La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Humour

Une Anémone en fleur au Théâtre Daunou

Anémone et Henri Guybet remportent un joli succès public au Théâtre Daunou. "Grossesses nerveuses" était d’abord en tournée toute la saison. La pièce est maintenant prolongée jusqu’en décembre 2011.



Une Anémone en fleur au Théâtre Daunou
Après quatre ans d’absence, on retrouve une Anémone pétillante, qui passe du rôle de la jeune femme coincée en quête de mari à une bourgeoise exubérante à la reconquête de son époux. Un Henry Guibet absolument égal à lui-même, même bonhomie, parfait dans le personnage du mari trompeur trompé, mi-naïf mi-benêt. En somme, deux têtes d’affiche qui donnent l’impression d’avoir été fondus dans un moule du musée Grévin tant leurs rôles sont ceux qu’ils ont toujours tenus. L’auteur de la pièce (Jean-Yves Rogale) et roi du soap (Chateauvallon en France et Amour, gloire et beauté aux U.S.A. - et oui, on ne peut pas être totalement parfait !) revient sur la scène française avec un Feydeau version très moderne… genre comédie très très grand boulevard.

Il ne s’agit pas ici de faire dans la subtilité. Le pitch se veut tarabiscoté et rocambolesque : Mathilde (Anémone) annonce qu’elle est enceinte dans l’espoir de reconquérir son mari. Seulement, le subterfuge devient grotesque et drôle quand on sait qu'elle a passé l'âge depuis belle lurette. Dans la distribution, la soubrette est remplacée par un majordome "gay" (Julien Beramis, vraiment excellent), la fille par une blonde sans épaisseur (Cindy Cayrasso ) et le fils (Romain Sandere) est un gay qui passe des bras du majordome au mari de sa sœur (Nicolas Vitiello), sans pouvoir vraiment se décider. Le père (Henry Guybet), quant à lui, se paie la femme (totalement nymphomane, Daphné de Quatrebarbes ridicule à souhait et drôle) du gynécologue et ami de la famille (Denis Cherer).

Sans grande prétention. Quelques répliques cultes font le spectacle. Mais on ne peut pas dire que Grossesses nerveuses soit la comédie de l’année, même si, selon Anémone, son triomphe pourrait quelque peu s’apparenter à celui remporté par la clique du "Splendid" avec Le Père Noël est une ordure.

On a tout de même plaisir à revoir une de nos grandes comédiennes sur scène. Elle vaut largement le déplacement. Anémone n’a rien perdu de sa truculence ni de sa fraîcheur.

"Grossesses nerveuses"

Une Anémone en fleur au Théâtre Daunou
(Vu le 14 mai 2011)

Texte : Jean-Yves Rogale.
Mise en scène : Philippe Hersen.
Avec : Anémone, Henry Guybet, Julien Beramis, Cindy Cayrasso, Romain Sandere, Nicolas Vitiello, Daphné de Quatrebarbes, Denis Cherer.
Décors : Claude Pierson.
Construction : les Ateliers Décors.
Costumes : Karyn Aymar.

Jusqu’au 31 décembre 2011.
Théâtre Daunou.
7, Rue Daunou, 75002 Paris.
Renseignements : 01 42 61 69 14.

Sheila Louinet
Samedi 21 Mai 2011

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives








À découvrir

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique

L'histoire se passe au Québec. Dans "Antioche" de Sarah Berthiaume, Antigone est une adolescente un peu foutrac, qui fait un peu n'importe nawak avec son djin troué et sa toga praetexta. Normal, elle voudrait jouer Anouilh et son Antigone, et articuler parfaitement le Français standard plutôt que jouer les fièvres du samedi soir…

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique
… Quant à sa copine Jade, elle ne vaut pas mieux qui s'emmure dans les toiles d'Internet, universelle araigne maléfique, pendant que sa mère qui a fui la Syrie fait des listes de mots pour les mémoriser.

Dans cette terre d'exil et d'accueil, dans cette terre d'immigration qui mêle réfugiés du Proche-Orient et descendants des acadiens entourés d'Anglais, cette terre qui veut échapper au globish et se pose la question de sa présence au monde, les deux copines rêvent de fugues, vivent intensément le sentiment de la liberté ou de l'enfermement. C'est que le confort matérialiste ou l'exaltation romantique sont autant de pièges à éviter. Pour elles le retour aux origines est problématique. La pièce noue les contradictions contemporaines.

Le langage est populaire, direct et inventif. Et le spectacle évolue de la comédie populaire et farcesque au drame suspendu au dessus des têtes. Les personnages connaissent des paroxysmes et dans les allers et les retours de leurs rêves, dans leurs errances, leurs désirs de fugues se lit la construction d'une mémoire et d'une identité. Jusqu'à ce que les deux héroïnes, en bordure du danger, croisent le chemin de la fatalité et du destin. Le retour aux origines devient tentation de l'intégrisme, du terrorisme.

Jean Grapin
29/06/2019
Spectacle à la Une

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !

Quand du noir complet, le faisceau de lumière de l'ampoule tombant des cintres coiffe le crâne dégarni et blanchi de Denis Lavant, hiératique derrière un bureau métallique fatigué, les yeux aimantés par un magnétophone à bande posé devant lui et absorbant dans la nuit magnétique toute son énergie, on se dit que la magie du théâtre est un leurre qui nous ravit au double sens…

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !
Plus rien n'existe alors que ce fabuleux homme né pour le théâtre qui s'apprête devant nous à renouer avec l'univers insolite de Samuel Beckett, dont il a interprété sur cette même scène des Halles, "Cap au pire" (2017), mis en jeu par le même Jacques Osinski.

Et le (très) long silence qui s'ensuit instille, dans le droit fil du choc liminaire, une étrangeté en osmose avec l'univers du dramaturge irlandais. Puis, émergeant de sa torpeur contemplative, "il" rapproche à quelques millimètres de son œil, que l'on devine à moitié aveugle, une clé extraite du fouillis de son veston loqueteux. Si le premier tiroir ouvert contenant une bobine ne l'intéresse pas dans l'immédiat, l'autre dans lequel il plonge à nouveau sa tête lui offre… une banane ! Épluchée soigneusement, elle va être tenue en bouche avant d'être mangée. La peau jetée sur le sol, lui vaudra une glissade digne d'un Buster Keaton sorti d'un film muet.

Yves Kafka
07/07/2019
Sortie à la Une

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et "bio-éthique" à dévorer tout cru

D'abord dire le choc artistique lié au mix d'un slam magnétique, d'une voix parlée aux résonances philosophiques, d'une musique live et de live painting se répondant l'une et l'autre, le tout réuni sur le même plateau pour créer l'univers poétique où deux histoires différentes - quoique… - se rencontrent au point de chute. Les contes partagent cela en commun, ils "parlent" au-delà de leur contenu et réservent des surprises "sans fin" qui nous mettent en appétit (d'ogre).

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et
Ensuite, dire que l'on ne doit pas se laisser abuser par le mot conte… Comme beaucoup de contes, il n'est pas destiné aux enfants même s'il peut être vu avec intérêt par eux aussi… ne serait-ce que pour qu'ils expliquent aux adultes que leur faim de bien faire - rêve d'une vie bio et écologique à tous crins - peut s'avérer à la fin, "une vraie tuerie"…

(Il était une fois) un ogre dont i["À [son] retour [sa] douce avait dressé la table/Préparée comme jamais des mets gorgés d'odeur"]i (il parle, l'ogre, en alexandrins slamés) et qui aimait ses sept filles plus que tout au monde, les bisoutant, les cajolant et veillant à ce que rien ne leur manquât de nourriture raffinée et autres conforts domestiques. Un père de famille au-dessus de tout soupçon…

Certes, les mets gorgés d'odeurs mijotés par sa femme ogresse étaient exquis à son goût mais ogre il était, et son penchant "naturel" pour la chair fraîche humaine ne pouvait longtemps rester au garde-manger.

Yves Kafka
27/07/2019