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"Le Bleu du ciel", Prix Swiss Life à quatre mains de l'année

Pour sa quatrième édition, la Fondation Swiss Life pour la création artistique a décerné son prix (le Prix Swiss Life à quatre mains) au beau projet du photographe Édouard Taufenbach et du compositeur Régis Campo. De leur travail est issu un objet intrigant et stylé "Le Bleu du Ciel", un livre-cd dépliant les photographies et dessins de l'un en dialogue avec la musique de l'autre.



"Le Bleu du Ciel" - Partition & schéma de vol 2 © Édouard Taufenbach.
"Le Bleu du Ciel" - Partition & schéma de vol 2 © Édouard Taufenbach.
La Fondation soutient la création artistique depuis plus de dix ans. Depuis quatre ans, elle soutient également la création à quatre mains, celle d'un travail commun encourageant le décloisonnement des disciplines, ici photographie et composition. Destiné à révéler des talents, le prix récompense donc un projet de création croisée et originale. Les artistes ont carte blanche et la fondation leur donne les moyens financiers, le soutien artistique nécessaire à la réalisation de leur projet et leur donne une visibilité. En effet "l'objet" créé est exposé pendant une année dans divers lieux de premier plan, musées et galeries. L'appel national à candidature destiné à des binômes déjà constitués a été lancé pendant les Rencontres internationales d'Arles en 2019.

C'est le projet d'Édouard Taufenbach et de Régis Campo qui a été choisi par un jury aux compétences multiples. Qui n'a pas déjà été fasciné par le vol parfaitement coordonné d'une centaine d'oiseaux dans le ciel ? Au cœur de ce projet, c'est la fascination datant de l'enfance du photographe pour la migration des hirondelles, traversant la Méditerranée et le Sahara pour rejoindre l'Afrique, qui en est l'origine. Le jeune photographe trentenaire, qui a suivi des études de cinéma et d'art contemporain, et dont le travail est fortement influencé par le cinéma expérimental, est un habitué des collaborations fécondes - par exemple avec le réalisateur Sébastien Lifshitz. Très amateur du travail du compositeur Régis Campo depuis de nombreuses années, Édouard Taufenbach a naturellement fait appel à ce dernier en toute connaissance de cause.

"Le Bleu du Ciel" - In motion © Édouard Taufenbach.
"Le Bleu du Ciel" - In motion © Édouard Taufenbach.
Les deux artistes ont cherché dans ce beau livre-cd (qui se déplie en une fresque de photographies retravaillées sur plus de quatre mètres cinquante au recto et sur les partitions originales avec dessins au verso) à délivrer au regardeur toutes oreilles dehors une expérience synesthésique. Une sensation visuelle et auditive symbiotique qui donnerait à saisir le passage du temps, le développement du mouvement dans l'espace inspirés des ballets migratoires des hirondelles. À l'image comme dans la musique, il s'agit bien d'inventer une partition faite de ruptures, d'accélération et de dessiner des formes parlant du désir de liberté.

La musique itérative de Régis Campo (toujours joueur quoique membre de l'Académie des Beaux-arts) faite de répétitions de rythmes et de motifs, inspirée dans son énergie et sa pulsation par des compositeurs tels Steve Reich et Philippe Glass, dialogue avec la répétition d'images travaillées autant par recadrage que par traitement de différents bleus en variations du photographe. Les cinq parties d'une partition, créée au carrefour de la pop expérimentale psychédélique, du jazz parfois et d'une musique savante très excitante, présentent une texture à la fois simple et intense.

Les nappes sonores électroniques (boucles évanescentes ou plus affirmées) figurant les envolées et rondes des oiseaux se mêlent aux voix aériennes en un jeu sur le rythme, les timbres et les couleurs. Une ambiance sonore prenante qui rend aussi hommage au travail de Björk ("Àst") et à celui du maître disparu, Ennio Morricone ("Rondini, addio al maestro"). Les paroles chantées dans ces cinq "moments" ont d'ailleurs été écrites en anglais et en islandais par R. Campo.

"Le Bleu du Ciel" - Bruissement © Édouard Taufenbach.
"Le Bleu du Ciel" - Bruissement © Édouard Taufenbach.
L'instrumentarium imaginé par le compositeur, récemment plébiscité par le Prix Lycéen des Compositeurs, est des plus inventifs : outre les voix de la soprano Mylène Ballion, du baryton et contre-ténor Cyril Costanzo, le violon solo de Valentin Marinelli côtoie le toy piano et le moulin à musique de Yoko Yamada et les guitares et synthétiseurs d'Arthur Dairaine. Ce "Bleu du ciel" délivre décidément une vraie force hypnotique pour un voyage sans frontières.

● Édouard Taufenbach et Régis Campo "Le Bleu du ciel".
Chez Filigranes Éditions.
Format : 225 x 285. 50 pages.
Leporello 25 volets (5,37 m déplié).
Sortie : 15 octobre 2020.
ISBN : 978-2-35046-515-9.

Plusieurs expositions (toutes différentes) de ce travail sont prévues dès cette semaine :
Du 2 au 16 février 2021 : Galerie Thierry Bigaignon, 9 rue Charlot, Paris 3e.
Du 2 mars au 2 mai 2021 : Musée de la Piscine, Roubaix (59).
En juillet 2021 : Rencontres photographiques, Arles (13).
Du 9 au 30 septembre 2021 : Galerie Arrêts sur l'Image, Bordeaux (33).
En octobre 2021 : Musée du Jeu de Paume à Paris 8e.

Christine Ducq
Samedi 6 Février 2021

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© DR.
J'exerce bien évidemment au théâtre, parfois au cinéma, à la TV ou pour la pub, souvent dans l'événementiel. Je travaille aussi régulièrement dans un lieu culturel important qui n'est pas un lieu de spectacle. Pas mal de mes collègues artistes travaillent aussi dans les parcs d'attractions et de loisir.

Pourquoi ce constat ? Parce que quel que soit le secteur où j'exerce, je travaille régulièrement avec des collègues "extras" de la restauration et de l'événementiel, des professionnels du "catering", des agents d'accueil, de sécurité, et des salariés du tourisme, embauchés à la mission, en CDDU, exactement comme moi. Comme pour moi, leurs secteurs d'activité sont à l'arrêt total. Or, eux, n'ont pas de régime spécifique. Ou plutôt, n'en ont plus (1).

Avec la crise que nous vivons, j'ai bénéficié d'une mesure de maintien de mes droits. Elle est ce qu'elle est, elle est imparfaite, mais l'"année blanche" me garde la tête hors de l'eau jusqu'en août 2021.

Eux, comptent les jours sans travail, pas simplement pour "refaire leurs heures", mais parce que chaque jour qui passe est un capital (2) qui s'effrite - quand ils n'ont pas déjà eu la malchance de perdre leurs indemnités avant la crise, suite à la réforme monstrueuse de 2019 (3). Leur indemnité chômage s'épuise sans se recharger depuis 10 mois. Pour beaucoup d'entre eux, c'est déjà le RSA.

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