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Théâtre

"Variations sur le rire", un exercice de haute école qui polit le public dans le sens du plaisir

"Variations sur le rire", Théâtre El Clan Destino, Paris

Pierre Trapet fait partie de ces comédiens discrets et familiers, infatigables passeurs du plaisir du théâtre qui, par-delà toutes les modes, persévère dans l'art d'un humour primordial et multi séculaire. Celui de la farce qui ligote tout le monde dans les réseaux d'un rire libérateur et commun.



© Alexandra Manginot.
© Alexandra Manginot.
En éducateur sensible, bon enfant mais lucide, le comédien joue avec la virtuosité d'un bonimenteur toujours dominateur, faussement bonasse, au fond toujours attentionné, aidé de comparses complices, vrais-faux cobayes, tour à tour victimes ou complices.

Le spectacle exploite de manière systématique les multiples variations d'un même thème. Celui de l'homme face à l'homme face à l'homme dans le quotidien et la banalité des rapports interindividuels. Vu sous toutes les facettes, tous les angles.

C'est un festival de duos perturbés par un tiers faisant irruption. Les bonjours, les "au revoir" révèlent sur scène des sous-entendus dévastateurs qui libèrent toutes les situations de leurs ambiguïtés ou au contraire les chargent de toutes les rumeurs.

© Alexandra Manginot.
© Alexandra Manginot.
Ainsi traitées, les situations sont lisibles, et constituent autant de clins d’œil adressés au public. Qui ne peut se méprendre sur le sens de son rire et comprend que la simple humanité rejoint la tragédie, la comédie, le drame. La vie quotidienne et les grands textes. Un cours de théâtre comme si vous y étiez.

En provoquant le rire, l'accompagnant, l'expliquant, le communiquant (car rien n'est plus communicatif que le vrai rire), Pierre Trapet fait avec ses comédiens un exercice de haute école qui polit le public dans le sens du plaisir.

"Variations sur le rire"

© Alexandra Manginot.
© Alexandra Manginot.
Texte : Pierre Trapet.
Mise en scène : Pierre Trapet.
Avec : Carole Montagner ou Nathalie Veneau, Charles-Emmanuel Brunner, Cédrick Lanoë, Pierre Trapet.
Durée : 1 h 15.
>> pierretrapet.fr

30 novembre 2018.
Vendredi à 20 h 30.
Théâtre El Clan Destino, Paris 20e, 06 64 31 52 40.
>> Théâtre El Clan Destino

Jean Grapin
Mercredi 28 Novembre 2018

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"La petite fille de monsieur Linh" Tenter de donner une raison à la vie… à l'exil

Après déjà plusieurs années d'exploitation et de succès, Sylvie Dorliat reprend le très touchant conte de Philippe Claudel, "La petite fille de monsieur Linh", qu'elle a adapté pour la scène et qu'elle interprète. Une bonne occasion de découvrir ou de revoir ce spectacle lumineux et délicat parlant avec humanité tant de l'exil, de la mort, de la folie que de l'amitié et de l'espoir d'une nouvelle vie.

De la guerre, de la fuite, de l'exil peut naître la folie. Lorsque l'on a vu sa famille, tous ceux que l'on aime se faire tuer, quand on a tout perdu, perdre la raison peut devenir un refuge, un acte de survie, une tentative désespérée de renaissance en s'inventant une nouvelle histoire…

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Tout commença un matin où son fils, sa belle-fille et sa petite fille s'étaient rendus dans les rizières. Cette année-là, la guerre faisait rage. Ils sont tués durant leur travail. Tao Linh récupère sa petite fille, Sang diû (Matin doux) 10 mois - elle a les yeux de son père (son fils), dit-il - et entreprend une épuisante traversée, à l'horizon une terre occidentale. Apprivoiser ce nouveau pays, ces gens inconnus, cette promiscuité dans ce centre d'accueil pour émigrés. Puis, au bout d'un moment, se résoudre, se décider à sortir pour découvrir cette ville qui l'accueille.

Dans un parc, assis sur un banc, et l'arrivée de monsieur Bark. Premier contact, et les prémices d'une nouvelle amitié. Ils parlent de leur femme (mortes). Parle de la guerre, celle à laquelle a participé Bark dans le pays de Linh. Bark l'invite au restaurant, lui offre un cadeau, une robe pour la petite. Tao Linh va être déplacé mais dans la même ville. Se retrouve dans une chambre… Enfermement…

Gil Chauveau
09/09/2020
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Quel point commun peut-il y avoir entre un dodo, gros oiseau incapable de voler - et plutôt maladroit - et un acrobate ? L'inconscience naïve pour le premier, qui le conduisit à sa disparition, l'inconscience maîtrisée - avec une peur raisonnée pour la sécurité - qui le mène vers le spectaculaire et la performance virtuose pour le second... C'est en résumé l'étonnante création de la compagnie Le P'tit Cirk qui s'articule autour de la musique et de l'envol avec la guitare comme partenaire privilégié, instrument musical ou agrès des plus surprenants !

Fondé en mars 2004 sur les projets de Danielle Le Pierrès (Archaos, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, Cirque Plume, etc.) et de Christophe Lelarge (Cirque du Soleil, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, etc.)*, le P'tit Cirk est basé dès sa création à Lannion en Bretagne. Cette implantation correspond à une démarche artistique volontaire de long terme afin d'être acteur de la vie culturelle du Trégor, de partager et de transmettre leur passion, et d'aller à la rencontre d'un public qui n'a pas forcément l'occasion ou la demande de découvrir cette forme d'approche de travail envers le cirque. Le spectacle "Les Dodos" est la sixième proposition de la compagnie.

Cette dernière création (en tournée depuis trois ans) confirme, si besoin était, leur statut de compagnie majeure dans le paysage du cirque de création à l'échelle européenne… et leur ouverture permanente à différentes pistes… de cirque. Chez les membres du P'tit Cirk, le sens du collectif, le côté pur, brut et extra-ordinaire de l'exploit sont aussi importants et incontournables que le jeu d'acteur, la mise en piste, la lumière et la scénographie. La performance est là mais n'occulte en rien la trame poétique présente à chaque instant.

Gil Chauveau
17/09/2020
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"Cabaret Louise" Cabaret foutraque et jouissif pour s'indigner encore et toujours !

Grandes ignorées de nos scolarités boutonneuses, la Commune et l'une de ses figures majeures, Louise Michel, sont tirées du passé et ici convoquées à une célébration festive et effrontée, bâtie sur des fondations soixante-huitardes bienfaisantes, où se réunissent de manière intempestive, ou pas, Rimbaud, Hugo, Léo et Théophile Ferré, Louise Attaque, Johnny Hallyday, Jules Ferry et Adolphe Thiers, etc., prenant vie grâce aux joyeux jeux virtuoses de Charlotte Zotto et Régis Vlachos.

En une forme de cabaret drolatique, foutraque, jouissif et impertinent, est rendu hommage à la révolte, à l'espérance d'une toujours future révolution, au souvenir de celles qui ont eu lieu - sans malheureusement toujours beaucoup d'efficience -, à celles et ceux - communards ou soixante-huitards - qui les imaginèrent sur le terreau de folles utopies. Régis Vlachos nous offre à nouveau un insolent et hilarant éloge d'une nouvelle rébellion à inventer, nous incitant, dans le respect de nos libertés individuelles, à nous indigner encore et toujours.

Cet hommage audacieux et - forcément - libertaire est associé subtilement, dans un intelligent second plan et en un judicieux contrepoint, à nos désespérantes actualités. Et, tour de force réussi, est généré, en complément inattendu et croustillant, une approche de mise en abyme conjugale du couple tentant de représenter le spectacle tout en l'interrompant de tempétueuses disputes, de tentatives de réconciliation… ou de négociation de définitive séparation... Instillant ainsi dans tous les tiroirs narratifs, une revendication féminine et féministe émanant historiquement de Louise Michel et, dans une contemporanéité militante, celle de la femme d'aujourd'hui que sont les comédiennes Charlotte Zotto et Johanna Garnier.

Gil Chauveau
31/08/2020