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Théâtre

Interprétation passionnée de Betty Pelissou qui reprend "Le dernier jour d'un condamné"

"Condamnée", Théâtre Laurette, Paris

En 1828, à l'âge de 26 ans, Victor Hugo rédige "Le dernier jour d'un condamné". Un homme dont ni le nom ni le crime ne sont explicités. Dans ce manifeste contre la peine de mort, il retranscrit tous les états par lesquels passe le futur mort. Dans cette adaptation, l'homme devient femme, à part cela tout reste semblable. Cette pièce est éligible aux P'tits Molières 2017.



© DR.
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À jardin, négligemment étalée par terre, une sorte de vêtement, que l'on comprendra ensuite être une cape. La cape de la prisonnière. Un accessoire pour souligner le fait qu'il ne lui reste plus rien. Sa mère et son mari ne resteront pas bien longtemps en vie après elle. Sa raison de vivre l'a oubliée. Elle est déjà morte. Ne lui reste que sa cape. Qu'elle finira par céder à sa suivante, celle qui prendra sa place et qui attendra son exécution, tout comme elle l'a fait. Une cape interchangeable, pour une victime tout aussi anonyme que multiple.

Étendu sur le fond de la scène, un drap tacheté et usé. Le tissu représente le mur, mur duquel elle est prisonnière, pièce dans laquelle elle est cloîtrée, condition à laquelle elle ne peut échapper. Condamnée à être exécutée. Mais le drap se fait également et paradoxalement la métaphore de la liberté. L'écriture devient un moyen de s'exprimer, de se raconter. Raconter son histoire, laisser une trace, ne pas être oubliée. Écrire pour se souvenir, de ce qu'on a été, de ce qu'on a fait. La page projetée est blanche et c'est la prisonnière qui la couvre de mots sonores.

© DR.
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La proximité avec la scène ainsi que les lumières génèrent un sentiment dérangeant. Nous ne sommes pas insensibles aux plaintes et aux pleurs de la femme. Nous en sommes trop proches pour ne pas être touchés. L'ambiance est pesante, oppressante. Mais surgissent par à-coups de brefs instants de musique, se superposant à la parole. La pièce perd alors un peu de sa force en amenuisant la tension dans laquelle nous sommes plongés.

La comédienne Betty Pelissou rend hommage à l'œuvre de Victor Hugo. Elle offre le texte avec une diction parfaite et une voix chantante et changeante. Le langage est son seul allié, il ne reste plus que lui pour exister. Le ton de voix s'adapte aux différents sentiments par lesquels passe la femme. Si l'on ne faisait qu'écouter, l'on verrait quand même se dresser les parois de la prison, les différentes personnes qui défilent, tout ce que le personnage évoque.

Sur le visage de la prisonnière, s'enchaînent la tristesse, le désespoir, la révolte, jusque presque la folie… Au niveau du jeu, l'on peut reprocher à Betty Pelissou de ne pas toujours être très juste, d'en faire parfois un peu trop. Le public est proche de la scène et chaque mouvement un peu exagéré est tout de suite remarqué. Mais l'on relève la difficulté qu'il y a à tenir un tel caractère, seule, pendant une heure. La peur est une émotion difficile à simuler, plus encore ici, car c'est l'effroi qui prend le pas sur elle.

La représentation de la fureur est, quant à elle, exceptionnelle. Ce n'est pas seulement le cri du personnage, mais c'est tout son être qui se déchire quand elle se révolte contre ce à quoi elle ne peut se soustraire, qui est également la seule chose qui subsiste. "Condamnée", elle jette ce mot le plus loin possible d'elle-même mais ne peut totalement s'en débarrasser puisque c'est désormais tout ce qui la qualifie.

"Condamnée"

© DR.
© DR.
Adaptation d'après "Le dernier jour d'un condamné" de Victor Hugo.
Avec : Betty Pelissou.
Mise en scène : Vincent Marbeau.
Création musique originale : Mickaël Zolciak.
Graphisme : Cédric Pitiot.
Durée : 1 h 05.

Du 16 septembre au 16 décembre 2017.
Le mercredi à 21 h 30 et le samedi à 18 h 15.
Théâtre Laurette, Paris 10e, 09 84 14 12 12.
˃˃ laurette-theatre.fr

Ludivine Picot
Lundi 6 Novembre 2017

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