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Théâtre

"Lucrèce Borgia" de Victor Hugo : la mère sauve la femme, entre tendresse et effroi

"Lucrèce Borgia", Théâtre 14, Paris

Presque aussi réputée que la famille des Capulet et celle des Montaigu, la lignée Borgia a fait couler autant d'encre sinon plus. Son nom seul est accueilli avec mépris et dégoût par toute l'Italie, évoquant un mythe à la fois fascinant et horrifiant. À la tête de cette légende, la fille du pape Alexandre VI : Lucrèce Borgia. Son personnage sera repris dans de diverses adaptations littéraires, source de grande inspiration.



© Lot.
© Lot.
Dans la pièce de Victor Hugo, Lucrèce Borgia incarne la monstruosité. On la dit empoisonneuse et incestueuse, responsable de nombreux meurtres. Des rumeurs murmurent l'existence d'un enfant que Lucrèce aurait eu avec son frère. La duchesse déchue apparaît alors, masquée, profitant du carnaval de Venise pour approcher l'être objet de son amour. C'est un jeune homme qui a vingt ans et qui répond au prénom de Gennaro. Il lui parle de sa mère, inconnue, mais qu'il aime tant. Il parle à cette inconnue d'amour et lui dit à quel point elle est belle. La femme est détestée autant que la mère est adorée.

On n'est pas sérieux quand on a vingt ans. Les compagnons de Gennaro surgissent et lui révèlent l'identité de la femme qui l'accompagne. Ils l'humilient en criant leurs noms et leurs parents assassinés sous les ordres de la duchesse. Ils la renversent en créant la haine chez Gennaro. Elle s'évanouit. Elle veut vengeance. La douce promesse de l'ivresse étourdit les esprits de la troupe des jeunes seigneurs. Ils se laissent duper par la beauté d'une princesse masquée, par les paroles d'une vieille déguisée, par le parfum d'un vin partagé.

© Lot.
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Le conte n'est pas sans nous rappeler la tragédie grecque. Les héros agissent dans l'inconscience de leurs actes, portés par une vérité illusoire. Ils sont les maîtres d'un destin funèbre. Ils sont déjà morts de par qui ils sont. L'apparente légèreté laisse place à l'oppressante fatalité. Frédérique Lazarini porte, ou devrait-on dire supporte, avec admiration le rôle de Lucrèce Borgia. Elle incarne tout autant la femme abominable que la mère adorable. Sa présence, sa voix et son jeu nous glacent le sang aussi bien qu'ils nous inspirent de la tendresse pour cette mère pitoyable.

Le décor est sobre. Chaque lieu est symbolisé par un élément, qui permet au spectateur de compléter la scène comme il l'entend. Le rideau s'ouvre sur Venise, la ville de l'amour retrouvé, et se ferme sur Ferrare, tombeau de cet amour révélé. La lumière se teinte souvent de rouge, annonciatrice d'un mauvais présage. Tout au long de la pièce, le nom des Borgia plane comme une épée de Damoclès sur cette scène et ses personnages. Gennaro le mutilera et fera de lui une orgia. Le nom tombe et entraîne ses héritiers dans sa chute.

Le rideau tombe et entraîne ses protagonistes dans son avalanche d'applaudissements et de "bravo".

Le seul petit reproche que l'on peut adresser aux comédiens, c'est que s'ils connaissent très bien leurs mouvements, ils ont du mal à s'écouter les uns les autres. Par exemple, Lucrèce se rendra elle-même captive de son mari avant que celui-ci n'ait commencé à lui saisir les poignets.

Chez Victor Hugo, l'histoire de Lucrèce Borgia, c'est l'histoire de la vie qui engendre la mort. C'est la fatale fatalité.

"Lucrèce Borgia"

© Lot.
© Lot.
Texte : Victor Hugo.
Mise en scène : Henri Lazarini et Frédérique Lazarini.
Assistante à la mise en scène : Lydia Nicaud.
Avec : Frédérique Lazarini, Emmanuel Dechartre, Didier Lesour, Marc-Henri Lamande, Hugo Givort, Louis Ferrand, Clément Héroguer, Pierre-Thomas Jourdan, Adrien Vergnes, Kelvin Le Doze.
Scénographie : Pierre Gilles.
Musique : John Miller.
Lumières : Cyril Hamès.
Durée : 1 h 40.

Du 19 mai au 1er juillet 2017.
Mardi, vendredi et samedi à 20 h 30, mercredi et jeudi à 19 h, matinée samedi à 16 h.
Théâtre 14, Paris 14e, 01 45 45 49 77.
>> theatre14.fr

Ludivine Picot
Jeudi 1 Juin 2017

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Excellente idée que celle de Fred Pallem, musicien compositeur aux multiples talents et goûts musicaux, de revisiter avec quelques belles notes revigorantes "Les Fables de La Fontaine", quatorze plus précisément, qui sont racontées par une belle "brochette" d'artistes, des fidèles parmi les fidèles ou des - nouvellement ! - copains et copines.

Concert
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© Julien Hélie.
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Le filmage en direct apporte, dans certaines scènes, une proximité, une intimité avec les personnages sans le filtre de la déclamation théâtrale. Les expressions en plans rapprochés semblent plus fortes. Les cadrages permettent d'oublier un temps le reste du décor plateau et s'immerger plus profondément dans la scène, passer d'un lieu à un autre avec souplesse et précision.

Bruno Fougniès
16/11/2020
Sortie à la Une

"Zaï Zaï Zaï Zaï" Road movie déjanté… Tout ça pour un poireau !

Ne devoir son salut qu'à un légume à bulbe blanc et à longues feuilles vertes, brandi sous le nez d'un vigile expert en roulade arrière dissuasive, marque le point de bascule de ce jeune homme - peu recommandable, il est auteur de BD - venant de commettre l'impensable : ne pas avoir été en mesure de présenter sa carte de fidélité à la caissière ! Telle est l'origine de la folle cavale du "héros" échappé de l'album éponyme de Fabcaro pour être porté sur la scène par Angélique Orvain, réalisant là une prouesse propre à rendre lumineuse toute grisaille.

© Romain Dumazer.
Dans un dispositif immergeant le spectateur au cœur de l'action effrénée - pas moins de quatre podiums disposés en cercle, éclairés tour à tour, incluent le public dans des tableaux vivants -, l'épopée du fuyard décrété ennemi numéro 1 par la vox populi reprenant en chœur les voix des médias et des représentants de l'ordre va être vécue de manière haletante. L'occasion pour l'auteur et la metteure en scène, fins observateurs des travers contemporains, de croquer à pleines dents les errements hilarants des conduites dites "ordinaires".

En effet ces "arrêts sur images", joués superbement par huit acteurs tirant parti avec intelligence des ressorts du théâtre de tréteaux et des ralentis cinématographiques, passent au scanner les dérives de la pensée commune érigée en système de pensée. Aucun milieu n'y échappe. Pas moins les complotistes avachis devant leur téloche, les bobos contents d'eux-mêmes lisant Les Inrocks ou Le Monde Diplomatique, les artistes charitables réalisant un album de soutien à l'auteur de BD à la dérive, les forces de l'ordre au képi bas, et encore moins les journalistes des chaînes d'infos en continu commentant en boucle l'absence d'infos.

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Yves Kafka
29/10/2020