La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Cirque & Rue

La Cie Nomad Nomad a déroulé son Ethno Machine sur les quais paimpolais

Si le festival du Chant de Marin de Paimpol est dédié à une pratique vocale fort prisée des pêcheurs bretons ainsi qu'aux groupes musicaux accompagnant cette "activité chansonnière", le festival programme aussi à chaque édition, avec réussite, une grande variété de musiques du monde. Et, afin de générer une ambiance festive dans tout l'espace clos (pendant trois jours) de la manifestation, elle réserve une part belle aux prestations artistiques sur les quais de la cité des Islandais. Parmi les compagnies des arts de la rue présentes, la compagnie Nomad Nomad créait l'attroupement des festivaliers, curieux et attentifs, lors de ses différentes déambulations.



© Gil Chauveau.
© Gil Chauveau.
Nomad Nomad est un projet artistique original qui associe la création de machines en acier rouillé à force humaine, coiffées de dentelles, et des spectacles de rue porteurs de sens. Tout droit sorti de l'Imaginarium des artistes Quentin Prysbyla et Alexis Pinheiro qui se définissent "… comme plutôt nomades dans l'âme. Passionnés de création, d'innovation, de rythme et de voyage !" Leur univers propice à la création est composé de dessin, de conception inventive et de fabrication experte, d'objets de récupération, de bricolage assorti d'huile de coude, de musique et de rythmes endiablés, de scénographie bucolique, de danse, le tout agrémenté d'art visuel et onirique…

Leurs engins fantastiques sont des mécaniques hautes en poésie, mélanges de matériaux comme mélange des cultures. Avec des looks de vieux tracteurs, de vieilles bécanes ou d'insectes, elles évoquent des mondes fantasmagoriques… tout droit sortis de bandes dessinées ou de films de science-fiction. Un subtil mélange de métal rouillé, de dentelles, de couleurs et de lampes de grand-mère qui leur donnent tout leur charme et nous plongent dans le souvenir des intérieurs d'antan… Entretien avec Quentin Prysbyla, cofondateur de Nomad Nomad.

© Gil Chauveau.
© Gil Chauveau.
Gil Chauveau : Pour commencer, pouvez-vous me faire une rapide "fiche d'identité" de ce qu'est aujourd'hui la compagnie Nomad Nomad, ex "Nomad Men" ?

Quentin Prysbyla : Oui, bien sûr. Nous sommes une compagnie de quatorze personnes, maintenant, qui a démarré il y a dix ans. Celle-ci est composée de deux constructeurs de machines, de musiciens et musiciennes, de danseurs et danseuses, ainsi que d'un plasticien qui crée tous les masques, d'une costumière et d'un ingénieur en structure métallique… Alexis Pinheiro… avec qui j'ai créé ce projet artistique en 2015 qui se nommait au départ Nomad Men. C'est devenu une compagnie au fil des années et des rencontres. Nous avons débuté avec une toute petite machine, la première version de la "Batt Mobile" qui a évolué depuis. À présent, nous en avons cinq et quatre spectacles qui tournent en France et en Europe.

G. C. : Ce fut donc l'Ethno Machine qui anima de sa présence les quais du port de Paimpol. Pouvez-vous me parler de la création, de l'origine, de cette machine ?

Q. P. : L'Ethno Machine est née il y a quelques années, uniquement avec Cécile Douchet. Cécile au saxophone et moi à la batterie sur une toute petite machine. Nous avons commencé à faire de la musique ensemble, à partir de ses influences venant plutôt des Balkans, de la musique tsigane, et des miennes qui sont plus basées sur les percussions d'Amérique du Sud. Cela a commencé comme ça, avec également notre costumière Mina Pilet qui imagina nos costumes.

En rencontrant ensuite Priscilla Galvan, au didgeridoo, et Léa N'Kaoua, à la danse, c'est vraiment devenu l'Ethno Machine telle qu'on la connaît maintenant, une grande machine avec quatre artistes dessus. Et, du point de vue du nom, c'est ethno pour ethnique, machine pour la machine.
Nous avons donc inclus la culture et les pratiques chamaniques de Priscilla Galvan, les sons vibratoires du didgeridoo et la danse de Léa pour créer ce spectacle, avec nos animaux totems représentés dans nos costumes.

C'est ainsi devenu un voyage que nous racontons aux gens, en utilisant une autre langue que nous avons inventée. Nous voulons créer du partage et dire aux gens qu'il faut réussir à vivre ensemble.
À la création, la compagnie se nommait Nomad Men. Nous avons changé pour Nomad Nomad pour une question de parité. Et derrière Nomad Nomad, on peut placer plein de choses et faire voyager les gens.

© Gil Chauveau.
© Gil Chauveau.
G. C. : Quels sont les objets qui vous inspirent, qui vous permettent d'imaginer et de construire vos machines ?

Q. P. : La base de nos créations part sur de la récupération, souvent de roues. Avec de jolis diamètres, de belles courbures. À partir de là, nous dessinons une courbe… Et nous partons des créations métalliques, avec du cintrage et du soudage. C'est très brut. Il n'y a pas de carrosseries. Ce sont vraiment des squelettes inspirés du végétal et de l'animal. Et pour éclairer tout ça, nous ajoutons des lampes des années trente et quelques ombrelles… Pour amener un peu de tissu, d'autres matières, un peu de douceur… un peu de hauteur et de légèreté aussi.

Nous sommes à la fois ancrés dans le sol avec le métal et également aériens grâce aux lampes et aux ombrelles. C'est comme cela que nous fabriquons à peu près toutes les machines. Tout est mécanique. Il n'y a jamais de moteur.

G. C. : Avez-vous des références, cinématographiques ou théâtrales, des compagnies ou des créateurs qui vous influencent dans la réalisation de vos constructions ?

Q. P. : Au début de la compagnie, non, mais maintenant, oui. Au début, je ne voulais rien voir. Même pendant mes études d'art, je ne voulais pas regarder ce qui se faisait pour ne pas m'inspirer. Je pense aujourd'hui que c'était une erreur. En réalité, on voit quand même toujours des choses et il y en a qui, toujours, reviennent. Sinon, pour nous, l'inspiration de base, c'est le végétal et l'animal.

Sur la dernière création de la compagnie, qui s'appelle "Ora" (2024), nous nous sommes tout de même inspirés un peu de Mad Max, notamment sur les hauteurs et les perches qui sont utilisés pour leurs célèbres combats. Sauf que nous, nous les utilisons sans aucune souplesse, avec un contrepoids de six cents kilos… plus comme un mât de bateau avec une certaine raideur et une extrême lenteur dans la descente. Comme il n'y a pas de souplesse, il n'y a pas de remontée rapide et le but, c'est vraiment d'avoir la lenteur dans quelque chose de très grand.

G. C. : Vous avez effectué plusieurs déambulations sur les quais de Paimpol avec, en plus de l'aspect spectaculaire de l'Ethno Machine, un jeu théâtral et chorégraphique d'un personnage au sol. Quels sont les retours du public, composé notamment de familles, que vous avez reçus, quelles sont vos impressions par rapport à cet émerveillement suscité ?

© Gil Chauveau.
© Gil Chauveau.
Q. P. : J'ai effectivement ressenti cet émerveillement. Ce qui est génial, c'est que les enfants – et les parents qui ont gardé leur âme d'enfant – restent bouche-bée. Ils sont bloqués devant l'Ethno et on a beau leur faire signe, il n'y a plus rien qui bouge et ils regardent comme ça… en faisant "waouh" devant la machine qui passe… et ils ne peuvent plus parler.

Il y a beaucoup de réactions, de peur et de joie quand il y a un personnage qui descend seul et qui d'un coup surprend. Ceux qui se posent des questions se demandent : qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce qu'ils disent ? Et ceux qui ne se posent pas de questions vivent simplement le moment. Et nous percevons tout ça. C'est hyper intéressant. On n'est pas dans de l'animation. Nous préférons laisser les gens aller dans leur imaginaire, se construire leur propre histoire. J'aime bien ça, j'aime bien ce côté justement théâtral et spectaculaire.

G. C. : Pouvez-vous nous décrire ce qu'est votre nouvelle création ? Qu'est-ce qui définit ce nouveau projet initié en 2024 ?

Q. P. : "Ora" est un spectacle qui va sortir en trois étapes. La première sortie a eu lieu avec la première machine. Deux autres machines vont suivre. Chacune d'entre elles est composée d'éléments différents : la terre, l'eau, le feu, l'air. Celle qui est sortie représente l'air. À bord, en haut, se trouve le prophète du ciel et, en bas, c'est l'esprit de la terre. Une communication s'établit entre le ciel et la terre, c'est le fil du spectacle. La finalité, ce sera de pouvoir créer une horde de quatorze danseurs et danseuses, au sol.

Nous prévoyons également quatorze personnes à bord des machines, ce qui fait que nous serons vingt-huit au total. Il s'agira d'une création dont l'objectif est d'aller chercher les gens avec trois machines et vingt-huit artistes pour leur redonner la possibilité de communiquer… véritablement, profondément. À l'heure des réseaux sociaux, cela nous semble important. Tout le monde communique, mais tout le monde communique de manière superficielle… Plus personne ne le fait en profondeur. Il y aura une traduction du spectacle en langage des signes et de la musique live, entièrement chorégraphiée. Nous allons vraiment faire le lien entre le sol, la terre et le ciel. Essayer de "rétablir" la communication.

© Gil Chauveau.
© Gil Chauveau.
G. C. : Pour conclure, sachant que, pour les compagnies des arts de la rue, le financement n'est pas facile, pouvez-vous me dire quel est votre type de fonctionnement ?

Q. P. : La chance que nous avons, c'est que, depuis le début, nous sommes autonomes. Dans le sens où nous ne touchons pas directement de subvention. Nous n'en avons jamais bénéficié. En réalité, nous vivons bien sûr grâce aux subventions données aux différents festivals qui nous programment. Si celles-ci sont coupées, cela veut dire que nous n'avons pas de dates. Actuellement, nos spectacles sont bien et suffisamment payés, cela nous permettant de créer nos machines derrière, entretenir le matériel. Cela est une vraie chance, car nous avons un équipement lourd : une semi-remorque, un camion, des remorques, les costumes, etc.

Pour 2025, nous avons établi le statut d'intermittent du spectacle à six personnes au total, qui sont fixes sur la compagnie. Les autres travaillent en même temps sur leurs projets personnels. Le but est maintenant d'avoir un peu de mécénat. Cela nous permettrait d'avoir un peu plus de souplesse, notamment au niveau des charges qui sont toujours plus importantes.

Finalement, si l'on considère la situation de la culture en ce moment, nous sommes encore chanceux et nous sommes conscients des grosses difficultés que traversent les compagnies subventionnées, dont certaines, nous le savons, risquent de disparaître.
◙ Gil Chauveau

Cie Nomad Nomad
233, La Faye, 16600 Mornac
Téléphone : 06 34 14 55 02.
>> nomadnomad.fr

Tournée
29 août : Saint-Nazaire (44).
6 septembre : Balzac (16).
14 septembre : Grandchamp-des-Fontaines (44).
20 septembre : Montpellier (34).
5 octobre : Muneville-sur-Mer (50).
5 décembre : Lens (62).
6 décembre : Bar-le-Duc (55).
13 décembre : Thillois (51).
13 décembre : Auray (56).
19 et 20 décembre : (option) Rennes (35).
21 décembre : Fontenay-le-Comte (85).
22 décembre : Niort (79).

© Cie Nomad Nomad Tous Droits Réservés.
© Cie Nomad Nomad Tous Droits Réservés.

Gil Chauveau
Jeudi 28 Août 2025

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022 | Avignon 2023 | Avignon 2024 | À l'affiche ter | Avignon 2025