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Théâtre

Une farce retournant les propositions de Houellebecq, entre rire, poésie et ennui élégant

"Les Particules élémentaires", Théâtre de l'Odéon, Paris

Au lointain, des personnages, à la table de travail. À tour de rôle, sous l'influence d'un coryphée, sosie clone d'un écrivain célèbre qui leur précise leur place dans le journal de la vie d'un raté, ils occupent la scène, ils montent à l'avant-scène. Julien Gosselin adapte à la scène les particules élémentaires de Michel Houellebecq.



© Simon Gosselin.
© Simon Gosselin.
Et là, surprise, le spectacle est des plus surprenant et à bien des égards paradoxal compte tenu du sujet. Les personnages sont hauts en couleurs, pleins de vitalité, d'énergie même quand il est question de dépression chronique et chroniquée. Ils sont à l'abattage.

Dans l'écart entre le jeu et les paroles, cette proposition apporte, en toute crudité, un éclairage sur le contenu de l'œuvre littéraire. Le travail théâtral montre ce qu'en langage courant on appelle des "branleurs". Ceux-là commencent leur carrière dans les années soixante, soixante-dix et découvrent la vie, le monde extérieur et la puberté par un choc brutal.

La collision est telle qu'ils en restent stupéfaits à vie, à jamais coupés de l'enfance. Orphelins tristes, inhibés, impuissants, vantards, frustrés, violents, quelquefois violeurs, piégés à jamais dans un filet de représentation (la vieille caverne de Platon, la société du spectacle de Debord) qui jamais ne rejoint le réel.

© Simon Gosselin.
© Simon Gosselin.
Ils font impression par les bribes de citations, de références culturelles ou scientifiques au fond "inmaîtrisées" par eux. Ils revendiquent une ironie qui n'est que sarcasme et désespérance. Font usage d'une parlote désabusée et dénigrante qui voudrait entraîner chacun et chacune dans un moule de représentation "déceptive" : celui de l'homme occidental qui, dans son essence et dans le flux d'une manière de dire une histoire contemporaine, n'aurait de goût que pour le dégoût, et ne rêve que de l'impossible : celui de l'union et de la pureté des anges.

Littérairement, ils usent le style jusqu'au lisse du poncif, écarte les grands ancêtres pour s'installer au cœur d'une médiocrité revendiquée.

Le théâtre dans son optimisme congénital retourne les propositions de Houellebecq. Cela crée des moment de rire, de poésie, d'ennui élégant. La farce (car il s'agit d'une farce) est moliéresque. Le grand auteur comédien régisseur ne disait il point : "Ris donc, parterre, ris donc."

"Les Particules élémentaires"

© Simon Gosselin.
© Simon Gosselin.
Texte : Michel Houellebecq.
Mise en scène : Julien Gosselin.
Assistant à la mise en scène : Yann Lesvenan.
Adaptation et scénographie : Julien Gosselin.
Avec : Joseph Drouet, Denis Eyriey, Antoine Ferron, Noémie Gantier, Carine Goron, Alexandre Lecroc-Lecerf, Caroline Mounier, Victoria Quesnel, Géraldine Roguez, Maxence Vandevelde.
Lumière : Niko Joubert.
Création musicale : Guillaume Bachelé.
vidéo Pierre Martin, Jérémie Bernaert.
Son : Julien Feryn.
Costumes : Caroline Tavernier.
Durée : 3 h 50.

Du 12 septembre au 1er octobre 2017.
Du mardi au samedi à 19 h 30, dimanche à 15 h, relâche le dimanche 17 et mardi 26 septembre.
Odéon Théâtre de l'Europe, Paris 6e, 01 44 85 40 40.
>> theatre-odeon.eu

Jean Grapin
Mardi 19 Septembre 2017

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© DR.
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