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La blessure surmontée, Schumann "L'Hermaphrodite" par Laurianne Corneille

La jeune pianiste Laurianne Corneille nous offre un superbe voyage très personnel autour d'œuvres emblématiques de Robert Schumann. C'est le bel "Hermaphrodite", véritable album concept sorti en mars 2020.



©  Anne-Lou Buzot.
© Anne-Lou Buzot.
Voici un objet d'art complet, très original, très pensé, beau, voici "L'Hermaphrodite", le nouveau CD de Laurianne Corneille, soliste mais aussi jeune professeure au conservatoire et à l'Académie Musicale Philippe Jaroussky. La démarche artistique entreprise fait appel à plusieurs disciplines et s'incarne tant dans la musique que dans la littérature (la pianiste lit sur les trois dernières pistes des textes de Roland Barthes sur Schumann), dans la photographie de ce roman qu'elle nous destine et dans l'art japonais de la céramique réparée à la peinture d'or. Il y faut un personnage à incarner (au corps réparé joliment aussi à l'or), l'hermaphrodite qui évoque le double réconcilié de deux figures d'identification schumanniennes : Eusébius et Florestan - ces êtres aux tempéraments contraires - et un récit.

Celui que propose Laurianne Corneille dessine une voie en partant des "Chants de l'Aube" ("Gesänge der Frühe"), dernière œuvre complète composée avant la tentative de suicide de 1854 ; elle traverse ensuite les climats vivement contrastés du cycle "Kreisleriana" d'après E.T.A Hoffmann composé en 1838 pour trouver enfin la réconciliation de l'intériorité et le chant pur d'une nouvelle Voix intérieure (ou "innere Stimme") avec la bouleversante transcription par Liszt d'un des Liebeslieder, "Widmung" opus 25, extrait de "Myrthen" (lieder de 1840).

©  Anne-Lou Buzot.
© Anne-Lou Buzot.
C'est donc à un parcours intime que Laurianne Corneille nous invite puisqu'elle ouvre son propre chemin dans l'œuvre de Robert Schuman en un geste aussi émouvant qu'original. D'où vient ce choix de prendre l'œuvre quasiment à rebours ? Pourquoi partir de la nuit, des confins de la folie qui menace, avec ses "Chants de l'Aube" opus 133 composés au bord du silence, devenus par la tragédie vécue par le musicien romantique Ultima Verba ? Pourquoi faire entendre ensuite le cycle "Kreisleriana" opus 16 composé par un artiste plutôt dans une bonne période et qui conçoit ce carnaval plutôt noir mais tout en fantasques détours témoignant aussi d'un vrai dépassement par une création sublimante ?

C'est que le déchirement dans la chair et l'esprit vécu par Robert Schumann s'est révélé une expérience qu'a partagée à sa manière la pianiste. Gravement blessée en 2017 alors qu'elle se fait renverser par un chauffard, Laurianne Corneille a cru naturellement qu'elle devrait renoncer à son art. C'est donc de reconstruction qu'elle nous parle à travers son récit musical mais aussi en mettant en scène l'art du kintsugi (comme celle de sa transformation en hermaphrodite mythique) dans les belles photographies d'Anne-Lou Buzot.

©  Anne-Lou Buzot.
© Anne-Lou Buzot.
Du désespoir de l'opus 133 écrit sur le vent au bord du silence à la douleur transcendée de l'opus 16, chaos apprivoisé entre éclaircies et vision fantastique jusqu'à la réparation de la fracture du moi du Liebeslied (piste 16), l'art de la pianiste tout en délicatesse prend le plus souvent le parti de la fusion des contraires, leur feuilletage, plutôt que celui de l'exaspération de climats antagonistes et violents - souvent choisi par les autres pianistes.

Elle poétise délicatement le dépouillement du chant (opus 133), ses dissonances imprévues, magnifie ce chant tendre et endeuillé qui émeut aux larmes mais elle sait aussi redonner formes et couleurs tranchantes aux fantaisies capricieuses ou sinistres du Kappelmeister fou (Kreisler). Elle enlumine et répare ces tissus déchirés d'une écriture du paradoxe mélancolique. Réparation d'une âme, douleur transcendée, voilà un programme fort pour une démarche et un enregistrement qui ne ressemblent à aucun autre - un véritable album concept, passionnant, qui mérite d'être découvert (y compris sur la chaîne YouTube de la pianiste).

● Laurianne Corneille "Robert Schumann - L'Hermaphrodite".
Piano : Laurianne Corneille.
Label : Klarthe Records.
Distribution : [PIAS].
Sortie : mars 2020.

>> lauriannecorneille.com

Christine Ducq
Mardi 28 Avril 2020

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Après déjà plusieurs années d'exploitation et de succès, Sylvie Dorliat reprend le très touchant conte de Philippe Claudel, "La petite fille de monsieur Linh", qu'elle a adapté pour la scène et qu'elle interprète. Une bonne occasion de découvrir ou de revoir ce spectacle lumineux et délicat parlant avec humanité tant de l'exil, de la mort, de la folie que de l'amitié et de l'espoir d'une nouvelle vie.

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Gil Chauveau
09/09/2020
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Gil Chauveau
31/08/2020