Placés à la place de "voyeurs", on découvre la vue en écorché de cette maison avec Laura, de dos dans son fauteuil. Ses deux frères, Simon le plus jeune, Soren l'aîné, et Suzanna, la grande sœur, ont fait le voyage à Morsan pour accompagner le temps qui lui reste à vivre. D'emblée une atmosphère lourde plane sur ce huis clos étouffant, chacune et chacun s'efforçant de feindre la décontraction alors que l'effroi les ronge. Seule la malade semble paradoxalement habitée sereinement la situation, en confiant son choix du graphisme d'un arbre de vie pour décorer son urne funéraire.
S'occuper, occuper le temps pour combler le silence où bruit l'inexorable échéance. L'un va raconter une anecdote vécue dans le train, l'autre va s'affairer à monter une chaise médicalisée pour la toilette, l'autre obsédé par le temps va se plonger dans "La Montagne magique" de Thomas Mann. Et déjà les mots commencent à manquer à Laura qui, à table, a du mal à porter la cuillère à sa bouche avant de s'étouffer suite à une fausse route. "- Éric, ton ancien amoureux, a repris contact ! Il a dû apprendre que… - Que quoi ?", bientôt suivi d'un cri déchirant les convenances : "Arrêtez de me regarder comme ça ! Asseyez-vous et mangez !". Tout est dit de la souffrance morale de celle qui refuse que sa fratrie la voie déjà comme une morte.
S'occuper, occuper le temps pour combler le silence où bruit l'inexorable échéance. L'un va raconter une anecdote vécue dans le train, l'autre va s'affairer à monter une chaise médicalisée pour la toilette, l'autre obsédé par le temps va se plonger dans "La Montagne magique" de Thomas Mann. Et déjà les mots commencent à manquer à Laura qui, à table, a du mal à porter la cuillère à sa bouche avant de s'étouffer suite à une fausse route. "- Éric, ton ancien amoureux, a repris contact ! Il a dû apprendre que… - Que quoi ?", bientôt suivi d'un cri déchirant les convenances : "Arrêtez de me regarder comme ça ! Asseyez-vous et mangez !". Tout est dit de la souffrance morale de celle qui refuse que sa fratrie la voie déjà comme une morte.
Des micros placés dans la cuisine délivreront les conversations de la fratrie concernant le refus de leur sœur d'une place en soins palliatifs, et son choix assumé d'un lit médicalisé à son domicile. Une caméra saisira un gros plan du questionnaire de fin de vie, où se détachent, écrits de la main de Laura, les mots "Je refuse" pendant qu'elle éclatera de rire en écoutant une musique de sa jeunesse. Des morceaux choisis de "La fontaine des Chimères", l'Argos local – celui qui voit tout – seront lus par le plus jeune frère alors que son aîné résumera lui "La Montagne magique", tandis que la grande sœur n'arrêtera pas de parler du "baby phone" trahissant l'infantilisation de la malade.
On sera confronté en direct à la dégradation de l'état de santé de Laura, à ses cris de douleur, à l'exposition de ses pieds nécrosés. L'interrogatoire mené par un médecin et une infirmière révélera, au-delà des signes inquiétants de perte cognitive de la patiente, les points de vue des soignants sur la fin de vie. Faire la promesse d'éteindre avec une précision toute chirurgicale les zones de douleur… sans pour autant en délivrer la malade en lui permettant d'être libre d'y mettre fin. Mais alors qu'en est-il des dernières volontés de Laura, pourtant consignées noir sur blanc par ses soins ? Pour pouvoir les prendre en compte, faudrait-il encore qu'elle soit "en mesure", or ses facultés intellectuelles étant endommagées, l'aide à mourir lui sera refusée. Cet interrogatoire exposera aussi au grand jour les dissensions au sein de la fratrie, dissensions sur fond d'angoisse dévorante, chacun coupant la parole à Laura pour dire ce qui relève de ses préoccupations à lui. Ainsi du frère aîné, plus attentif semble-t-il aux désirs de Laura, que la grande sœur, n'ayant de cesse de se substituer à la malade pour tout "gérer".
On sera confronté en direct à la dégradation de l'état de santé de Laura, à ses cris de douleur, à l'exposition de ses pieds nécrosés. L'interrogatoire mené par un médecin et une infirmière révélera, au-delà des signes inquiétants de perte cognitive de la patiente, les points de vue des soignants sur la fin de vie. Faire la promesse d'éteindre avec une précision toute chirurgicale les zones de douleur… sans pour autant en délivrer la malade en lui permettant d'être libre d'y mettre fin. Mais alors qu'en est-il des dernières volontés de Laura, pourtant consignées noir sur blanc par ses soins ? Pour pouvoir les prendre en compte, faudrait-il encore qu'elle soit "en mesure", or ses facultés intellectuelles étant endommagées, l'aide à mourir lui sera refusée. Cet interrogatoire exposera aussi au grand jour les dissensions au sein de la fratrie, dissensions sur fond d'angoisse dévorante, chacun coupant la parole à Laura pour dire ce qui relève de ses préoccupations à lui. Ainsi du frère aîné, plus attentif semble-t-il aux désirs de Laura, que la grande sœur, n'ayant de cesse de se substituer à la malade pour tout "gérer".
Le paroxysme de leurs oppositions "fratricides" éclatera autour d'un flacon contenant la potion létale confiée par Laure. Son plus jeune frère qui, pour sa part à refuser le test de dépistage de la maladie neurodégénérative dont va mourir Laura, se fait l'apôtre de la vie à tout prix, en accusant sa sœur et son frère d'être incapables d'assumer le vertige de l'existence en prétendant l'interrompre. On sera témoins aussi du revirement de la grande sœur, déchirant les directives de Laura… qui l'avait pourtant désignée comme "la personne de confiance".
Il sera question aussi d'une mystérieuse juge dépositaire d'un "secret de vie" obsédant, venue se réfugier loin du monde dans ce village de Morsan… dont le nom claque comme un indice. Mais aussi d'une histoire mise en abyme, comme celle contenue dans la curiosité du village, "La Fontaine des Chimères", dépositaire du mythe d'Argos, surveillant de ses mille yeux la nymphe Io transformée par Jupiter en vache, et aspirant à en être délivrée. Ou encore d'un architecte, découpant les maisons du village en ruine pour ouvrir des fenêtres vers l'extérieur.
Il sera fait appel également à des "tableaux vivants", précipitant sur le plateau des flash-back dévoilant de manière sensible le parcours suivi par Laure… Exit les bâtonnets, pour humidifier la bouche, proposés par les bons soins de l'infirmière soucieuse du confort pré-mortel… Exit les phrases d'usage prononcées par les accompagnants, "Elle ne souffre pas, elle va partir en toute tranquillité", mais que sait-on de ce qui se joue derrière le visage déjà absent de l'agonisant ?... Critique de l'IA et des nouvelles technologies mises au service d'une médecine de pointe présentée comme panacée… Place à un être de chair et d'os, amoureuse éperdue d'un baiser entrevu et revenant sur les mutilations infligées à son corps de femme dans l'espoir de la vie sauve… Place à son effroi face aux souffrances qui s'annoncent et son désir de la regarder en face, la mort, sans le recours aux mots convenus servant de cercueil… La mort, c'est dégueulasse, ça la fait hurler de rage, aussi sa demande adressée à ses frères et sœur sera sans ambiguïté, le plus beau cadeau qu'ils pourront lui faire en l'aidant à mourir.
Chacun, confronté à ses propres angoisses, laissera éclater sa rage impuissante. Le plus jeune frère se lancera dans une danse frénétique pour célébrer l'illusion de la vie. Le frère aîné, lui qui s'évertuait à vouloir contrôler le temps, sera en prise avec un déchainement de violences dirigées contre Thomas Mann. La mort, c'est la peau bleue, les ongles noirs et l'odeur de pourriture, "Laure tout ce que tu redoutais, c'est produit". Les hurlements de la sœur aînée la conduiront, elle, à prendre la place de sa sœur sur le lit médicalisé vide de sa présence.
Il sera question aussi d'une mystérieuse juge dépositaire d'un "secret de vie" obsédant, venue se réfugier loin du monde dans ce village de Morsan… dont le nom claque comme un indice. Mais aussi d'une histoire mise en abyme, comme celle contenue dans la curiosité du village, "La Fontaine des Chimères", dépositaire du mythe d'Argos, surveillant de ses mille yeux la nymphe Io transformée par Jupiter en vache, et aspirant à en être délivrée. Ou encore d'un architecte, découpant les maisons du village en ruine pour ouvrir des fenêtres vers l'extérieur.
Il sera fait appel également à des "tableaux vivants", précipitant sur le plateau des flash-back dévoilant de manière sensible le parcours suivi par Laure… Exit les bâtonnets, pour humidifier la bouche, proposés par les bons soins de l'infirmière soucieuse du confort pré-mortel… Exit les phrases d'usage prononcées par les accompagnants, "Elle ne souffre pas, elle va partir en toute tranquillité", mais que sait-on de ce qui se joue derrière le visage déjà absent de l'agonisant ?... Critique de l'IA et des nouvelles technologies mises au service d'une médecine de pointe présentée comme panacée… Place à un être de chair et d'os, amoureuse éperdue d'un baiser entrevu et revenant sur les mutilations infligées à son corps de femme dans l'espoir de la vie sauve… Place à son effroi face aux souffrances qui s'annoncent et son désir de la regarder en face, la mort, sans le recours aux mots convenus servant de cercueil… La mort, c'est dégueulasse, ça la fait hurler de rage, aussi sa demande adressée à ses frères et sœur sera sans ambiguïté, le plus beau cadeau qu'ils pourront lui faire en l'aidant à mourir.
Chacun, confronté à ses propres angoisses, laissera éclater sa rage impuissante. Le plus jeune frère se lancera dans une danse frénétique pour célébrer l'illusion de la vie. Le frère aîné, lui qui s'évertuait à vouloir contrôler le temps, sera en prise avec un déchainement de violences dirigées contre Thomas Mann. La mort, c'est la peau bleue, les ongles noirs et l'odeur de pourriture, "Laure tout ce que tu redoutais, c'est produit". Les hurlements de la sœur aînée la conduiront, elle, à prendre la place de sa sœur sur le lit médicalisé vide de sa présence.
Et jusqu'à la lumière blanche finale, aveuglante, mais le soleil et la mort peuvent-ils se regarder en face… Nous spectateurs, impliqués dans le drame in situ, vivront en direct les affres de Laure et de sa fratrie. Confrontés à l'innommable de la fin de vie, à des questions touchant à l'essentiel, nous sommes comme irradiés par cette forme théâtrale, artistiquement et dans son récit, au-dessus de tous soupçons. Un soleil noir propre à dessiller nos yeux sur l'humanité de l'aide revendiquée à mourir. Un dernier acte de liberté qui ne peut nous être refusé par d'autres que nous-mêmes.
◙ Yves Kafka
Vu le 8 juillet 2026 à La FabricA d'Avignon, pour la 80ᵉ édition du Festival d'Avignon.
◙ Yves Kafka
Vu le 8 juillet 2026 à La FabricA d'Avignon, pour la 80ᵉ édition du Festival d'Avignon.
"L'hors-présence ou Chimères du pays de Morsan"
France. Création 2026.
En français surtitré en anglais.
Texte et mise en scène : Tiphaine Raffier.
Assistante à la mise en scène : Mathilde Saillant.
Avec : Emma Bolcato, Teddy Chawa, Thomas Gonzalez, Paula Luna, Édith Mérieau, Catherine Mestoussis, Thierry Paret et Adrien Rouyard.
Participation vidéo : Hélène Raimbault, Patrick Harivel.
Dramaturgie : Lucas Samain.
Scénographie : Hélène Jourdan.
Lumière : Kelig Le Bars.
Vidéo : Vincent Pinckaers.
Cadrage : Raphaël Oriol.
Son : Hugo Hamman.
Musique : Sylvain Jacques.
Costumes : Caroline Tavernier, assistée de Paloma Donnini.
Maquillage et perruques : Judith Scotto.
Régie générale : Olivier Floury.
Régie plateau : Nicolas Bignan, Pierre Frenkel.
Régie vidéo : Nicolas Morgan.
Régie son : Hugo Hamman.
Régie lumière : Christophe Fougou.
Régie maquillage et perruques : Emmanuelle Flisseau.
Construction du décor : Atelier du Nouveau Théâtre Besançon CDN.
Traduction anglaise pour le surtitrage : Sophie Troyna-Martins/La Pixelière.
Durée : 2 h 30.
•Avignon In 2026•
Du 4 au 5, du 7 au 10 juillet 2026.
Représenté à 11 h.
La Fabrica, La FabricA, 11, rue Paul Achard, Avignon.
Billetterie en ligne
>> festival-avignon.com
En français surtitré en anglais.
Texte et mise en scène : Tiphaine Raffier.
Assistante à la mise en scène : Mathilde Saillant.
Avec : Emma Bolcato, Teddy Chawa, Thomas Gonzalez, Paula Luna, Édith Mérieau, Catherine Mestoussis, Thierry Paret et Adrien Rouyard.
Participation vidéo : Hélène Raimbault, Patrick Harivel.
Dramaturgie : Lucas Samain.
Scénographie : Hélène Jourdan.
Lumière : Kelig Le Bars.
Vidéo : Vincent Pinckaers.
Cadrage : Raphaël Oriol.
Son : Hugo Hamman.
Musique : Sylvain Jacques.
Costumes : Caroline Tavernier, assistée de Paloma Donnini.
Maquillage et perruques : Judith Scotto.
Régie générale : Olivier Floury.
Régie plateau : Nicolas Bignan, Pierre Frenkel.
Régie vidéo : Nicolas Morgan.
Régie son : Hugo Hamman.
Régie lumière : Christophe Fougou.
Régie maquillage et perruques : Emmanuelle Flisseau.
Construction du décor : Atelier du Nouveau Théâtre Besançon CDN.
Traduction anglaise pour le surtitrage : Sophie Troyna-Martins/La Pixelière.
Durée : 2 h 30.
•Avignon In 2026•
Du 4 au 5, du 7 au 10 juillet 2026.
Représenté à 11 h.
La Fabrica, La FabricA, 11, rue Paul Achard, Avignon.
Billetterie en ligne
>> festival-avignon.com
Tournée
Du 23 septembre au 10 octobre 2026 : Nanterre-Amandiers - CDN, Nanterre (92).
14 octobre 2026 : L'Équinoxe - Scène nationale, Châteauroux (36).
Du 3 au 5 novembre 2026 : Comédie de Saint-Etienne – CDN, Saint-Etienne (42).
17 et 18 novembre 2026 : Comédie de Clermont - Scène nationale, Clermont-Ferrand (63).
25 et 26 novembre 2026 : Comédie de Valence, CDN Valence (26).
Du 1ᵉʳ au 5 décembre 2026 : TNP, Villeurbanne (69).
Du 8 au 10 décembre 2026 : Nouveau Théâtre Besançon - CDN, Besançon (25).
Du 23 septembre au 10 octobre 2026 : Nanterre-Amandiers - CDN, Nanterre (92).
14 octobre 2026 : L'Équinoxe - Scène nationale, Châteauroux (36).
Du 3 au 5 novembre 2026 : Comédie de Saint-Etienne – CDN, Saint-Etienne (42).
17 et 18 novembre 2026 : Comédie de Clermont - Scène nationale, Clermont-Ferrand (63).
25 et 26 novembre 2026 : Comédie de Valence, CDN Valence (26).
Du 1ᵉʳ au 5 décembre 2026 : TNP, Villeurbanne (69).
Du 8 au 10 décembre 2026 : Nouveau Théâtre Besançon - CDN, Besançon (25).




















