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Cirque & Rue

Le délicat magnétisme de Jérôme Thomas et de ses jongleuses à l'aérienne virtuosité

"Magnétic", en tournée 2018/2019

Depuis qu'il est reconnu comme l'un des meilleurs jongleurs du monde, Jérôme Thomas peut tout oser, pour lui comme pour les autres. Et son dernier spectacle est à l'image de ce qu'il est devenu… un créateur poète et virtuose doublé d'un découvreur de talents, comme le prouve une nouvelle fois "Magnétic".



© Christophe Raynaud de Lage.
© Christophe Raynaud de Lage.
Comme beaucoup de ses créations, "Hic Hoc" (1995), pièce emblématique, partition pour quatre jongleurs, avait renouvelé le genre en proposant une approche innovante de l'art du jonglage, ce dernier ayant déjà à plusieurs reprises été extrait des performances appartenant, pendant longtemps, uniquement au cirque. C'est la première partie de ce spectacle qui donne naissance aujourd'hui à "Magnétic".

"M'inspirer de "Hic", avec 4 femmes au plateau, est plus qu'une remontée dans le temps, c'est aussi un acte de création qui convoque magie et pratique jonglistique pointue dans leur brutalité d'exécution, sans trucage ni décor comme il y a vingt ans, mais avec des signes de notre contemporanéité. Visions nées de la cinétique, et une magie d'autant plus poétique qu'elle est dévoilée. D'autres objets comme les plaques de polystyrène, petites et grandes, qui n'existaient pas dans la production d'origine, sont également apparus." Jérôme Thomas.

Le résultat est magique, magnétique, poétique… Faisant jaillir un graphisme et une esthétique à la géométrie inspirée du mouvement artistique prodigué par l'école (d'art, de design et d'architecture) du Bauhaus et des chorégraphies d'Oskar Schlemmer*, plasticien, chorégraphe et professeur, qui fut l'une des plus fortes personnalités de la "maison" de Weimar.

© Christophe Raynaud de Lage.
© Christophe Raynaud de Lage.
Au début est le sombre, distinguant à peine les silhouettes. Avec une présence musicale déjà effective, prégnante L'univers musical de Wilfried Wendling fait penser à des improvisations, terreau fertile de la musique contemporaine, avec une intensité sonore donnant le rythme pour un départ gestuel sur le corps seul puis le corps en intimité avec une boule blanche, passages en roulement sur l'épiderme.

Puis des boules au bout de perches, en cadence de balancier. Pleine de grâce, d'élégance et de fluidité dans les mouvements des quatre artistes insufflant cette vie singulière aux objets. Telles des sphères dans l'univers. La musique, les sons aussi ont une dimension galactique, comme venus du fin fond de l'univers… Dans une diffusion presque hypnotique. Boules lumineuses, vibrantes comme une corolle florale sous une brise légère, de la poésie pure. Sensations organiques et universelles. Les figures exécutées et les chorégraphies sont sublimes. Les tableaux, parfois figés quelques secondes, sont aériens, prenant la forme de volutes éphémères.

Irréels, furtifs comme des corps florescents se mouvant dans un espace survitaminé. Puis, comme en opposition, des sons tonitruants surgissent, éventuelle expression d'un orage apocalyptique, annonçant un incroyable et spectaculaire ballet de boules associées à mi-longueur à des élastiques à l'impressionnante tonicité, nous faisant passer de la suggestion planétaire au microcosmos de l'atome et ses frénésies magnétiques.

Les effets sont "renversants", bluffants, écrivant un alphabet géométrique et symbolique fluide, aux formes visuelles magiques, surnaturelles, créant un nouveau et merveilleux art cinétique usant avec virtuosité de variations dessinées par quatre artistes à la féminine et délicate habilité. À l'unisson, en duo/duel, en cascades successives, les mouvements, des cannes, des élastiques et des boules blanches judicieusement éclairées - semblant émettre de l'intérieur -, initient des trompe-l'œil oniriques, aux extraordinaires amplitudes graphiques.

Non présent originellement dans "Hic hoc", frôlant la suspension vaporeuse et quasi diaphane, un numéro avec des plaques de polystyrène, petites puis grandes offrent une dernière impression irréelle de ce spectacle virtuose et empreint d'une subtile féminité, complété par une apothéose en pluie de feuilles de papier papillonnant… fin d'une histoire qui aurait pu, voulu s'écrire mais qui garde la fugace et légère liberté de l'air.

* L'artiste et chorégraphe allemand Oskar Schlemmer (1888-1943) travailla à révolutionner l’art de la danse et de la performance au sein du Bauhaus notamment.

"Magnétic"

© Christophe Raynaud de Lage.
© Christophe Raynaud de Lage.
Une création de Jérôme Thomas.
Avec : Audrey Decaillon, Chloé Mazet, Nicoletta Battaglia, Gaëlle Cathelineau ou Ria Rehfuss.
Musique et vidéo : Wilfried Wendling en collaboration avec Grégory Joubert.
Création lumière : Bernard Revel assisté de Dominique Mercier-Balaz.
Création accessoires et costumes : Emmanuelle Grobet.
Production ARMO - Cie Jérôme Thomas.
Durée : 1 h.

Du 8 au 18 mars 2018.
Du jeudi au samedi à 21 h, dimanche à 17 h.
Dans le cadre du Festival des(illusions) au Monfort Théâtre, Grande Salle, Paris 15e, 01 56 08 33 88.
>> lemonfort.fr

Tournée

© Christophe Raynaud de Lage.
© Christophe Raynaud de Lage.
13 avril 2018 : Théâtre Le Rive Gauche, dans le cadre du Festival Spring (nouvelles formes de cirque en Normandie), Saint-Étienne-du-Rouvray (76).
4 mai 2018 : Fontenay-en-Scènes, Fontenay-sous-Bois (94).
28 septembre 2018 : Les Passerelles - Scène de Paris, Pontault-Combault (77).
18 et 19 novembre 2018 : Théâtre de l'Archipel - Scène nationale, Perpignan (66).
27 et 28 novembre 2018 : L'Hexagone - scène nationale, Meylan (38).
14 décembre 2018 : Théâtre de Beaune (21).
9 février 2019 : Festival les Élancées - Scènes et Cinés/Archaos, Pôle National Cirque Méditerranée, Fos-sur-Mer (13).
13 février 2019 : Centre Culturel Jean Gagnant (co-accueil Le Sirque, Pôle National Cirque Nexon Nouvelle-Aquitaine), Limoges (87).
22 mars 2019 : Espace des Arts - scène nationale, Chalon-sur-Saône (71).
2 avril 2019 : Le Théâtre - scène nationale, Saint-Nazaire (44).
10 avril 2019 : Espace Lino Ventura (co-accueil Festival Rencontre des Jonglages, Maison des Jonglages, scène conventionnée) Garges-lès-Gonesse (95).

Gil Chauveau
Dimanche 11 Mars 2018

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Leur tournée passe peut-être pas loin de chez vous. Il faut aller voir Benoît Faivre et Tommy Laszlo et leur manière de rendre palpitant l'examen d'un album-photos anonyme et intrigant trouvé dans une brocante belge…

Dans "Vies de papier", ces documentaristes, ces nouveaux Dupond et Dupont mènent une enquête qui, par étapes, avec ses impasses, ses indices, ses objets déconcertants, toutes ces miettes d'un passé inconnu voit s'ajuster des miettes de mémoire et se constituer en une histoire allemande, une destinée. Celle d'une femme allemande pendant la guerre.

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Scéniquement, tous les codes convergent vers la réalité avec, en prime dans la présence des comédiens, cette dimension de passion délivrée par des enquêteurs devenus de magnifiques conférenciers. Qui, dans leur manière de faire la liaison entre les images et les objets, cèdent à une touchante tendance à l'auto-célébration. Comme une joie, une satisfaction, une fierté à faire partager.

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Jean Grapin
08/01/2020
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Gil Chauveau
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Mais comment s'étonner que cette manière de mettre en scène l'écriture de Shakespeare, lui qui n'a jamais cessé d'introduire dans la plupart de ses pièces, un fou, un bouffon, un clown ou un personnage tiré de la simplicité du peuple qui avec ses mots simples, ose dire ce que les autres n'osent pas. En cela, les deux clowns de cette histoire sont des passeurs entre ces héros tragiques et le public.

Bruno Fougniès
11/02/2020