Comme dans la Pastorale, l'espace de la représentation situé au même niveau que la salle est bordé de deux gradins latéraux et de rangées de fauteuils frontaux, offrant ainsi un contact direct avec le public inclus dans le récit. Quant aux préoccupations des protagonistes, si elles s'émancipent du modèle traditionnel leur servant de référence, elles ne feront que les actualiser.
En guise de prologue, une femme de ménage, blouse de rigueur et mine fermée, s'emploie énergiquement à plier des piles de serviettes de bain en les faisant claquer, tant sa colère rentrée d'exploitée a du mal à être contenue. On apprendra que deux fois par semaine, elle se rend dans cet établissement consacré aux loisirs des autres, avec gymnase, salle d'agrès, cours d'arts martiaux… et douches. C'est là d'ailleurs, en voulant récupérer des savonnettes, qu'elle se retrouvera face à un homme nu. L'affaire vite conclue, elle glissera sa culotte dans un sac et prendra dans la nuit le chemin du retour, lequel là encore ne sera pas de tout repos.
En guise de prologue, une femme de ménage, blouse de rigueur et mine fermée, s'emploie énergiquement à plier des piles de serviettes de bain en les faisant claquer, tant sa colère rentrée d'exploitée a du mal à être contenue. On apprendra que deux fois par semaine, elle se rend dans cet établissement consacré aux loisirs des autres, avec gymnase, salle d'agrès, cours d'arts martiaux… et douches. C'est là d'ailleurs, en voulant récupérer des savonnettes, qu'elle se retrouvera face à un homme nu. L'affaire vite conclue, elle glissera sa culotte dans un sac et prendra dans la nuit le chemin du retour, lequel là encore ne sera pas de tout repos.
Après la mère, c'est à la fille d'entrer en lice. On découvre alors, sous son déguisement d'animal de scène, une danseuse de pole dance, talons hauts et petite tenue, s'appliquant à imiter une danse lascive pour distraire sa déshérence. Autour de la barre verticale, on croira entendre en bruit de fond des sifflements excités… Une jeune femme trans, rayonnante, les interrompra, micro en main, pour une adresse au public : cette famille qu'elle a "adoptée" et vice-versa, et dont on vient de découvrir deux des membres (avant le frère et leur grand-mère), est destinée à imploser. En tant que voisine et amie, c'est leur histoire dont elle se fait ici le porte-parole.
Suivront, interrompus par des séquences toniques dansées et chantées (cf. la tradition des Pastorales) des fragments de leur existence où chacune et chacun confiera entre heurs et malheurs sa solitude et sa manière d'être au monde quand tout fout le camp autour de soi… La grand-mère d'abord et l'histoire de sa grand-mère à elle, qui, enceinte très jeune, a été traitée comme du bétail ; mariée pour s'en débarrasser au premier jeune homme venu, elle a donné naissance à un garçon, son père. Dans sa voix, aucune trace de douleur, au contraire une grande "reco-nnaissance" pour celle qui lui a indirectement donné vie. C'est peut-être pour cela d'ailleurs qu'elle répète, répète, et répète encore le même récit, comme un leitmotiv garant du fil de l'existence à laquelle elle est reliée.
Retour à la fille. Derrière le brillant des tenues de la pole danseuse, se dissimule un être éteint, mis à l'écart par ses anciens amis ne supportant plus sa propension à boire, une jeune femme qui, isolée, passe ses journées enfermée dans sa chambre à consommer des vidéos, son seul lien avec le monde extérieur. Et puis il y a le frère qui a fait des parkings suburbains son royaume où il règne en maître au volant de sa 106, en attendant d'être à celui ou à celle qui le prendra, à qui il se donnera joyeusement, et qui rappe fougueusement sa vie. Toujours prêt à rendre service, il dit : "Allo maman, j'arrive".
Quant à la narratrice, jeune femme doctorante – l'objet de nos études dit de nous plus que nos mots… –, elle se montrera très éprise de l'histoire de deux femmes queer dont l'existence au XIIIᵉ siècle montrait déjà que, à la barbe de leur évêque, elles avaient l'audace de s'aimer en se réfugiant dans la montagne en compagnie d'enfants joyeux.
Suivront, interrompus par des séquences toniques dansées et chantées (cf. la tradition des Pastorales) des fragments de leur existence où chacune et chacun confiera entre heurs et malheurs sa solitude et sa manière d'être au monde quand tout fout le camp autour de soi… La grand-mère d'abord et l'histoire de sa grand-mère à elle, qui, enceinte très jeune, a été traitée comme du bétail ; mariée pour s'en débarrasser au premier jeune homme venu, elle a donné naissance à un garçon, son père. Dans sa voix, aucune trace de douleur, au contraire une grande "reco-nnaissance" pour celle qui lui a indirectement donné vie. C'est peut-être pour cela d'ailleurs qu'elle répète, répète, et répète encore le même récit, comme un leitmotiv garant du fil de l'existence à laquelle elle est reliée.
Retour à la fille. Derrière le brillant des tenues de la pole danseuse, se dissimule un être éteint, mis à l'écart par ses anciens amis ne supportant plus sa propension à boire, une jeune femme qui, isolée, passe ses journées enfermée dans sa chambre à consommer des vidéos, son seul lien avec le monde extérieur. Et puis il y a le frère qui a fait des parkings suburbains son royaume où il règne en maître au volant de sa 106, en attendant d'être à celui ou à celle qui le prendra, à qui il se donnera joyeusement, et qui rappe fougueusement sa vie. Toujours prêt à rendre service, il dit : "Allo maman, j'arrive".
Quant à la narratrice, jeune femme doctorante – l'objet de nos études dit de nous plus que nos mots… –, elle se montrera très éprise de l'histoire de deux femmes queer dont l'existence au XIIIᵉ siècle montrait déjà que, à la barbe de leur évêque, elles avaient l'audace de s'aimer en se réfugiant dans la montagne en compagnie d'enfants joyeux.
Tout étant désormais mis en place, entre chants et danses, d'autres fragments – comme des bulles de vie – vont pénétrer plus avant les aspirations. On découvrira le désir d'amour de la mère, quarantenaire en quête de la rencontre de l'homme qui comblera sa solitude, rivée à son téléphone, tremblante, en attente d'une voix, fût-ce celle d'un leurre. Le frère, lui, racontera ses premières expériences amoureuses qui l'ont marqué à jamais ; c'était dans les toilettes d'un musée lors d'un voyage scolaire où, non sans bonheur, il s'est senti comme "un frigo dans lequel chacun pouvait allègrement aller se servir". La grand-mère, toujours débordante de vie, ancienne infirmière renvoyée de la maison de retraite où elle travaillait pour avoir commis quelques indélicatesses, constituera quant à elle une préoccupation de plus pour sa fille… qui l'aime.
Et puis viendra le temps du délitement… Le fils, revenu d'une nuit de frayeur où il a rencontré le brame monstrueux d'un cerf après s'être égaré en forêt, informera sa mère de sa décision de partir en montagne vivre dans la maison de sa grand-mère qu'il emmène avec lui. La fille, elle, annoncera son admission à l'école de gendarmerie, là où elle trouvera une communauté pour l'accueillir. Quant à la voisine narratrice, elle partira à l'étranger rejoindre l'une des amantes. La vie, quoi ! Mais est-ce la fin d'une famille pour autant ou, derrière les destins poursuivis par chacune et chacun, la promesse d'une autre vie où la famille traditionnelle, agrégée ici au noyau central constitué par la mère, se mue en famille ouverte, une tribu à géométrie variable, une lignée vivante s'inspirant de l'inventivité queer ?
Et puis viendra le temps du délitement… Le fils, revenu d'une nuit de frayeur où il a rencontré le brame monstrueux d'un cerf après s'être égaré en forêt, informera sa mère de sa décision de partir en montagne vivre dans la maison de sa grand-mère qu'il emmène avec lui. La fille, elle, annoncera son admission à l'école de gendarmerie, là où elle trouvera une communauté pour l'accueillir. Quant à la voisine narratrice, elle partira à l'étranger rejoindre l'une des amantes. La vie, quoi ! Mais est-ce la fin d'une famille pour autant ou, derrière les destins poursuivis par chacune et chacun, la promesse d'une autre vie où la famille traditionnelle, agrégée ici au noyau central constitué par la mère, se mue en famille ouverte, une tribu à géométrie variable, une lignée vivante s'inspirant de l'inventivité queer ?
Face à cet OVNI théâtral offert par la Cie Toro Toro, on ressort… "chamboulé". En effet, la forme même mêlant saynètes intimistes (interprétées par des acteurs professionnels, mais également par deux novices apportant leur fraîcheur spontanée) où se dit l'impensé de chacune et chacun, les chants populaires occitans ("Joan Petit que dança") mettant en abyme le supplice d'un croquant à la tête d'une insurrection paysanne au XVIIe siècle, les danses des sabots, la tradition des siffleurs et siffleuses de la vallée d'Ossau, la pole dance, le rap et les réalités contemporaines, tout ce tourbillon crée un vertige propre à nous entrainer – avec les quatre comédiennes et le comédien dont "aucun mur" ne nous sépare – hors de nous-mêmes, dans le questionnement de nos propres existences. Un théâtre noblement populaire, à vivre sans retenue.
◙ Yves Kafka
Vu le 15 octobre 2026, Salle Jean Vauthier du tnba, Théâtre national Bordeaux Aquitaine.
◙ Yves Kafka
Vu le 15 octobre 2026, Salle Jean Vauthier du tnba, Théâtre national Bordeaux Aquitaine.
"Une famille pyrénéenne"
Texte : Nans Laborde-Jourdàa et Maïté Sonnet.
Mise en scène : Nans Laborde-Jourdàa.
Collaboration artistique : Margot Alexandre.
Assistante à la mise en scène : Louise de Bastier.
Avec : Margot Alexandre, Lancelot Cherer, Laurence Ibot, Krisss Mara, Laurens Saint-Gaudens et la voix de Grégoire Monsaingeon.
Lumières : Ondine Trager.
Espace : Lucie Gautrain.
Création sonore et musicale : Arthur Dupuy.
Conception costumes : Anna Carraud assistée d'Estelle Couturier Chatellain.
Mouvement : Axel Ibot.
Tambourin à cordes et transmission chant : Caroline Dufau.
Vielle à roue : Romain Baudoin.
Accompagnement vocal : Valérie Philipin.
Régie son : Andolin Lepinay Ricart.
Régie lumière : Damien Pouillart.
Compagnie Toro Toro, artistes associés(es).
Durée : 1 h 40.
Mise en scène : Nans Laborde-Jourdàa.
Collaboration artistique : Margot Alexandre.
Assistante à la mise en scène : Louise de Bastier.
Avec : Margot Alexandre, Lancelot Cherer, Laurence Ibot, Krisss Mara, Laurens Saint-Gaudens et la voix de Grégoire Monsaingeon.
Lumières : Ondine Trager.
Espace : Lucie Gautrain.
Création sonore et musicale : Arthur Dupuy.
Conception costumes : Anna Carraud assistée d'Estelle Couturier Chatellain.
Mouvement : Axel Ibot.
Tambourin à cordes et transmission chant : Caroline Dufau.
Vielle à roue : Romain Baudoin.
Accompagnement vocal : Valérie Philipin.
Régie son : Andolin Lepinay Ricart.
Régie lumière : Damien Pouillart.
Compagnie Toro Toro, artistes associés(es).
Durée : 1 h 40.




















