La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Une polyphonique bonne Âme... entre poésie et drame

"La bonne Âme du Se-Tchouan", Théâtre du Nord, Lille

Dans "La bonne Âme du Se-Tchouan" de Bertolt Brecht, Shen Té, repérée par les dieux pour son honnêteté et sa bonté, bénéficie d’un coup de pouce, de leur part, pour sortir de la misère. Elle s’en trouve bien empêtrée, tente de ne pas dépouiller les pouilleux qui la parasitent, tente de les faire travailler. Et pour créer de la richesse se travestit et invente un sien cousin Shui Ta très méchant. Au bout du conte, Shen Té ne peut que faire de la cavalerie financière.



La bonne Âme du Se-Tchouan © Frédéric Iovino.
La bonne Âme du Se-Tchouan © Frédéric Iovino.
Fuite en avant, course au crédit et au remboursement. Intérêt et principal. La fable n’a rien perdu de son acuité et de son actualité…

"La bonne âme du Se Tchouan" de Bertolt Brecht est ironique et sensible. Très méthodique, très démonstrative, elle tient l’équilibre entre la poésie et le drame.

La proposition scénique de Stuart Seide s’appuie résolument sur la jeunesse et la vitalité de ses comédiens, tous élèves de l’EPSAD (école professionnelle supérieure d’art dramatique du Nord-Pas-de-Calais).

Le metteur en scène fragmente le personnage principal. En le distribuant à sept interprètes, il en démultiplie les facettes, l’enrichit de ses possibles, exploite les polysémies du texte par la différence des jeux et des apparences. Autant de moyens.

La bonne Âme du Se-Tchouan © Frédéric Iovino.
La bonne Âme du Se-Tchouan © Frédéric Iovino.
Son collectif est aussi consolidé par cette rotation des rôles. Cette présentation quasiment sans décor (hors un praticable) est sobre, rigoureuse. Elle joue avec les polyphonies et affirme la dimension poétique et dramatique du texte.

Le spectateur, bien plus qu’à une présentation d’école, assiste à une leçon de théâtre passionnante qui met en valeur les personnalités des comédiens. Ils ont avec cette "bonne âme" un bagage solide pour leur carrière qui commence.

"La bonne Âme du Se-Tchouan"

La bonne Âme du Se-Tchouan © Frédéric Iovino.
La bonne Âme du Se-Tchouan © Frédéric Iovino.
Texte : Bertolt Brecht.
Mise en scène : Stuart Seide.
Assistante à la mise en scène : Tiphaine Raffier.
Texte français : Marie-Paule Ramo, avec la collaboration de Dorothée Decoene.
Avec : Arnaud Agnel, Aurélien Ambach-Albertini, Clémence Azincourt, Fanny Bayard, Charlotte Bertoldi, Anthony Diaz, Marie Filippi, Carine Goron, Maxime Guyon, Ariane Heuze, Lisa Hours, Yann Lesvenan, Adrien Mauduit, David Scattolin, Antoine Suarez-Pazos.
Scénographie : Philippe Marioge.
Costumes : Fabienne Varoutsikos.
Son : Marc Bretonnière.
Lumière : Bernard Plançon.
Maquillages et coiffures : Catherine Nicolas.
Musique originale des chansons : Bruno Soulier.

La bonne Âme du Se-Tchouan © Frédéric Iovino.
La bonne Âme du Se-Tchouan © Frédéric Iovino.
Création du 22 au 28 juin 2012.
A 20 h, jeudi à 19 h, dimanche à 16 h, relâche lundi.
Théâtre du Nord, Grande salle, Lille, 03 20 14 24 24.

Spectacle les 4 et 5 juillet 2012 à 21 h.
Théâtre Paris-Villette, Paris 19e, 01 40 03 72 23.

Jean Grapin
Mercredi 27 Juin 2012

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021




    Aucun événement à cette date.
Vidéos les plus récentes



À découvrir

"Les femmes de la maison" L'épopée des luttes féminines sous le prisme d'une maison très spéciale

Voici la dernière pièce de Pauline Sales (écriture et mise en scène) qui a été présentée au Théâtre Paul Scarron du Mans devant un public professionnel restreint. Un privilège que d'assister à cette histoire que l'on sent chevillée au corps de sa créatrice. Il y est question de femmes artistes. Question également des femmes non artistes. Question de la liberté que les femmes ont peu à peu conquis depuis bientôt un siècle. Arrachant bribe après bribe le droit d'agir, de s'exprimer, le droit sur leur corps, leur sexualité, leurs choix. Et trouver enfin la puissance pour se détacher du diktat masculin si bien bétonné.

© Jean-Louis Fernandez.
L'histoire des "femmes de la maison" commence dans les années cinquante et se termine de nos jours. Elle va mettre en jeu une dizaine de personnages féminins sur trois périodes symboliques : les années cinquante, les années soixante-dix et 2022. Pour cela, Pauline Sales invente une maison qui sera le moyen de traverser le temps et l'espace. Cette maison est celle de Joris, un amoureux, par ailleurs cinéaste militant contre les méfaits des guerres. Il achète cette maison par amour pour une photographe, l'amour s'en va, il ne sait qu'en faire, alors il la prête à des artistes. Le hasard veut au départ que ce ne soit que des femmes - peintres, poètes, sculptrices… et cela se transforme en règle : seules des femmes artistes pourront venir un temps pour créer ici.

Première période, maison fermée entourée de bois. C'est l'après-guerre et l'artiste que Joris installe dans la maison dessine. Dessine en mode combat contre elle-même. Contre la pensée que chez elle, son mari, sa fille sont là comme une destinée de femme au foyer qu'elle refuse. Combat contre le mal que cela peut faire.

Bruno Fougniès
25/08/2021
Spectacle à la Une

•Off 2021• Sales Gosses Une approche vertigineuse et bouleversante de la maltraitance à l'école

Harcèlement, maltraitance ponctuelle ou récurrente… à l'école, à la maison, au travail, comment le traiter sur scène, comment prendre ou pas position ? Ici d'ailleurs, pas de prise de position, mais une exposition des faits, du déroulé des événements, en une manière de monologue où la comédienne Claire Cahen habite tous les personnages principaux, offrant l'accès au public à différentes appréciations du drame - victime, tyran, prof, mère - menant à une mise en perspective vertigineuse !

© Théâtre du Centaure.
Pour l'écriture de "Sales gosses", Mihaela Michailov s’est inspirée de faits réels. Une enseignante ligota une élève dans sa salle de classe, les mains derrière le dos, suite à son manque d'attention pour la leçon sur la démocratie qu'elle était en train de donner. Elle exposera ainsi l'enfant saucissonnée en exemple. Les "camarades" de cette petite-fille de onze ans, pendant la récréation, la torturons à leur tour. Elle sera retrouvée sauvagement mutilée… attachée dans les toilettes…

Dans une mise en scène que l'on perçoit nerveuse et précise, millimétrée, visant à l'efficacité, les choix de Fábio Godinho font être immédiatement lisible, mettant en quasi-training sportif la comédienne Claire Cahen et son partenaire musicien chanteur Jorge De Moura qui assure avec énergie (et talent) les multiples interventions instrumentales et/ou vocales. Metteur en scène, mais également performeur, Fábio Godinho joue clairement la carte de l'école "théâtre de la violence", de l'arène/stade où la victime est huée, vilipendée par la foule, cherchant à exprimer la performance telle que demandée sur un ring de boxe. Claire Cahen et Jorge De Moura sont à la hauteur jouant en contre ou en soutien avec le troisième acteur qu'est le décor !

Gil Chauveau
19/07/2021
Spectacle à la Une

•Off 2021• L'Aérien Le fabuleux défi de l'insoupçonnable légèreté de l'être…

Solliciter ressources du corps et de l'esprit unis dans la même entité afin d'affranchir l'humaine condition aux semelles de plomb de la pesanteur la clouant au sol, c'est le prodige réalisé par Mélissa Von Vépy "à l'apogée" de son art. À partir d'une vraie-fausse conférence sur les rapports entre l'Homme et les airs depuis que la Terre est Terre - écrite avec légèreté par Pascale Henry, complice inspirée -, la circassienne rivalise de grâces ascensionnelles. De quoi damer le pion, du haut de son Olympe, à Hermès au casque et chaussures ailées…

© Christophe Raynaud de Lage.
La conférencière au look décontracté étudié, chaussée de lunettes à monture d'écailles et d'escarpins mettant en valeur ses longues jambes, mallette à la main renfermant les planches évocatrices des tentatives humaines pour vaincre la résistance des airs (l'utilisation d'un Powerpoint n'aurait pas été assez daté…), s'emploie avec naturel et humour à survoler cette histoire à tire-d'aile… S'arrêtant cependant sur une reproduction d'Icare, celui par qui la faute advint. Pour avoir voulu voler toujours plus haut, l'intrépide, aux plumes assemblées de cire, s'est brûlé les ailes… et depuis, cette question récurrente : voler est-ce humain ?

Joignant gestes et paroles, elle ôte son blouson libérant des plumes virevoltantes autour d'elle et s'adonne à quelques envolées autour de sa chaise devenant vite le second personnage en scène. D'ailleurs, lorsque, dans le déroulé de sa conférence, elle évoquera les fabuleuses machines volantes nées de l'imaginaire de Léonard de Vinci, on se dit que cette prouesse d'horlogerie fine - que l'on doit à Neil Price - permettant de projeter en douceur ladite chaise jusque dans les cintres, mériterait de les rejoindre au panthéon des créations volantes…

Yves Kafka
26/07/2021