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Théâtre

A todo señor todo honor !

Lorsqu'un livre à la main (c'est le "Dom Juan" de Molière) une femme âgée, un homme âgé montent sur la scène et que le rideau s'ouvre... c'est comme un miracle qui s'accomplit. La compagnie ibéro-portugaise Voadora qui vole de ville en ville depuis Saint-Jacques-de-Compostelle réalise à chaque étape de son périple un spectacle sur Dom Juan.



© Voadora/MA scène nationale Montbéliard.
© Voadora/MA scène nationale Montbéliard.
Élaborée, par un collectif de volontaires, tous seniors, trouvés sur place et soumis à d'intensifs jours de répétition et d'improvisations, l'œuvre s'échafaude exclusivement à partir des témoignages recueillis sur place.

Dom Juan… l'homme qui séduit les femmes et les abandonne, laissant derrière lui un sillage, un rêve de beauté et un parfum de scandale connaît alors bien des avatars.

La troupe s'est installée pour la première fois en France, à Montbéliard et la version franc-comtoise est présentée le 1er octobre.

Le spectacle est réglé de manière résolument contemporaine. La mise en espace, la mise en rythme s'appuient sur des retours périodiques, empruntent à la danse théâtre, à la performance, au visual théâtre. Et pourtant le matériau théâtral proposé, qui montre les volontaires comédiens dans toutes leurs singularités, résiste à toute assimilation formelle et académique.

© Voadora/MA scène nationale Montbéliard.
© Voadora/MA scène nationale Montbéliard.
Ce "Dom Juan" déconstruit même toutes les normes, les archétypes, les préjugés, les conventions. Les comédiens professionnels, eux, sont invisibles et offrent par les seuls moyens de l'Art, (les seules lumières, son en direct et chorégraphies) aux comédiens volontaires un espace et un temps de totale confiance pour développer le jeu.

Les acteurs, dans leur vitalité et leur cohésion, sont soutenus, comme caressés, pétris, sculptés, peints. Cela se traduit par des fondus enchaînés, des instants de beauté et de sensibilité. En bouillonnement ou en dissipation. Au sens chimique et métaphorique une véritable sublimation. La matière du spectacle dans une authentique tension artistique devient texture, tissu, texte.

Elle met en mouvement le voyage du mythe Dom Juan. Son colportage, son évanescence, sa persistance jusqu' à nos jours, jusqu'à la conscience du spectateur. Sur scène, dans le théâtre à l'italienne de Montbéliard, il y a Molière, il y a la vie de chacun avec ses blessures, ses joies, ses espérances. Comme une fable heureuse.

© Voadora/MA scène nationale Montbéliard.
© Voadora/MA scène nationale Montbéliard.
Là où, à travers le personnage de Sganarelle, Molière trépigne et peste contre les mensonges et les faux-semblants de la société, la compagnie Voadora présente une manière efficace et apaisée d'entamer un dialogue entre générations et les cultures.

Et il n'est pas question pour elle que le spectateur se déplace pour aller voir l'ancien ouvrier, professeur ou pharmacien témoigner et s'exhiber. Il s'agit de bien autre chose. Quelque chose qui débuterait par : "Vous nous voyez vieux" ; nous ne nous voyons pas vieux" ; "Alors voyez ce que vous ne voyez pas (ou ne voulez pas voir)". Quelque chose qui continuerait par "Nous avons Dom Juan en partage" et "À chaque âge, à chaque instant sa capacité de désir et de séduction. Son instant de beauté". Quelque chose qui se conclurait par "Nous avons l'Art en commun".

Avec ce "Dom Juan", le manteau d'Arlequin qui montre l'invisible installe dans les mémoires locales une nouvelle manière de connaître et les gens et le monde.

"Don Juan".
À partir de "Don Juan ou le Festin de Pierre" de Molière
Cie Voadora.
A été représenté le Samedi 1er octobre à 20 h.
Première Française.
Mise en scène de Marta Pazos avec 20 volontaires.
MA Scène nationale Pays de Montbéliard, Théâtre de Montbéliard, Montbéliard (25).
Durée 1 h 10.

Jean Grapin
Lundi 3 Octobre 2016

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© Alexandre Pupkins.
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J'ai peur de ne pas renouveler mes droits… Eux en ont la certitude

Je suis intermittente du spectacle. Ce n'est pas mon métier, mon métier, c'est comédienne. Intermittente, c'est juste mon régime d'indemnisation du chômage. C'est aussi une pratique d'emploi : je travaille à la mission, souvent avec des contrats très courts, pour différents employeurs. D'où un régime d'indemnisation adapté.

© DR.
J'exerce bien évidemment au théâtre, parfois au cinéma, à la TV ou pour la pub, souvent dans l'événementiel. Je travaille aussi régulièrement dans un lieu culturel important qui n'est pas un lieu de spectacle. Pas mal de mes collègues artistes travaillent aussi dans les parcs d'attractions et de loisir.

Pourquoi ce constat ? Parce que quel que soit le secteur où j'exerce, je travaille régulièrement avec des collègues "extras" de la restauration et de l'événementiel, des professionnels du "catering", des agents d'accueil, de sécurité, et des salariés du tourisme, embauchés à la mission, en CDDU, exactement comme moi. Comme pour moi, leurs secteurs d'activité sont à l'arrêt total. Or, eux, n'ont pas de régime spécifique. Ou plutôt, n'en ont plus (1).

Avec la crise que nous vivons, j'ai bénéficié d'une mesure de maintien de mes droits. Elle est ce qu'elle est, elle est imparfaite, mais l'"année blanche" me garde la tête hors de l'eau jusqu'en août 2021.

Eux, comptent les jours sans travail, pas simplement pour "refaire leurs heures", mais parce que chaque jour qui passe est un capital (2) qui s'effrite - quand ils n'ont pas déjà eu la malchance de perdre leurs indemnités avant la crise, suite à la réforme monstrueuse de 2019 (3). Leur indemnité chômage s'épuise sans se recharger depuis 10 mois. Pour beaucoup d'entre eux, c'est déjà le RSA.

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