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Théâtre

Une forme de miroir contemporain avec ses diaboliques bobards… façon fake news

"Le Maître et Marguerite", Tournée 2018/2019

"Le Maître et Marguerite" de Mikhaïl Boulgakov, c'est Dostoïevski, Gogol et Tchekhov réunis. Un roman qui est un désir de théâtre. Désir qu'Igor Mendjinsky exauce avec talent dans l'adaptation qu'il propose.



© Pascal Gély.
© Pascal Gély.
C'est une nuit de pleine lune, une nuit de plein été, et dans Moscou, certains, nombreux, rencontrent des chats qui parlent. Un homme meurt décapité par un tramway, une jeune femme meurt à l'autre bout de la ville. Un écrivain voit son œuvre raillée et censurée. Une jeune femme à la tête romanesque quitte son mari et son ennui à la recherche d'un maître. Un dramaturge qui a écrit une pièce sur Jésus et Ponce Pilate, témoin de tout cela, se trouve enfermé chez les fous. Une sorcière chevauche un balai.

Les récits se choquent, cahotent et s'amplifient jusqu'à l'absurde, jusqu'à l'inquiétude.

C'est que c'est le diable qui mène la danse, sème le désordre, installe une autre réalité, la Sienne, qui dissout toutes les autres. Le Surnaturel s'impose. Ce qui est des plus réjouissant.

Et dans cette nuit de pleine lune, l'ombre d'un pouvoir s'étend sur la ville. Comprenne qui pourra.

© Pascal Gély.
© Pascal Gély.
Dans l'adaptation qu'il fait de l'œuvre, Igor Mendjisky adopte une écriture scénique en tout point fidèle aux mouvements de l'écriture du roman, et la rigueur de jeu et de plateau renvoie à celle du livre.

Virtuose, hachée profondément drôle et intensément cohérente sous les apparences, la représentation joue à cache-cache avec l'imaginaire. Le spectateur est face à une réalité fluctuante qui joue avec le pouvoir d'illusion ou avec les remises à plats de la réalité tangible de la scène de spectacle.

Les acteurs "entrent en jeu" littéralement, imposent les changements de personnages, de lieux. Glissent des uns aux autres en une danse de plus en plus… endiablée. Dans les écarts créés, Igor Mendjisky a la très bonne idée de marquer le chevauchement des lieux et des temps (de l'antiquité à nos jours, de la fiction à la réalité) par des changements de langues et d'alphabets utilisés comme titre de cinéma ou de chapitres de livre. Pour le grand bonheur de dépaysement du spectateur qui a, par exemple, la surprise d'entendre du Lou Reed en langue russe, ou Jésus et Pilate parler en grec ancien.

Incarné par Romain Cottard, Woland (le diable) mène cette danse en escamoteur, en magicien, en bateleur, en monsieur loyal sûr de lui et dominateur. Un diable sacrément farceur des plus inquiétant. Diaboliquement nôtre. Il semblerait bien que celui-ci tende comme une forme de miroir du monde contemporain avec ses bobards qui tissent notre quotidien (fake news du web).

Le public en est témoin : foi de spectateur qui applaudit des deux mains. Assurément, il se passe quelque chose sur la scène de pas ordinaire.

Le Maître et Marguerite"

Texte : Mikhaïl Boulgakov
Adaptation (éd. L’avant-scène théâtre - 2018) et mise en scène : Igor Mendjisky.
Assistant mise en scène : Arthur Guillot.
Avec : Marc Arnaud, Romain Cottard, Adrien Gamba-Gontard, Igor Mendjisky, Pauline Murris, Alexandre Soulié, Esther Van Den Driessche et Yuriy Zavalnyouk.
Traduction du Grecque ancien : Déborah Bucchi.
Lumières : Stéphane Deschamps.
Costumes : May Kattrem.
Vidéo : Yannick Donet.
Scénographie : Claire Massard et Igor Mendjisky.
Constructions décors: J.L Malavasi.
Production Compagnie Les Sans Cou, FAB - Fabriqué à Belleville, ACMÉ Production.
Durée : 1 h 50.

A été joué du 10 mai au 10 juin 2018.
Du mardi au samedi à 20 h, dimanche à 16 h.
Théâtre de la Tempête, Salle Serreau, Paris 12e, 01 43 28 36 36.
>> la-tempete.fr

Puis à Avignon Off 2018 au 11 • Gilgamesh Belleville.

Dates de tournée
29 janvier 2019 : Théâtre de Calais (62).
5 au 8 mars 2019 : Grand T - Théâtre de Loire-Atlantique, Nantes (44).
12 et 13 mars 2019 : Théâtre La Piscine, Antony (92).
22 mars 2019 : Théâtre à Châtillon (92).
20 mai 2019 : Théâtre Auditorium (TAP), Poitiers (86).

Jean Grapin
Lundi 21 Mai 2018

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© Sandrine Cellard.
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© Betül Balkan.
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