La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Humour

Jérémy Lorca… La sensuelle légèreté de l'homo comicus

"Viens, on se marre", Théâtre du Marais, Paris

Après "bon à marier", Jérémy Lorca, est de retour sur la scène parisienne avec "Viens, on se marre" où il nous parle de sodomie, de féminisme, d'homophobie, de romantisme, de morbaques… et de plein d'autres choses aussi vivantes et croustillantes les unes que les autres.



© Didier Parsy.
© Didier Parsy.
Sortant du classique stand-up, il use d'un cadre autobiographique à la franchise déconcertante où sa sincérité et son humour piquant désamorcent les situations les plus grotesques, les vérités les plus désespérantes… ou exaspérantes.

Ce qui nous séduit dans le stand up de Jérémy Lorca, ce n'est pas tant les sujets abordés que la manière dont il nous en parle, la sensibilité, l'autodérision et la douce complicité avec le public que son personnage instaure.

Son spectacle est cru, sans tabou mais profondément humain. Il fait partie aujourd'hui d'un groupe d'humoristes qui aborde tous les sujets de fronts - sexe, terrorisme, racisme, réfugiés, PMA/GPA, inégalité homme-femme, etc. -, sans complexe mais sans vulgarité, dans une forme de stand up qu'à sans doute initié/renouvelé Blanche Gardin. Mais Jérémy a quelque chose de différent, une humanité, une flamme, une générosité qui est teintée sans cesse d'une sensualité heureuse qui lui donne un accès particulier au public, un mode de communication qui fait que celui-ci lui accorde instantanément sa sympathie et son adhésion.

© Didier Parsy.
© Didier Parsy.
Sous une apparente attitude insouciante, jouant parfaitement certaines mesures de sa partition narrative sur un ton un brin détaché et badin, et les autres avec une tonalité plus espiègle et provocatrice, Jérémy prend (ne nous méprenons pas !:) le spectateur par surprise en lui assénant sans prévenir des saillies épicées, sans fioritures, et donc explicite, révélateur des perversions et des travers de l'homo ou hétéro sapiens à tendance "erectus".

Les aventures "comiques" de Jérémy peuvent aussi appartenir à un registre plus sensible où les désarrois sont liés à la solitude, aux échecs amoureux, aux "râteaux" imprévus et aux quotidiennes agressions de la vie, appelant plus les sourires que le rire. C'est l'un de ses talents, fil de ferriste sur une corde tendue glissante entre une férocité hilarante et un "I'm so happy" façon Droopy.

Derrière le performeur fantaisiste se cache aussi un auteur qui aime pratiquer une écriture intelligente et sensuelle - ses chroniques sur Europe 1 en sont un autre exemple. Au fil de ses récits pointent quelques phrases à l'humanité débordante… "Aimons-nous vivant !", "Respect pour les femmes maintenant que je me suis fait épiler. Elles sont bien plus courageuses que nous… Mais pourquoi vous gagnez moins ?" ou "Comme je suis célibataire, j'ai souvent envie de moi."

Incontestablement, avec cette nouvelle création, Jérémy Lorca poursuit son décryptage de nos actuelles interrogations existentielles en façonnant un personnage original, très personnel et déjà identifiable, construit sur une autodérision joyeuse et un verbe vif, lucide mais jamais cruel.

"Viens, on se marre"

© Didier Parsy.
© Didier Parsy.
De et avec : Jérémy Lorca.

Jusqu'au 28 mai 2019.
Reprise le 15 janvier.
Tous les mardis à 21 h 30.
Théâtre du Marais, Paris 3e, 01 71 73 97 83.
>> theatredumarais.fr

Gil Chauveau
Lundi 28 Janvier 2019

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





    Aucun événement à cette date.



À découvrir

"Sabordage" Comme une synthèse de la modernité… une implosion écologique à venir, avenir sombre de notre monde…

Elle fut riche et belle, plaisante et paradisiaque, pays de cocagne… puis devint consommatrice et opulente, industrieuse, minière et calamité écologique, pour finir mendiante et désespérée, à l'avenir destructif d'une future terre qui coule à pic… C'est la "belle" histoire de l'île de Nauru*, miroir de notre prochain anéantissement - au délicat (!) mais définitif intitulé "6e extinction de masse" -, qui nous est contée par le talentueux Collectif Mensuel.

Narration aux allures de débats, de commentaires, d'échanges réalistes… Scénographie en une forme d'actions documentaires, visible au lointain par report vidéo "en direct", en rappel de notre monde de l'image, expression ironique de nos chaînes d'infos en continu pour une structure créative d'un théâtre pédagogique, d'un reportage théâtralisé… Car ici tout est vrai, le drame, les horreurs économiques, le dézingage des ressources et de l'environnement… le sabordage de l'île a vraiment eu lieu, sans parler des perspectives radieuses d'une fin en version sous-marine !

Le récit - dans un préambule exposant un éden de rêve aux allures de paradis touristique, sis à quelques encablures de la Papouasie-Nouvelle-Guinée (près de 2 700 km quand même !) - se construit sur un montage cinématographique et télévisuel où le collectif puise dans les séries et films des années soixantes-dix quatre-vingt, tous célèbres et ancrées dans nos imaginaires collectifs…

Gil Chauveau
11/10/2019
Spectacle à la Une

FAB 2019 "Concours européen de la chanson philosophique" La philosophie mise en musique dans un dispositif à faire kiffer "l'euro-vision"

Massimo Furlan, performer suisse mâtiné d'Italien, était dans ses jeunes années fan de l'Eurovision, de ses paillettes éblouissantes et de ses bluettes sentimentales réunissant joyeusement sa famille autour du petit écran. Près d'un demi-siècle plus tard, c'est la grande avant-scène du Carré qui le projette sous les sunlights en splendide ordonnateur - flanqué d'une superbe créature en robe lamé - de deux soirées "enchantées" dédiées à une vision de notre Monde. Comme quoi divertissement populaire et réflexion de pointe peuvent rimer ensemble…

FAB 2019
Reconstituant somptueusement le décorum kitsch du concours de l'Eurovision ayant à jamais impressionné ses premières émotions artistiques, le performer semble jubiler en détournant "sérieusement" le répertoire d'origine pour proposer un récital de onze chansons dont l'écriture a été confiée par ses soins à des philosophes, sociologues et autres chercheurs sachant penser le monde. L'interprétation de ces textes métaphoriques revient à des artistes costumés de manière délirante, projetés en direct par un vidéaste décuplant leur truculente présence scénique sur les notes d'un orchestre en live.

Quant au Jury réuni sur une singulière estrade roulante dénotant avec sa "notabilité", il est composé d'éminents professeurs d'université et sommités intellectuelles se prêtant avec grâce et bonheur au jeu de leur interprétation avant d'attribuer leur note. Le public - le genre l'impose - est sollicité en permanence afin de faire entendre également "sa voix" captée par un "votaton" chargé d'enregistrer le volume d'applaudissements attribué à chaque candidat.

Yves Kafka
15/10/2019
Sortie à la Une

"Fake"… Un "Peer Gynt" pour explorer le monde de l'info et de l'intox

"Fake - Tout est faux, tout est fou", Gare de l'Est, Paris

L'homme vagabonde sous les toits ferroviaires, au carrefour des âmes voyageuses… il est conteur. Peer Gynt partit aussi à l'aventure, cheminant entre rêve et réalité. Le narrateur s'en inspire pour démêler le vrai du faux… de notre réalité… Extraire le fake à l'ère des news…

Spectacle déambulatoire, performance de rues (ici intérieure), Fake convoque un conteur, un concepteur compositeur, des musiciens, pour une exploration d'un nouveau type où le spectateur, équipé d'un casque audio, se laisse emmener, au sens littéral comme virtuel dans une promenade découverte entre vraies et fausses informations.

Dans ce périple artistique, ce dernier garde toute liberté d'action, plus précisément de mouvements, déambulant dans l'espace proposé au fil de ses envies, de ses inspirations ou guidé par l'histoire, narration sonore, vocale et musicale, composée en direct et diffusée dans le casque et/ou influencé par la vue, le cheminement de l'acteur, Abbi Patrix, interprétant à sa façon Peer Gynt, exprimant son ressenti du lieu, posant des questions sur la véracité du réel ou interrogeant le badaud passant.

Les éléments sonores audibles dans le casque sont superposés, sans apparente cohérence mais peuvent stimuler ou orienter la perception du spectateur qui fait le choix d'être actif ou passif, ponctuellement ou de manière permanente, redevenant alors un simple observateur.

Gil Chauveau
10/10/2019