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Festivals

13e édition du festival L'Esprit du Piano

Du 9 novembre au 6 décembre 2022, le festival de piano dédié aux plus grands interprètes mais aussi à la découverte de jeunes talents invite une quinzaine d'artistes pour un rendez-vous incontournable à Bordeaux.



Grigory Sokolov © Anna Flegontova.
Grigory Sokolov © Anna Flegontova.
Un messie du clavier, Grigory Sokolov, pianiste né à Saint-Petersbourg, est l'un des invités les plus attendus de cette 13e édition. Qui mieux que lui pour incarner justement cet Esprit du Piano que veut faire vivre le rendez-vous des amoureux du clavier ? Ce sera la 19 novembre à l'Auditorium de Bordeaux pour un programme de récital très médité comme toujours consacré aux Suites et Pièces pour clavecin de Purcell, les Variations héroïques opus 35 de Beethoven et au dernier Brahms, celui de 3 Intermezzi opus 117.

Le 25 novembre, c'est le merveilleux poète norvégien du piano, Leif Ove Andsnes, qui jouera à l'Auditorium avec une belle intention - celle de faire dialoguer la Sonate 1.X.1905 de Janacek, Dvoràk (et ses rares "Impressions poétiques" opus 85) et la Sonate 31 opus 110 de Beethoven pour ses débuts au festival.

Si Lukas Geniusas a dû reporter à l'année 2023 sa venue à Bordeaux, les mélomanes auront le bonheur d'applaudir Lucas Debargue, révélé en 2015 au Concours Tchaïkovski. Il donnera la Sonate en la mineur H. 310 de Mozart, trois superbes pièces majeures de Chopin et le rare Concerto pour piano seul opus 39 (n8) de Alkan, cet autre beau représentant du piano romantique.

Lucas Debargue © Xiomara Bender 2017.
Lucas Debargue © Xiomara Bender 2017.
La jeunesse déjà acclamée sera bien représentée évidemment dans divers lieux bordelais outre l'Auditorium (Église Notre-Dame, Théâtre Femina, Université Bordeaux-Montaigne, entre autres). Le 9 novembre, le jeune pianiste sibérien Roman Borisov aura ainsi l'honneur d'ouvrir le festival. Lui succéderont d'autres jeunes instrumentistes prometteurs tels Irina Lankova (28/11), Nour Ayadi (Prix Cortot à seulement vingt ans, pour un concert le 29/11), mais encore le jeune artiste originaire de Sicile Giuseppe Guarrera qui a choisi Scarlatti, Beethoven, Chopin et Liszt pour se faire connaître des Français, le 13 novembre. Entre nombreux autres artistes à ne pas rater, on ira écouter Kotaro Fukuma (le 6/12), dix ans après ses débuts au festival. Le jeune virtuose offrira Chopin, Scriabine et créera mondialement trois pièces de Jacques Cerf, compositeur suisse disparu en 2019.

Mais il ne faudrait pas oublier la grande place laissée aux génies du jazz. Là encore stars et jeunes pousses déjà bien applaudies se produiront dans la capitale aquitaine. Outre le Mozart du jazz, Chucho Valdès (le 27/11), le public bordelais (ou venu d'ailleurs) découvrira Antonio Faraò Trio (et son fameux leader salué par Herbie Hancock le 12/11) et Joey Alexander Trio (le 14/11), du nom de ce jeune pianiste indonésien déjà remarqué sur la scène jazz. Une 13e édition de L'Esprit du Piano qui s'annonce donc vraiment explosive.

Festival L'Esprit du Piano
Du 9 novembre au 6 décembre 2022.
Les concerts se déroule dans différents lieux : Auditorium, Théâtre Fémina, Salle Point du Jour, Salle des Fêtes du Grand Parc, Église Notre-Dame, tous à Bordeaux ; Science Po Bordeaux et Université Bordeaux Montaigne à Pessac, Le Rocher de Palmer à Cenon.
Programme complet :
>> espritdupiano.fr

Billets :
Tél. : 05 56 00 85 95.
>> opera-bordeaux.com

Christine Ducq
Mercredi 2 Novembre 2022

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Les modèles des artistes sont-elles vraiment des modèles de vie ? À en croire ces "Muses", non, et tant mieux !

La racine étymologique de musée est "temple des Muses", du nom de ces neuf déesses qui président aux arts. Ici, elles ne sont que quatre (mais neuf en alternance, tiens ? Hasard…) et l'histoire qu'elles incarnent se déroule effectivement dans un musée après la fermeture, dans la torpeur de la nuit. Dans ce spectacle très vivant, incarner est le verbe idéal pour définir ces créations de personnages, puisque ceux-ci ne sont faits, au tout début, que des figures faites de pigments, de colle, de toiles et de cire.

© Xavier Cantat.
Des figures suspendues dans leurs cadres et posées sur un socle qui sont des chefs-d'œuvre : la "Joconde" de Léonard de Vinci, la "Naissance de Vénus" de Botticelli, la "Petite danseuse" de Degas et le "Diptyque Marilyn" d'Andy Warhol… Magie du théâtre, lorsque le dernier visiteur sort, suivi par le dernier gardien, ces muses renaissent, reprennent vie, voix et chair. Alors commence une longue nuit qui va révéler les caractères surprenants, parfois volcaniques et débordants de ces personnages si sages le jour.

Besoin de se dérouiller un peu les jambes, de se plaindre de la cohue qu'elles subissent tous les jours, de se rappeler des souvenirs "d'enfance" ou de se réchauffer les nerfs aux rivalités les plus classiques, rivalités de notoriété, de séduction ou d'âge, car ces quatre figures font bien partie des représentations de l'idéal féminin en compétition, telle sera la course qu'elles mènent avec fougue et sensualité.

L'idée de départ aurait pu devenir banale et vaine sans l'inventivité que les autrices, les interprètes et le metteur en scène ont déployé. Le texte de Claire Couture et Mathilde Le Quellec ancre résolument son ton dans la fantaisie, le jeu de répliques et l'humour. Les deux autrices ont laissé libre cours à leur imaginaire en gardant un point de vue moderne. Elles dessinent des tempéraments rugueux, explosifs et inattendus, qui tranchent avec les idées convenues que l'on forme face à ces représentations idéalisées de la femme : ce que cache le visage, l'apparence, l'esthétique.

Bruno Fougniès
18/10/2022
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"Huis clos" Sommes-nous acteurs de notre destin ou de simples marionnettes ?

Garcin, Inès et Estelle, un homme et deux femmes, se retrouvent enfermé(es) dans un salon où la lumière ne s'éteint pas et duquel il est impossible de sortir. Ils comprennent qu'ils se trouvent en Enfer et se racontent leurs histoires. Ainsi se noueront entre eux des relations complexes qui ne se révèleront pas toujours réciproques.

© Anthony Dausseur.
Est-ce bien raisonnable de retourner assister à une énième représentation de "Huis clos", ce texte incontournable du théâtre français écrit, fin 1943 - début 1944, par le célèbre philosophe Jean-Paul Sartre ? Une de ses plus belles œuvres et aussi une des plus jouées.
Quand on aime, on ne compte pas, semble-t-il.

Au Laurette Théâtre, une petite salle intimiste de quartier, se joue une nouvelle version de cette célèbre pièce, interprétée par deux comédiennes et un comédien attachant(es) et investi(es) : Sebastian Barrio, Karine Battaglia et Laurence Meini.

La proximité du public avec la scène et, de ce fait, le contact très proche avec les personnages renforcent très largement la thématique de la pièce. Rares ont été les fois où cette sensation d'enfermement a pu nous envahir autant, indépendamment des relations tendues qui se tissent progressivement entre les personnages et qui de ce fait sont décuplées.

Brigitte Corrigou
24/10/2022
Spectacle à la Une

"Deux mains, la liberté" Un huis clos intense qui nous plonge aux sources du mal

Le mal s'appelle Heinrich Himmler, chef des SS et de la Gestapo, organisateur des camps de concentration du Troisième Reich, très proche d'Hitler depuis le tout début de l'ascension de ce dernier, près de vingt ans avant la Deuxième Guerre mondiale. Himmler ressemble par son physique et sa pensée à un petit, banal, médiocre fonctionnaire.

© Christel Billault.
Ordonné, pratique, méthodique, il organise l'extermination des marginaux et des Juifs comme un gestionnaire. Point. Il aurait été, comme son sous-fifre Adolf Eichmann, le type même décrit par Hannah Arendt comme étant la "banalité du mal". Mais Himmler échappa à son procès en se donnant la mort. Parfois, rien n'est plus monstrueux que la banalité, l'ordre, la médiocrité.

Malgré la pâleur de leur personnalité, les noms de ces âmes de fonctionnaires sont gravés dans notre mémoire collective comme l'incarnation du Mal et de l'inimaginable, quand d'autres noms - dont les actes furent éblouissants d'humanité - restent dans l'ombre. Parmi eux, Oskar Schindler et sa liste ont été sauvés de l'oubli grâce au film de Steven Spielberg, mais également par la distinction qui lui a été faite d'être reconnu "Juste parmi les nations". D'autres n'ont eu aucune de ces deux chances. Ainsi, le héros de cette pièce, Félix Kersten, oublié.

Joseph Kessel lui consacra pourtant un livre, "Les Mains du miracle", et, aujourd'hui, Antoine Nouel, l'auteur de la pièce, l'incarne dans la pièce qu'il a également mise en scène. C'est un investissement total que ce comédien a mis dans ce projet pour sortir des nimbes le visage étonnant de ce personnage de l'Histoire qui, par son action, a fait libérer près de 100 000 victimes du régime nazi. Des chiffres qui font tourner la tête, mais il est le résultat d'une volonté patiente qui, durant des années, négocia la vie contre le don.

Bruno Fougniès
20/09/2022