La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
CédéDévédé

Djazia Satour, "Aswat"… Pop poétique méditerranéenne

Après son premier EP "Klami" (2010) et le LP "Alwâne" (2014), Djazia Satour prend un nouveau virage dans son dernier album en chantant entièrement en arabe dans une musique aux contours autant traditionnels que modernes mêlant des consonances orientales à un univers blues et pop.



© TiTiPhoto.
© TiTiPhoto.
Venant tout droit d'Algérie et vivant en France depuis 1990, Djazia Satour, avec sa voix chaleureuse à souhait, ne laisse pas insensible les accords qui s'égrènent autour d'elle.

"Aswat" (des voix) est la rencontre d'un souffle venu de méditerranée et d'influences de différents continents musicaux tels que trip hop et blues. Sa musique traverse les oueds, sa voix les canyons pour nous bercer d'un rythme à la fois enjoué et un tantinet mélancolique comme "la mélodie des vents, brûlants et réfrigérants, il s'y mêle à la joie un accent lancinant" comme elle le chante dans "Neghmat Erriah" (La mélodie des vents).

Elle reprend aussi dans "Yama tal" (Si longtemps) le traditionnel algérien "Ghoumari". Le pandero (1), le târ (2), le bendir (3), la derbouka (tabla oriental) accompagnent la trompette, le violon et les guitares acoustique et électrique. Les percussions, à la sonorité plus grave, sont appuyées par les accords du banjo et du mandole (4), ceux-ci emportent la ligne mélodique quand les premiers sont en soutien. Ils attaquent la ligne de basse en lui donnant une couleur, un éclat mené par la voix de la chanteuse, pourvue de quelques octaves d'une belle justesse.

Le rythme est relevé. Le banjo et le mandole donnent une couleur joyeuse, intervenant presque en guet-apens car l'accord ne peut être anticipé, celui-ci pouvant être aussi celui d'une guitare électrique.

Djazia Satour a aussi du répondant pour les paroles. Elle traite de thèmes universels ou d'actualité tels que les migrants, l'amour ou l'exil avec beaucoup de poésie.

L'album est très bien conçu. Difficile de mettre en avant une composition plus qu'une autre, toutes étant de qualité. C'est frais, inspiré et inspirant.

Que c'est bon à l'oreille et doux à l'écoute.

(1) Tambour sur cadre ressemblant à un tambourin utilisé en Espagne, au Portugal, en Italie, aux pays basques.
(2) Luth à long manche avec un corps en forme de double cœur que l'on retrouve en Iran, en Azerbaïdjan, en Géorgie, en Arménie, en Turquie, en Ouzbékistan et au Tadjikistan.
(3) Instrument de percussion utilisé dans les musiques d'Afrique du Nord (essentiellement berbère).
(4) Instrument à cordes d'origine algérienne ressemblant à une grosse mandoline avec une caisse plate munie d'un manche long à 4 cordes doubles (8 cordes), en métal ou 5 à 6 cordes doubles ("mandole guitare").

● Djazia Satour "Aswat"
Label : Alwâne Music.
Distributeur : Differ'Ant.
Sortie : 26 octobre 2018.
Paroles et musique : KS/Djazia Satour, excepté pour "Loun Liyam", "Ma Damni", "Souâl" de KS/Djazia Satour/Pierre-Luc Jamain.
>> djaziasatour.com

Tournée 2018/2019.
7 décembre 2018 : Le Brin de Zinc, Barberaz, près de Chambery (73).
8 décembre 2018 : La Soierie - Espace social & culturel, Faverges (74).
21 février 2019 : Café de la Danse, Paris 11e.
23 février 2019 : Le Caf Muz, Colombes (92).
5 avril 2019 : Le Millenium, L'Isle-d'Abeau (38).

Safidin Alouache
Mardi 13 Novembre 2018

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives







À découvrir

Ah le foot, le foot, le foot… Oui, mais en version féminine, pour une étonnante aventure humaine

Ça commence limite "foutage de gueule", genre numéro de cirque en guise d'attraction préambulaire… Après le combat de catch de nains, pourquoi un match de foot féminin pour ouvrir la kermesse annuelle du journal L'Union à Reims ! Sauf que… les choses vont prendre une tournure inattendue… Avec une coupe du monde à la clé ! C'est la nouvelle et formidable histoire de femmes que nous racontent Pauline Bureau et sa compagnie.

Ah le foot, le foot, le foot… Oui, mais en version féminine, pour une étonnante aventure humaine
Reims, été 68. Dans la perspective d'un événement footballistique important, coach et cadres de l'équipe locale cherche une attraction en préambule de la confrontation sportive… Et pourquoi pas des femmes courant après un ballon, c'est original et rigolo, du jamais vu !* Des filles sur un terrain de foot, voilà un divertissement apte à régaler les mâles… majoritaires sur les gradins.

S'ensuit un appel à candidates qui, à la grande surprise de l'initiateur (Nicolas Chupin), répondent présentes. Mais son étonnement est total quand il les voit taper dans le ballon ; et jouer avec enthousiasme, aisance, rapidité et une immense liberté, sans retenue. Elles ont entre 16 et 32 ans, venant d'horizons différents, et sont bien décidées à faire de cette mauvaise plaisanterie divertissante l'aventure de leur vie.

Et, ici, Pauline Bureau nous rappelle que l'histoire du football féminin est indissociable de l'évolution de la société et de ses luttes. Femmes footballeuses, femmes ouvrières, l'un peut être l'échappatoire de l'autre, enquête historique, en quête d'histoire… Plusieurs aspects de la condition de la femme sont abordés, montrés. Et dans les années soixante, de la famille à l'usine, les exemples ne manquent pas, actualités sociales sur fond de rendement à la chaîne, de taux horaires, flagrantes et énormes disparités de salaires entre les hommes et les femmes (ça a changé ?), etc.

Gil Chauveau
06/12/2019
Spectacle à la Une

"Le Pas Grand Chose" Un regard de côté pour illuminer le monde

Subvertir la pensée commune par des postures intellectuelles radicales, propres à faire passer ce pseudo conférencier circassien pour un autiste Asperger des plus performants, semble le crédo existentiel de cet artiste hors normes. Par le biais de son regard décalé, il recrée sous nos yeux un monde fabuleux, enchantant notre imaginaire et stimulant nos neurones assoupis.

Johann Le Guillerm, dès son apparition sur le plateau, poussant une improbable carriole-bureau à tiroirs, en impose. Son costume, sa cravate, sa tresse impeccable, sa voix monocorde… tout en lui dégage une inquiétante étrangeté mâtinée d'une sérénité au-dessus de tout soupçon. Comme si cet homme d'un autre temps, d'une autre époque, avait accumulé dans les plis de son être un savoir qui nous faisait défaut, nous les prisonniers de la caverne platonicienne condamnés à ne voir en toutes choses que le pâle reflet de nos vies formatées.

"Est-ce que quelqu'un dans la salle pourrait m'indiquer le chemin qui n'irait pas à Rome ?"… Dès sa première adresse au public, le ton est donné : si quelqu'un d'aventure, fort de ses nouveaux savoirs, s'était égaré là, conforté dans l'idée que la terre est ronde (suprême révélation datant d'à peine cinq cents ans) et que l'homme n'est pas maître en sa demeure (Freud, et la découverte de l'inconscient au début des années 1900), il pourrait illico "battre en retraite". Copernic, Galilée, Freud n'ont fait qu'ouvrir la voie… à nous de la poursuivre.

"La science de l'idiot" chevillée au corps, Johann Le Guillerm va faire exploser littéralement le prêt-à-penser confortant des idées manufacturées, fussent-elles actualisées, dupliquées à l'envi par la nécessité d'une reproduction sociale garante de l'ordre décliné par le savoir officiel. Penser autrement le monde, c'est ce qu'il fut amené à faire, d'abord à son corps défendant. Diagnostiqué enfant dys+++ (dyslexique, dysorthographique, etc.), il fut conduit à la rébellion de l'esprit en dessinant d'autres épures. Réflexe de survie.

Yves Kafka
21/12/2019
Sortie à la Une

"À mon bel amour"… Urbain, classique, éclectique et artistique

C'est sous le prisme des danses urbaines, contemporaine et classique que la chorégraphe Anne Nguyen interroge les identités au travers du corps et de son rapport à l'espace où le waacking, le popping, le voguing, le locking et le krump portent leurs signatures au détour de pointes, de balancés, de lock et de bounce.

Noir sur scène, puis un groupe se détache dans une lumière tamisée qui vient dessiner les creux de leurs silhouettes. La musique démarre à un rythme effréné. Au début, tout est homogène, ils forment une seule et même entité dans une intimité qui est balayée par le tempo musical. Comme un pied-de-nez à la sensation scénique d'un sentiment intime qui s'extériorise violemment.

À tour de rôle, comme une réminiscence des années soixante, soixante-dix, quatre-vingt, le waacking, le popping, le voguing, le locking, le krump, en appui des danses contemporaine et classique, apparaissent autour d'un socle artistique commun dans lequel chacun vient se nourrir au même humus. Des différences ? Oui, bien sûr, dans le tempo, la gestique, le rapport au corps, à la scène et à l'autre, mais tout ceci puise dans un même objectif, celle de faire communiquer une sensation, un état d'âme, une volonté farouche ou timide de montrer quelque chose sur le plateau, un ce je-ne-sais-quoi qui fait de l'artiste un buvard aux émotions qui a besoin, pour notre plus grand plaisir, de s'épancher.

Safidin Alouache
10/12/2019