La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Cendrillon… un conte empli de modernité et d’humour

"Cendrillon", Odéon Ateliers Berthier, Paris

Dans une élégante scénographie et une mise en scène très imagée, Joël Pommerat associe avec succès, dans "Cendrillon", toute la poésie du conte originel et son écriture très moderne où les relations familiales sont une nouvelle fois mises à nue.



© Cici Olsson.
© Cici Olsson.
La scène est carrée avec des murs léchés par des vidéos donnant de l’espace un sentiment d’infinité. Au début du spectacle, un homme au milieu de la scène tournoie ses bras autour de son corps comme pour le faire accoucher de mille bruits. C’est un langage des signes qui est inventé, un langage du corps qui accompagne la voix off d’une narratrice comme si même l’aveugle et le muet pouvaient assister à la pièce où seul le rêve sert d’aiguillon. Une voix off parle, une voix avec un accent venant d’ailleurs, d’un autre pays, d’un autre monde, une voix découvrant la narratrice et devinant Cendrillon. Nous sommes perdus comme dans un rêve.

Joël Pommerat a revisité le conte de Cendrillon avec humour et une touche de "modernité". La petite Cendrillon (Deborah Rouach) semble être en conflit générationnel avec son père (Alfredo Canavate) et tient des propos à son égard timbrés d’agacement et de familiarité. Le jeu de la belle-mère (Catherine Mestoussis) est très physique mais sa puissance vocale est trop marquée. Elle incarne un personnage ancré dans une dynamique très "terrienne" où le corps et les propos sont à flux tendu. Ce personnage, un peu trop rentre-dedans, biaise, de par sa voix, des intentions qui auraient pu être plus mesurées. Les deux filles (Noémie Carcaud et Caroline Donnelly), jumelles dans les propos et les actes, parlent en chœur dans des répliques où l’humour a toute sa place. Les voix de tous les personnages sont comme recouvertes par un voile de micros donnant ainsi une distance à celles-ci, comme étant d’Ici mais venant d’Ailleurs.

© Cici Olsson.
© Cici Olsson.
Dans le texte de Pommerat, la solitude de la jeune fille, Cendrillon, est très présente et c’est sur celle-ci que l’histoire se tisse. Cendrillon a une dépendance obsessionnelle à une injonction de sa mère, une injonction que Cendrillon a mal entendue et qui déroule une histoire qui aurait pu être toute autre. Pommerat a eu une très belle idée avec ce grain de sable qui s’est immiscé entre le propos de la mère et la compréhension de Cendrillon. Ce manque de compréhension a sensibilisé, malgré elle, la jeune fille sur une conception de l’amour et de la vie qui n'est pas en accord avec ce qui lui avait dit sa mère et qui la fait dérouter, aidée par des événements extérieurs, vers un chemin où les ronces et les épines sont compagnons de route.

La pièce est très belle, le texte bien écrit dans une mise en scène où les alter ego vont par pair et où l’un devient complément de l’autre pour être son humus ou sa souricière. La scénographie est d'une élégance rare et réussi à donner à la poésie du conte une ouverture vers le rêve.

"Cendrillon"

© Cici Olsson.
© Cici Olsson.
Une création théâtrale de Joël Pommerat.
Scénographie et lumière : Éric Soyer.
Avec Alfredo Canavate, Noémie Carcaud, Caroline Donnelly, Catherine Mestoussis, Déborah Rouach, et José Bardio, Nicolas Nore.
Costumes : Isabelle Defin.
Son : François Leymarie.
Vidéo : Renaud Rubiano.
Musique originale : Antonin Leymarie.
Durée : 1 h 35.

Du 23 mai au 29 juin 2013.
Du mardi au samedi à 20 h, jeudi et vendredi à 14 h 30, mercredi et dimanche à 15 h.
Théâtre de l’Odéon, ateliers Berthier, Paris 17e, 01 44 85 40 40.
>> theatre-odeon.eu

Safidine Alouache
Lundi 3 Juin 2013

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022


Brèves & Com



Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À découvrir

"Salle des Fêtes" Des territoires aux terroirs, Baptiste Amann arpente la nature humaine

Après le choc de sa trilogie "Des Territoires", dont les trois volets furent présentés en un seul bloc de sept heures à Avignon lors du Festival In de 2021, le metteur en scène se tourne vers un autre habitat. Abandonnant le pavillon de banlieue où vivait la fratrie de ses créations précédentes, il dirige sa recherche d'humanités dans une salle des fêtes, lieu protéiforme où se retrouvent les habitants d'un village. Toujours convaincu que seul ce qui fait communauté peut servir de viatique à la traversée de l'existence.

© Pierre Planchenault.
Si, dans "La vie mode d'emploi", Georges Perec avait imaginé l'existence des habitants d'un bâtiment haussmannien dont il aurait retiré la façade à un instant T, Baptiste Amann nous immerge dans la réalité auto-fictionnelle d'une communauté villageoise réunie à l'occasion de quatre événements rythmant les quatre saisons d'une année. Au fil de ces rendez-vous, ce sont les aspirations de chacun qui se confrontent à la réalité - la leur et celle des autres - révélant, au sens argentique d'une pellicule que l'on développe, des aspérités insoupçonnées.

Tout commence à l'automne avec l'exaltation d'un couple de jeunes femmes s'établissant à la campagne. Avec le montant de la vente de l'appartement parisien de l'une d'elles, écrivaine - appartement acquis grâce au roman relatant la maladie psychiatrique du frère qui les accompagne dans leur transhumance rurale -, elles viennent de s'installer dans une usine désaffectée flanquée de ses anciennes écluses toujours en service. Organisée par le jeune maire survient la réunion du conseil consultatif concernant la loi engagement et proximité, l'occasion de faire connaissance avec leur nouvelle communauté.

Yves Kafka
17/10/2022
Spectacle à la Une

Appel à candidatures pour la création d'un spectacle patrimonial de divertissement

La ville d'Orange a confié depuis le 1er avril 2022, la gestion et la valorisation du Théâtre antique, du Musée d'art et d'histoire et de l'Arc de triomphe, à la société Edeis pour une durée de 10 ans.

© Edéis Orange février 2023 - DR pour l'appel à projet.
Dans le cadre de sa délégation, Edéis l'allié des territoires, a pour ambition :
- De donner sa pleine envergure au Théâtre antique à la fois en tant que monument du Patrimoine mondial riche d'un attrait historique et scientifique majeur mais aussi en sa qualité de porte-étendard de tout un territoire et de son art de vivre ;
- De proposer des approches novatrices et expérimentales afin d'améliorer significativement l'expérience visiteur ;
- D'agir en pleine cohérence et en parfaite synergie avec la politique culturelle de la ville.

Le projet décennal est de faire d'Orange, la scène de l'innovation sonore.
Une place forte et incontournable de la culture et de l'innovation.

1. Reprise des éléments du contrat de Délégation de service public entre la ville d'Orange et la société Edéis :
Article 2 – Définition des missions confiées au délégataire.
"Le délégataire sera notamment chargé des activités suivantes :
La création de contenus culturels, d'animations, d'évènements et de spectacles adaptés et cohérents avec la politique culturelle, patrimoniale et touristique de la ville et en lien avec les propositions des services concernés (Culture, Musée, Office de tourisme) ainsi que le développement significatif des flux de visiteurs. De manière générale, il s'agit de faire évoluer le Théâtre antique vers un statut de lieu de vie aux animations multifacettes (diurne et nocturne, saison, hors-saison, ailes de saison…) ouvert à différents types de publics cibles.

Gil Chauveau
02/02/2023
Spectacle à la Une

Dans "Nos jardins Histoire(s) de France #2", la parole elle aussi pousse, bourgeonne et donne des fruits

"Nos Jardins", ce sont les jardins ouvriers, ces petits lopins de terre que certaines communes ont commencé à mettre à disposition des administrés à la fin du XIXe siècle. Le but était de fournir ainsi aux concitoyens les plus pauvres un petit bout de terre où cultiver légumes, tubercules et fruits de manière à soulager les finances de ces ménages, mais aussi de profiter des joies de la nature. "Nos Jardins", ce sont également les jardins d'agrément que les nobles, les rois puis les bourgeois firent construire autour de leurs châteaux par des jardiniers dont certains, comme André Le Nôtre, devinrent extrêmement réputés. Ce spectacle englobe ces deux visions de la terre pour développer un débat militant, social et historique.

Photo de répétition © Cie du Double.
L'argument de la pièce raconte la prochaine destruction d'un jardin ouvrier pour implanter à sa place un centre commercial. On est ici en prise directe avec l'actualité. Il y a un an, la destruction d'une partie des jardins ouvriers d'Aubervilliers pour construire des infrastructures accueillant les JO 2024 avait soulevé la colère d'une partie des habitants et l'action de défenseurs des jardins. Le jugement de relaxe de ces derniers ne date que de quelques semaines. Un sujet brûlant donc, à l'heure où chaque mètre carré de béton à la surface du globe le prive d'une goutte de vie.

Trois personnages sont impliqués dans cette tragédie sociale : deux lycéennes et un lycéen. Les deux premières forment le noyau dur de cette résistance à la destruction, le dernier est tout dévoué au modernisme, féru de mode et sans doute de fast-food, il se moque bien des légumes qui poussent sans aucune beauté à ses yeux. L'auteur Amine Adjina met ainsi en place les germes d'un débat qui va opposer les deux camps.

Bruno Fougniès
23/12/2022