfance et poésie de l'autre. Les deux mêlés font exploser le drame de Macbeth en feu d'artifice, entre rire et effroi.

"Macbeth", faut-il le rappeler, ce sont les trois célèbres sorcières surgies des brumes de la lande écossaise qui prédisent l'avenir royal au noble Macbeth, l'assassinat d'un roi pendant son sommeil, l'exil de ses fils, le meurtre de Banco, le rival désigné dans les prédictions, des apparitions et, enfin, une guerre sanglante. Aux manettes de cette machine, un couple : Macbeth et sa femme, lady Macbeth. Pas vraiment de quoi rire face à ces passions violentes : cupidité, trahison, remords. Seulement, lorsque les regards de clowns se posent sur la triste saleté de l'existence humaine, la perception des événements les plus noirs se transfigure.

Les deux clowns, Francis (Louis-Jean Corti) et Carpatte (Maria Zachenska), incarnent tous les personnages essentiels de la tragédie. Aucune partie de l'histoire ne manque. Chaque épisode est raconté, joué, et offert avec cette distance capable à la fois de percevoir le grave et d'en retirer dans le même temps le rire grandiose de la truculence. C'est du théâtre de clowns où le mime alterne avec le jeu issu de la comédie et la narration.

Mais comment s'étonner que cette manière de mettre en scène l'écriture de Shakespeare, lui qui n'a jamais cessé d'introduire dans la plupart de ses pièces, un fou, un bouffon, un clown ou un personnage tiré de la simplicité du peuple qui avec ses mots simples, ose dire ce que les autres n'osent pas. En cela, les deux clowns de cette histoire sont des passeurs entre ces héros tragiques et le public.

Bruno Fougniès
11/02/2020