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Théâtre

● Avignon Off 2016 ● Annihiler la souffrance et faire jaillir l'altruisme, le temps d'un petit bonheur

"Grisélidis", Comédie-Française Studio, Paris >> Festival Off d'Avignon

Du fond de la salle à l'avant-scène, Grisélidis (jouée par Coraly Zahonero) parle d'elle, de sa vie et tient colloque. Prostituée, sociologue, anarchiste, écrivain. Les mots hésitent à la caractériser.



© Vincent Pontet, collection Comédie-Française.
© Vincent Pontet, collection Comédie-Française.
Accompagné par la plainte du violon et les gémissements du saxo qui peuvent s'accorder et s'exacerber en une danse endiablée, le personnage est à la lisière des mondes, joue avec l'ombre (ses ombres) pour donner du relief à la lumière.

Un rideau s'ouvre comme un paravent, elle s'installe à sa table de toilette ou son lit de parade et le lointain s'élargit à l'azur. D'apartés en apartés, Grisélidis conquiert la scène de sa vie et la scène du théâtre. Ce qui pourrait être monologue fermé devient témoignage et dialogue. L'intimité est partagée. Une immense solitude enfermée par tous les tabous devient ainsi concertante et déconcerte…

Car Grisélidis dit les choses en tout réalisme. Un langage populaire glisse en une langue recherchée. Sans à-coups, ni effets littéraire de genre. Jamais complaisant, jamais argotique. Plutôt que de développer un pittoresque du malheur, le personnage lucide sur lui-même et la misère qui l'accompagne, tient un discours d'amour et de compréhension. Insistant sur le rôle social éminemment positif de la prostituée.

© Vincent Pontet, collection Comédie-Française.
© Vincent Pontet, collection Comédie-Française.
Coraly Zahonero a de l'enfant le sens de la gravité et de l'émerveillement : le caractère mutin, la conscience et la présence.

Tout se passe pour le spectateur comme si cette femme avait accumulé, concentré en elle, tous les désirs inaccomplis de ses aïeules et, dans une fulguration d'énergie, avait franchi la ligne comme un accomplissement des fantômes et inversé la courbe des destins. Fût-ce au prix de la pesanteur du quotidien.

La comédienne installe dans l'instantané du théâtre le miroir de la jouissance du premier amant aimant aimé, rétablit l'émerveillement de cet instant qui annihile toutes les durées de souffrance. Et de sa misère qui accompagne toutes les misères fait jaillir l'altruisme, le temps d'un petit bonheur.

Ce spectacle est une très belle illustration de ce que peut être l'effet théâtre. Et Grisélidis rejoint le paradigme de Marie Madeleine.

"Grisélidis"

© Vincent Pontet, collection Comédie-Française.
© Vincent Pontet, collection Comédie-Française.
D'après la parole et les écrits de Grisélidis Réal.
Conception et interprétation : Coraly Zahonero, de la Comédie-Française.
Avec : Hélène Arntzen, saxophones et Floriane Bonanni, violon.
Collaboration artistique : Vicente Pradal.
Scénographie et costumes : Virginie Merlin.
Maquillages et coiffures : Véronique Soulier-N’Guyen.
Lumières : Philippe Lagrue.
Durée : 1 h 10.
Spectacle pour adultes.

Du 27 avril au 8 mai 2016.
Du mercredi au dimanche à 20 h 30.
Studio Théâtre, Comédie-Française, Paris 1er, 01 44 58 15 15.
>> comedie-francaise.fr

● Avignon Off 2016 ●
Du 8 au 30 juillet 2016.
Théâtre du Petit Louvre, Chapelle des Templiers.
Entrée rue Félix-Gras, au niveau du 29 rue Saint-Agricol.
Tous les jours à 18 h 15, relâche le jeudi.
Tél. : 04 32 76 02 79.
>> theatre-petit-louvre.fr

Jean Grapin
Mardi 3 Mai 2016

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© DR.
J'exerce bien évidemment au théâtre, parfois au cinéma, à la TV ou pour la pub, souvent dans l'événementiel. Je travaille aussi régulièrement dans un lieu culturel important qui n'est pas un lieu de spectacle. Pas mal de mes collègues artistes travaillent aussi dans les parcs d'attractions et de loisir.

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Avec la crise que nous vivons, j'ai bénéficié d'une mesure de maintien de mes droits. Elle est ce qu'elle est, elle est imparfaite, mais l'"année blanche" me garde la tête hors de l'eau jusqu'en août 2021.

Eux, comptent les jours sans travail, pas simplement pour "refaire leurs heures", mais parce que chaque jour qui passe est un capital (2) qui s'effrite - quand ils n'ont pas déjà eu la malchance de perdre leurs indemnités avant la crise, suite à la réforme monstrueuse de 2019 (3). Leur indemnité chômage s'épuise sans se recharger depuis 10 mois. Pour beaucoup d'entre eux, c'est déjà le RSA.

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