Votre exposition réunit textes, photogrammes, vidéos et installations. Pourquoi avoir choisi de faire dialoguer plusieurs médiums ?
Julie Lang-Willar : À l'origine, tout est parti d'une écriture consacrée à la rencontre de deux artistes et à leur processus de création commun. C'est le cœur du projet. Très vite, j'ai eu envie d'élargir l'espace de lecture en proposant au visiteur d'autres portes d'entrée ; des images qui prolongeraient cette écriture sans en être une simple illustration.
Je ne voulais ni photographie, ni dessin, ni croquis, mais une forme plus libre, plus vivante, capable de traduire le mouvement même de la création. C'est ainsi que je me suis tournée vers le cyanotype, plus précisément vers le photogramme. Cette technique, avec son bleu si particulier, s'est imposée comme le prolongement naturel du texte.
Les deux artistes dont je parle, une réalisatrice et un compositeur-violoniste, sont entièrement imaginaires. Ce qui m'intéresse n'est pas leur histoire, mais ce qui se joue intérieurement lorsqu'une œuvre se construit tels que les doutes, les élans, les intuitions, les fragilités. Toute l'exposition est née de cette écriture, qui est d'ailleurs toujours en cours.
Julie Lang-Willar : À l'origine, tout est parti d'une écriture consacrée à la rencontre de deux artistes et à leur processus de création commun. C'est le cœur du projet. Très vite, j'ai eu envie d'élargir l'espace de lecture en proposant au visiteur d'autres portes d'entrée ; des images qui prolongeraient cette écriture sans en être une simple illustration.
Je ne voulais ni photographie, ni dessin, ni croquis, mais une forme plus libre, plus vivante, capable de traduire le mouvement même de la création. C'est ainsi que je me suis tournée vers le cyanotype, plus précisément vers le photogramme. Cette technique, avec son bleu si particulier, s'est imposée comme le prolongement naturel du texte.
Les deux artistes dont je parle, une réalisatrice et un compositeur-violoniste, sont entièrement imaginaires. Ce qui m'intéresse n'est pas leur histoire, mais ce qui se joue intérieurement lorsqu'une œuvre se construit tels que les doutes, les élans, les intuitions, les fragilités. Toute l'exposition est née de cette écriture, qui est d'ailleurs toujours en cours.
Le visiteur a le sentiment de traverser votre exposition comme un récit. Cherchez-vous à raconter une histoire ou à faire vivre une expérience ?
J. L.-W. : Je dirais plutôt une expérience. J'aimerais que chacun puisse entrer dans un espace où l'on accepte de lâcher prise. Rien n'est imposé ; certains commencent par les films, d'autres par les textes ou les images. Chacun invente son propre parcours.
Les œuvres sont autonomes, mais elles demeurent reliées par un fil invisible, celui du ressenti. Ce lien ne s'explique pas ; il se découvre peu à peu, au fil de la déambulation. Récemment, une visiteuse a pris le temps de parcourir l'exposition avant de revenir vers moi, profondément émue. Elle avait construit son propre chemin, différent du mien, et c'est précisément ce qui m'intéresse. Une œuvre ne prend véritablement vie que lorsqu'elle est réinventée par celui qui la regarde. Cette rencontre-là est sans doute le plus beau cadeau qu'un artiste puisse recevoir.
Vos textes possèdent une véritable dimension littéraire. Lorsque naît une idée, savez-vous immédiatement si elle deviendra un texte, une image ou une vidéo ?
J. L.-W. : Non, jamais. Je crois même que mes textes sont déjà des images. J'écris beaucoup à partir des mots, de leurs résonances, de leurs glissements, dans une langue assez contemporaine mais volontairement soutenue.
Je ne décide pas à l'avance de la forme que prendra une idée. À un moment donné, une évidence s'impose. C'est très intuitif. Je laisse simplement le processus de création suivre son propre chemin.
Votre exposition s'intitule Acte III : Le Bleu est à l'œuvre. Est-ce vous qui travaillez le bleu ou est-ce lui qui travaille votre regard ?
J. L.-W. : Les deux, sans hésiter. Le bleu est une couleur qui me porte depuis longtemps. C'est celle du ciel, des océans, de notre planète ; une couleur profondément universelle. Elle me traverse autant que je la travaille.
Je l'aime dans toutes ses nuances, parce qu'il est infini. Chaque bleu raconte quelque chose de différent. J'aime dire que chacun porte son propre bleu en lui ; certains seront sensibles à un bleu Majorelle, d'autres à un bleu Klein ou à un bleu céleste. Cette couleur touche à quelque chose de très intime.
J. L.-W. : Je dirais plutôt une expérience. J'aimerais que chacun puisse entrer dans un espace où l'on accepte de lâcher prise. Rien n'est imposé ; certains commencent par les films, d'autres par les textes ou les images. Chacun invente son propre parcours.
Les œuvres sont autonomes, mais elles demeurent reliées par un fil invisible, celui du ressenti. Ce lien ne s'explique pas ; il se découvre peu à peu, au fil de la déambulation. Récemment, une visiteuse a pris le temps de parcourir l'exposition avant de revenir vers moi, profondément émue. Elle avait construit son propre chemin, différent du mien, et c'est précisément ce qui m'intéresse. Une œuvre ne prend véritablement vie que lorsqu'elle est réinventée par celui qui la regarde. Cette rencontre-là est sans doute le plus beau cadeau qu'un artiste puisse recevoir.
Vos textes possèdent une véritable dimension littéraire. Lorsque naît une idée, savez-vous immédiatement si elle deviendra un texte, une image ou une vidéo ?
J. L.-W. : Non, jamais. Je crois même que mes textes sont déjà des images. J'écris beaucoup à partir des mots, de leurs résonances, de leurs glissements, dans une langue assez contemporaine mais volontairement soutenue.
Je ne décide pas à l'avance de la forme que prendra une idée. À un moment donné, une évidence s'impose. C'est très intuitif. Je laisse simplement le processus de création suivre son propre chemin.
Votre exposition s'intitule Acte III : Le Bleu est à l'œuvre. Est-ce vous qui travaillez le bleu ou est-ce lui qui travaille votre regard ?
J. L.-W. : Les deux, sans hésiter. Le bleu est une couleur qui me porte depuis longtemps. C'est celle du ciel, des océans, de notre planète ; une couleur profondément universelle. Elle me traverse autant que je la travaille.
Je l'aime dans toutes ses nuances, parce qu'il est infini. Chaque bleu raconte quelque chose de différent. J'aime dire que chacun porte son propre bleu en lui ; certains seront sensibles à un bleu Majorelle, d'autres à un bleu Klein ou à un bleu céleste. Cette couleur touche à quelque chose de très intime.
Le bleu semble occuper une place centrale dans votre travail. Pourriez-vous un jour explorer d'autres couleurs ?
J. L.-W. : Oui, bien sûr. Le jaune ou le vert m'intéressent beaucoup, mais chacun ouvre un territoire sensible différent.
Le vert évoque davantage la nature, la fraîcheur, quelque chose de terrestre. Le jaune, lui, possède une dimension très lumineuse, presque intellectuelle. Sa vibration est extrêmement puissante.
J'aimerais poursuivre cette recherche grâce aux anthotypes, un procédé utilisant des pigments naturels comme le curcuma, le thé ou d'autres végétaux afin de créer de nouveaux photogrammes où les couleurs dialogueraient entre elles. Pour l'instant, je poursuis encore mon exploration du bleu, mais cette évolution fait déjà partie de mes projets.
Votre travail semble inviter le visiteur à ralentir son regard. Pensez-vous que l'art puisse encore nous apprendre à voir, dans un monde saturé d'images ?
J. L.-W. : J'en suis convaincue. J'en ai pris pleinement conscience lors de ma première exposition. Les textes étaient manuscrits et, pour moi, leur présence allait de soi. En revanche, je ne m'attendais pas à ce que les visiteurs prennent autant de temps pour les lire. Ce fut une véritable révélation.
Aujourd'hui encore, je vois des personnes entrer, s'arrêter, observer, lire, puis revenir sur leurs pas. Elles prennent le temps. Je crois que c'est précisément là que l'art retrouve sa place ; non pas comme une consommation rapide de l'image, mais comme une expérience sensible.
L'art n'est pas un objet que l'on regarde avant de passer à autre chose. Il met en relation avec des territoires très intimes de nous-mêmes. C'est pourquoi, dans cette exposition, même les œuvres de grand format restent à hauteur d'homme. Cette proximité est essentielle, car c'est elle qui permet la rencontre.
J. L.-W. : Oui, bien sûr. Le jaune ou le vert m'intéressent beaucoup, mais chacun ouvre un territoire sensible différent.
Le vert évoque davantage la nature, la fraîcheur, quelque chose de terrestre. Le jaune, lui, possède une dimension très lumineuse, presque intellectuelle. Sa vibration est extrêmement puissante.
J'aimerais poursuivre cette recherche grâce aux anthotypes, un procédé utilisant des pigments naturels comme le curcuma, le thé ou d'autres végétaux afin de créer de nouveaux photogrammes où les couleurs dialogueraient entre elles. Pour l'instant, je poursuis encore mon exploration du bleu, mais cette évolution fait déjà partie de mes projets.
Votre travail semble inviter le visiteur à ralentir son regard. Pensez-vous que l'art puisse encore nous apprendre à voir, dans un monde saturé d'images ?
J. L.-W. : J'en suis convaincue. J'en ai pris pleinement conscience lors de ma première exposition. Les textes étaient manuscrits et, pour moi, leur présence allait de soi. En revanche, je ne m'attendais pas à ce que les visiteurs prennent autant de temps pour les lire. Ce fut une véritable révélation.
Aujourd'hui encore, je vois des personnes entrer, s'arrêter, observer, lire, puis revenir sur leurs pas. Elles prennent le temps. Je crois que c'est précisément là que l'art retrouve sa place ; non pas comme une consommation rapide de l'image, mais comme une expérience sensible.
L'art n'est pas un objet que l'on regarde avant de passer à autre chose. Il met en relation avec des territoires très intimes de nous-mêmes. C'est pourquoi, dans cette exposition, même les œuvres de grand format restent à hauteur d'homme. Cette proximité est essentielle, car c'est elle qui permet la rencontre.
Quand une personne me dit simplement : "Cette exposition m'a fait du bien", je considère que l'œuvre a atteint son but. Peu importe qu'elle ait tout vu, tout lu ou tout compris. Pendant quelques instants, elle s'est rendue disponible à une autre expérience du monde.
J'aime cette idée d'un art qui prend soin. L'art devient utile lorsqu'il ouvre un espace de respiration, lorsqu'il permet à chacun de retrouver une part sensible de lui-même. Sans cette possibilité de partage, il perd une part de sa raison d'être.
Comme l'écrivait Hannah Arendt, "l'art est ce qui demeure". Cette phrase m'accompagne souvent. Mais je crois aussi qu'un artiste ne crée jamais seul. Pour ma part, je ne pourrais pas réaliser ce travail sans le soleil. Il est mon partenaire silencieux. Il donne naissance aux photogrammes, il éclaire les pigments, il accompagne chaque œuvre. Finalement, il y a toujours un peu de jaune dans mon bleu.
Votre exposition s'intitule Acte III. Peut-on déjà imaginer un quatrième acte ?
J. L.-W. : Oui, je l'espère. Il est encore à l'état d'esquisse, mais une partie est déjà en train de prendre forme.
J'aimerais surtout que cette aventure se poursuive ailleurs, dans d'autres villes, auprès d'autres publics. Mon souhait est que cette proposition artistique continue son chemin, rencontre de nouveaux regards et suscite, ailleurs encore, ces moments de partage qui donnent tout son sens à mon travail.
Propos recueillis par ◙ Audrey Scotto
Acte III : Le bleu est à l’œuvre
Par Julie Lang-Willar.
Du 4 au 26 juillet 2026.
De 9 h à 18 h.
La Manutention, rue des escaliers Sainte-Anne (en face des cinémas Utopia).
Entrée libre.
J'aime cette idée d'un art qui prend soin. L'art devient utile lorsqu'il ouvre un espace de respiration, lorsqu'il permet à chacun de retrouver une part sensible de lui-même. Sans cette possibilité de partage, il perd une part de sa raison d'être.
Comme l'écrivait Hannah Arendt, "l'art est ce qui demeure". Cette phrase m'accompagne souvent. Mais je crois aussi qu'un artiste ne crée jamais seul. Pour ma part, je ne pourrais pas réaliser ce travail sans le soleil. Il est mon partenaire silencieux. Il donne naissance aux photogrammes, il éclaire les pigments, il accompagne chaque œuvre. Finalement, il y a toujours un peu de jaune dans mon bleu.
Votre exposition s'intitule Acte III. Peut-on déjà imaginer un quatrième acte ?
J. L.-W. : Oui, je l'espère. Il est encore à l'état d'esquisse, mais une partie est déjà en train de prendre forme.
J'aimerais surtout que cette aventure se poursuive ailleurs, dans d'autres villes, auprès d'autres publics. Mon souhait est que cette proposition artistique continue son chemin, rencontre de nouveaux regards et suscite, ailleurs encore, ces moments de partage qui donnent tout son sens à mon travail.
Propos recueillis par ◙ Audrey Scotto
Acte III : Le bleu est à l’œuvre
Par Julie Lang-Willar.
Du 4 au 26 juillet 2026.
De 9 h à 18 h.
La Manutention, rue des escaliers Sainte-Anne (en face des cinémas Utopia).
Entrée libre.


















