La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Danse

Anarchy… Du hip-hop très créatif !

Au travers du cinéma et de la musique, les chorégraphes Annabelle Loiseau et Pierre Bolo nous font découvrir un monde qui se déconstruit et qui, par le biais du hip-hop, opère une renaissance.



© Stéphane Tasse.
© Stéphane Tasse.
C'est une belle scène pour un beau spectacle par une belle troupe. Ce qui frappe est d'abord la succession des différents tableaux qui composent cette création. Entre musique, cinéma et danse, le témoin artistique est passé durant les différentes chorégraphies.

Le spectacle, très précis dans sa construction, est extrêmement bien monté. Les corps se lancent, basculent en arrière, les pieds trainant sur les planches comme attirés par une gravité qui laisse les membres supérieurs libres de ses mouvements quand les jambes semblent coller au sol. Cette dichotomie donne un sentiment d'urgence, de bascule entre un désir de se mouvoir avec celui de ne pouvoir le faire totalement. Toutefois, visuellement, un sentiment de liberté souffle dans chacun de ses mouvements, les bascules se faisant autour des hanches donnant de la force et un arrondi à ceux-ci.

La construction est théâtrale, presque cinématographique par ses éléments utilisés, tels ces projecteurs, avec des tableaux se succédant et donnant lieu à chaque fois à un nouveau départ accompagné soit de silences, soit de chants, soit de musiques. Elles sont comme des morceaux d'un puzzle qui se construisent toujours dans une même trame artistique où le retour, vers un lieu, vers un équilibre, vers ce qui a été perdu, symbolisé par la scène, est très présent.

© Stéphane Tasse.
© Stéphane Tasse.
Elles racontent corporellement une histoire dans une thématique de déconstruction, de mondes qui s'écroulent et qui renaissent accompagnés de murmures vocaux. Elles accompagnent le spectateur dans un monde qui est d'une grande beauté visuelle grâce à ses lumières. Celles-ci donnent une belle couleur à la scénographie en détachant chaque geste, chaque élément. Un univers s'écroule, incarné par des éléments, projecteurs ou échelles, qui se suspendent dans les airs pour ceux-ci ou tombe pour celle-là, pour être ensuite rattrapés par un arrêt dans leur chute voire remontés quand ils sont à terre.

Les corps se meuvent soit par de grandes enjambées, poussés par celles-ci comme en déséquilibre, soit par de petits mouvements des pieds, en ondulation sans être en ligne droite.

Le sous-titre de cette création est l'harmonie du désordre bien que, dans sa construction, tout soit bien charpenté. Nous basculons dans des tableaux où les danseurs font corps entre eux puis, à un autre moment, ils se séparent, lançant des salutations rapides et répétées de la main. C'est le solitaire qui devient collectif, l'individu qui devient groupe.

Différents univers scénographiques jalonnent la représentation avec, entre autres, du Brel, de l'opéra et des musiques contemporaines. Suivant les tableaux, les interprètes sont soit acteurs qui dansent, soit mannequins qui posent dans des accoutrements bien apprêtés, soit techniciens portant des projecteurs.

C'est superbe de créativité, le hip-hop embrassant goulument la mise en scène cinématographique avec toutefois quelques longueurs au final qui ne coûtent pas pour autant au spectacle, la troupe, pétrie de qualité, voulant montrer parfois un peu trop de choses.

"Anarchy"

© Stéphane Tasse.
© Stéphane Tasse.
Chorégraphes : Annabelle Loiseau et Pierre Bolo.
Création lumière : Véronique Hemberger.
Avec : Salem Mouhajir, Aida Boudriga, Gabriel Um Tegue,
Clémentine Nirennold, Kevin Ferré, Patrick Flegeo, Andrege Bidiamambu, Mackenzi Bergile, Annabelle Loiseau ou Pierre Bolo.
Costumes : Annabelle Loiseau.
Dès 12 ans.
Durée : 1 h.
Par la compagnie Chute libre.

Tournée 2019/2020
16 et 17 novembre 2019 : Lieu Unique (en coréalisation avec Théâtre ONYX), Nantes (44).
29 et 30 janvier 2020 : CDN de Normandie-Rouen
, Théâtre de la Foudre, Petit-Quevilly (76).
1er Février 2020 : Le Quai - CDN Angers Pays de la Loire, Angers (49).

Safidin Alouache
Vendredi 15 Novembre 2019

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives








À découvrir

Ah le foot, le foot, le foot… Oui, mais en version féminine, pour une étonnante aventure humaine

Ça commence limite "foutage de gueule", genre numéro de cirque en guise d'attraction préambulaire… Après le combat de catch de nains, pourquoi un match de foot féminin pour ouvrir la kermesse annuelle du journal L'Union à Reims ! Sauf que… les choses vont prendre une tournure inattendue… Avec une coupe du monde à la clé ! C'est la nouvelle et formidable histoire de femmes que nous racontent Pauline Bureau et sa compagnie.

Ah le foot, le foot, le foot… Oui, mais en version féminine, pour une étonnante aventure humaine
Reims, été 68. Dans la perspective d'un événement footballistique important, coach et cadres de l'équipe locale cherche une attraction en préambule de la confrontation sportive… Et pourquoi pas des femmes courant après un ballon, c'est original et rigolo, du jamais vu !* Des filles sur un terrain de foot, voilà un divertissement apte à régaler les mâles… majoritaires sur les gradins.

S'ensuit un appel à candidates qui, à la grande surprise de l'initiateur (Nicolas Chupin), répondent présentes. Mais son étonnement est total quand il les voit taper dans le ballon ; et jouer avec enthousiasme, aisance, rapidité et une immense liberté, sans retenue. Elles ont entre 16 et 32 ans, venant d'horizons différents, et sont bien décidées à faire de cette mauvaise plaisanterie divertissante l'aventure de leur vie.

Et, ici, Pauline Bureau nous rappelle que l'histoire du football féminin est indissociable de l'évolution de la société et de ses luttes. Femmes footballeuses, femmes ouvrières, l'un peut être l'échappatoire de l'autre, enquête historique, en quête d'histoire… Plusieurs aspects de la condition de la femme sont abordés, montrés. Et dans les années soixante, de la famille à l'usine, les exemples ne manquent pas, actualités sociales sur fond de rendement à la chaîne, de taux horaires, flagrantes et énormes disparités de salaires entre les hommes et les femmes (ça a changé ?), etc.

Gil Chauveau
06/12/2019
Spectacle à la Une

"Le Pas Grand Chose" Un regard de côté pour illuminer le monde

Subvertir la pensée commune par des postures intellectuelles radicales, propres à faire passer ce pseudo conférencier circassien pour un autiste Asperger des plus performants, semble le crédo existentiel de cet artiste hors normes. Par le biais de son regard décalé, il recrée sous nos yeux un monde fabuleux, enchantant notre imaginaire et stimulant nos neurones assoupis.

Johann Le Guillerm, dès son apparition sur le plateau, poussant une improbable carriole-bureau à tiroirs, en impose. Son costume, sa cravate, sa tresse impeccable, sa voix monocorde… tout en lui dégage une inquiétante étrangeté mâtinée d'une sérénité au-dessus de tout soupçon. Comme si cet homme d'un autre temps, d'une autre époque, avait accumulé dans les plis de son être un savoir qui nous faisait défaut, nous les prisonniers de la caverne platonicienne condamnés à ne voir en toutes choses que le pâle reflet de nos vies formatées.

"Est-ce que quelqu'un dans la salle pourrait m'indiquer le chemin qui n'irait pas à Rome ?"… Dès sa première adresse au public, le ton est donné : si quelqu'un d'aventure, fort de ses nouveaux savoirs, s'était égaré là, conforté dans l'idée que la terre est ronde (suprême révélation datant d'à peine cinq cents ans) et que l'homme n'est pas maître en sa demeure (Freud, et la découverte de l'inconscient au début des années 1900), il pourrait illico "battre en retraite". Copernic, Galilée, Freud n'ont fait qu'ouvrir la voie… à nous de la poursuivre.

"La science de l'idiot" chevillée au corps, Johann Le Guillerm va faire exploser littéralement le prêt-à-penser confortant des idées manufacturées, fussent-elles actualisées, dupliquées à l'envi par la nécessité d'une reproduction sociale garante de l'ordre décliné par le savoir officiel. Penser autrement le monde, c'est ce qu'il fut amené à faire, d'abord à son corps défendant. Diagnostiqué enfant dys+++ (dyslexique, dysorthographique, etc.), il fut conduit à la rébellion de l'esprit en dessinant d'autres épures. Réflexe de survie.

Yves Kafka
21/12/2019
Sortie à la Une

"À mon bel amour"… Urbain, classique, éclectique et artistique

C'est sous le prisme des danses urbaines, contemporaine et classique que la chorégraphe Anne Nguyen interroge les identités au travers du corps et de son rapport à l'espace où le waacking, le popping, le voguing, le locking et le krump portent leurs signatures au détour de pointes, de balancés, de lock et de bounce.

Noir sur scène, puis un groupe se détache dans une lumière tamisée qui vient dessiner les creux de leurs silhouettes. La musique démarre à un rythme effréné. Au début, tout est homogène, ils forment une seule et même entité dans une intimité qui est balayée par le tempo musical. Comme un pied-de-nez à la sensation scénique d'un sentiment intime qui s'extériorise violemment.

À tour de rôle, comme une réminiscence des années soixante, soixante-dix, quatre-vingt, le waacking, le popping, le voguing, le locking, le krump, en appui des danses contemporaine et classique, apparaissent autour d'un socle artistique commun dans lequel chacun vient se nourrir au même humus. Des différences ? Oui, bien sûr, dans le tempo, la gestique, le rapport au corps, à la scène et à l'autre, mais tout ceci puise dans un même objectif, celle de faire communiquer une sensation, un état d'âme, une volonté farouche ou timide de montrer quelque chose sur le plateau, un ce je-ne-sais-quoi qui fait de l'artiste un buvard aux émotions qui a besoin, pour notre plus grand plaisir, de s'épancher.

Safidin Alouache
10/12/2019