La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Concerts

Jean-Bernard Pommier... Marathon Man !

Le pianiste Jean-Bernard Pommier poursuit, jusqu'au 17 juin 2015, son intégrale des "Sonates" de Beethoven à Paris. Une intégrale de ces compositions pour piano du Maître allemand entamée en mars pour huit concerts par un des maîtres du piano français. Prochain rendez-vous le 27 mai Salle Gaveau.



© DR.
© DR.
Après avoir gravé trois intégrales de ces sonates beethovéniennes sur disque et en avoir donné deux en concert à Londres et à Bruxelles, c'est maintenant à Paris que l'un des pianistes les plus remarquables de sa génération se produit dans ce programme qu'il connaît dans ses moindres détours, allées et envols symphoniques. Plus de trente ans de la carrière du compositeur embrassée en huit concerts dont chacun donne à entendre l'évolution du Maestro de ses débuts à Bonn jusqu'à l'apogée de sa carrière viennoise.

De la forme sonate - comme du concerto ou de la symphonie - qu'il parachève et renouvelle entièrement, Beethoven en a composé plus de trente de la fin des années 1790 à 1822, destinées au salon privé ou aux grands concerts publics, à deux (énigmatique opus 111 à entendre le 17 juin), trois ou quatre mouvements et d'exécution "facile" (du moins c'est ce qui est écrit sur la partition) ou difficile.

© DR.
© DR.
À la fin du Siècle des Lumières, ces pierres de touche de l'art classique encore redevables à un Haydn ou un Mozart sont très vite très personnelles. Après 1800, les recherches s'y font de plus en plus remarquer et s'impose un ton nouveau jusqu'à l'éclatement du moule classique après la grande crise de 1815, comme dans cette Sonate opus 106 "Hammerklavier", impressionnante et prophétique (donnée le 2 mars) ou l'opus 27 "Clair de lune" (à entendre le 15 juin).

C'est fort de l'expertise d'une riche et longue carrière et d'un compagnonnage intime avec l'œuvre de Beethoven que Jean-Bernard Pommier nous livre les arcanes de ce monument architectural que forment ces trente-deux sonates au carrefour du Classicisme et du Romantisme. Virtuose refusant l'emphase et la déclamation, le pianiste (et chef d'orchestre) Jean-Bernard Pommier rend justice à l'œuvre d'une vie, chaque soirée, avec une simplicité vraiment altière et un engagement jamais grandiloquent. Clarté, maturité, maîtrise, voilà du grand art qui convainc et enchante.

© DR.
© DR.
Prochains récitals les 27 mai, 4 juin, 15 et 17 juin 2015 à 20 h 30.

Salle Gaveau, 01 49 53 05 07.
45-47, rue de La Boétie, Paris 8e.
>> sallegaveau.com

Programme du 27 mai 2015 :
Sonate n°13 en mi bémol majeur opus 27/1 "Quasi una Fantasia".
Sonate n°7 en ré majeur opus 10/3.
Sonate n°27 en mi mineur opus 90.
Sonate n°21 en ut majeur opus 53 "Waldstein".

Christine Ducq
Mardi 19 Mai 2015

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique











À découvrir

"Rimbaud Cavalcades !" Voyage cycliste au cœur du poétique pays d'Arthur

"Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées…", Arthur Rimbaud.
Quel plaisir de boucler une année 2022 en voyageant au XIXe siècle ! Après Albert Einstein, je me retrouve face à Arthur Rimbaud. Qu'il était beau ! Le comédien qui lui colle à la peau s'appelle Romain Puyuelo et le moins que je puisse écrire, c'est qu'il a réchauffé corps et cœur au théâtre de l'Essaïon pour mon plus grand bonheur !

© François Vila.
Rimbaud ! Je me souviens encore de ses poèmes, en particulier "Ma bohème" dont l'intro est citée plus haut, que nous apprenions à l'école et que j'avais déclamé en chantant (et tirant sur mon pull) devant la classe et le maître d'école.

Beauté ! Comment imaginer qu'un jeune homme de 17 ans à peine puisse écrire de si sublimes poèmes ? Relire Rimbaud, se plonger dans sa bio et venir découvrir ce seul en scène. Voilà qui fera un très beau de cadeau de Noël !

C'est de saison et ça se passe donc à l'Essaïon. Le comédien prend corps et nous invite au voyage pendant plus d'une heure. "Il s'en va, seul, les poings sur son guidon à défaut de ne pas avoir de cheval …". Et il raconte l'histoire d'un homme "brûlé" par un métier qui ne le passionne plus et qui, soudain, décide de tout quitter. Appart, boulot, pour suivre les traces de ce poète incroyablement doué que fut Arthur Rimbaud.

Isabelle Lauriou
25/03/2024
Spectacle à la Une

"Mon Petit Grand Frère" Récit salvateur d'un enfant traumatisé au bénéfice du devenir apaisé de l'adulte qu'il est devenu

Comment dire l'indicible, comment formuler les vagues souvenirs, les incertaines sensations qui furent captés, partiellement mémorisés à la petite enfance. Accoucher de cette résurgence voilée, diffuse, d'un drame familial ayant eu lieu à l'âge de deux ans est le parcours théâtral, étonnamment réussie, que nous offre Miguel-Ange Sarmiento avec "Mon petit grand frère". Ce qui aurait pu paraître une psychanalyse impudique devient alors une parole salvatrice porteuse d'un écho libératoire pour nos propres histoires douloureuses.

© Ève Pinel.
9 mars 1971, un petit bonhomme, dans les premiers pas de sa vie, goûte aux derniers instants du ravissement juvénile de voir sa maman souriante, heureuse. Mais, dans peu de temps, la fenêtre du bonheur va se refermer. Le drame n'est pas loin et le bonheur fait ses valises. À ce moment-là, personne ne le sait encore, mais les affres du destin se sont mis en marche, et plus rien ne sera comme avant.

En préambule du malheur à venir, le texte, traversant en permanence le pont entre narration réaliste et phrasé poétique, nous conduit à la découverte du quotidien plein de joie et de tendresse du pitchoun qu'est Miguel-Ange. Jeux d'enfants faits de marelle, de dinette, de billes, et de couchers sur la musique de Nounours et de "bonne nuit les petits". L'enfant est affectueux. "Je suis un garçon raisonnable. Je fais attention à ma maman. Je suis un bon garçon." Le bonheur est simple, mais joyeux et empli de tendresse.

Puis, entre dans la narration la disparition du grand frère de trois ans son aîné. La mort n'ayant, on le sait, aucune morale et aucun scrupule à commettre ses actes, antinaturelles lorsqu'il s'agit d'ôter la vie à un bambin. L'accident est acté et deux gamins dans le bassin sont décédés, ceux-ci n'ayant pu être ramenés à la vie. Là, se révèle l'avant et l'après. Le bonheur s'est enfui et rien ne sera plus comme avant.

Gil Chauveau
05/04/2024
Spectacle à la Une

"Un prince"… Seul en scène riche et pluriel !

Dans une mise en scène de Marie-Christine Orry et un texte d'Émilie Frèche, Sami Bouajila incarne, dans un monologue, avec superbe et talent, un personnage dont on ignore à peu près tout, dans un prisme qui brasse différents espaces-temps.

© Olivier Werner.
Lumière sur un monticule qui recouvre en grande partie le plateau, puis le protagoniste du spectacle apparaît fébrilement, titubant un peu et en dépliant maladroitement, à dessein, son petit tabouret de camping. Le corps est chancelant, presque fragile, puis sa voix se fait entendre pour commencer un monologue qui a autant des allures de récit que de narration.

Dans ce monologue dans lequel alternent passé et présent, souvenirs et réalité, Sami Bouajila déploie une gamme d'émotions très étendue allant d'une voix tâtonnante, hésitante pour ensuite se retrouver dans un beau costume, dans une autre scène, sous un autre éclairage, le buste droit, les jambes bien plantées au sol, avec un volume sonore fort et bien dosé. La voix et le corps sont les deux piliers qui donnent tout le volume théâtral au caractère. L'évidence même pour tout comédien, sauf qu'avec Sami Bouajila, cette évidence est poussée à la perfection.

Toute la puissance créative du comédien déborde de sincérité et de vérité avec ces deux éléments. Nul besoin d'une couronne ou d'un crucifix pour interpréter un roi ou Jésus, il nous le montre en utilisant un large spectre vocal et corporel pour incarner son propre personnage. Son rapport à l'espace est dans un périmètre de jeu réduit sur toute la longueur de l'avant-scène.

Safidin Alouache
12/03/2024