La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Un spectacle où le moderne et le classique font couche commune, où le rock donne le tempo au lied

"Forellenquintett" et "Neither", Théâtre de la Ville, Paris

Les deux ballets de Martin Schläpfer marient avec audace le classique et le contemporain, avec en toile de fond une rencontre de l’opéra et du rock, osant notamment dans "Forellenquintett", une confrontation musicale entre Schubert, maître incontesté du lied, et The Libertines, groupe anglais d'indie rock... suivi de "Neither", l'anti-opéra de Morton Feldman.



© Gert Weigelt.
© Gert Weigelt.
Le spectacle se décompose en deux ballets aussi antinomiques artistiquement qu’homogène en qualité et en originalité. Martin Schläpfer réussit le tour de force de faire vivre sur scène de façon cohérente des styles artistiques distincts. Le classique claque la bise au contemporain, le rock au ballet.

Le premier ballet, "Forellenquintett", laisse apparaître tout un ensemble de corps ondulés dans des mouvements rapides. L’ondulation des corps donne la répartie à des mouvements amples et denses. Ainsi, la danse se prête à deux versants artistiques qui cohabitent superbement.

© Gert Weigelt.
© Gert Weigelt.
C’est la rondeur du geste face à la tension du déplacement, une tension qui laisse le corps vaciller entre force et adresse avec une précision à la fois anguleuse et arrondie. La danse devient l’incarnation d’une modernité toute classique. Entre pointes, diagonales transversales et plantes de pieds au sol, c’est un clair-obscur qui s’opère entre le classique et le moderne. Ces corps qui font avec grâce et force un grand écart artistique entre modernité et classique trouvent un écho dans la musique des Libertines avec "Don’t be shy" et celle de "La Truite" de Franz Schubert. Le rock donne le tempo au classique.

À l’inverse, "Neither", le deuxième ballet, est dans une composition où le mouvement est plus fluide, plus intimiste. Ce sont des corps qui se replient sur eux-mêmes, comme à la recherche d’une intériorité artistique. Les mouvements s’enchaînent les uns aux autres dans un tableau artistique où des îlots de danseurs, en solo, en duo, en trio ou en quinté investissent la scène.

© Gert Weigelt.
© Gert Weigelt.
On danse d’un bout à l’autre de la scène dans une gestuelle à la fois peu ample mais très déliée, très resserrée tout en gardant des mouvements très fluides. Deux danseurs, en solo, contrebalancent cette atmosphère intimiste en adoptant une gestuelle plus physique, plus ample, plus soutenue. Et puis au final, il y a cette superbe chorale de gestes et de mouvements que les danseurs exécutent de façon synchronisée comme pour couronner l’homogénéité artistique du ballet.

Tout est décliné de façon dichotomique, mais une dichotomie qui arrive à relier les différences artistiques. La gestuelle de "Forellenquintett" laisse parler le corps dans des mouvements plus rapides, plus vifs. Celle de "Neither" laisse place à une gestuelle plus marquée dans les membres supérieurs avec une tension accentuée des corps.

Modernité et classique, opéra et rock, le pari audacieux de Martin Schläpfer est réussi. Celui de faire vivre dans un même spectacle plusieurs tendances artistiques dans des chorégraphies aussi originales artistiquement que riches.

C’est à la fois beau, simple, original et relevé.

"Forellenquintett"

© Gert Weigelt.
© Gert Weigelt.
Chorégraphie : Martin Schläpfer.
Musique "Don’t be shy" de The Libertines et Quintette pour piano, violon, alto, violoncelle et contrebasse en la majeur D 667 ("La Truite") de Franz Schubert.
Avec : Sachika Abe, Ann-Kathrin Adam, Marlucia do Amaral, Camille Andriot, Wun Sze Chan, Feline van Dijken, Cristina Garcia Fonseca, So-Yeon Kim, Louisa Rachedi, Virginia Segarra Vidal, Anna Tsybina, Irene Vaqueiro, Christian Blossfeld, Andriy Boyetskyy, Jackson Carroll, Helge Freiberg, Philip Handschin, Antoine Jully, Marcos Menha, Bogdan Nicula, Chidozie Nzerem, Sascha Pieper, Alexandre Simoes.
Décor, costumes et vidéo : Keso Dekker.
Lumières et vidéo : Franz-Xaver Schaffer.
Maîtresse de ballet : Antoinette Laurent.
Par le Ballett Am Rhein Cie.

"Neither"

© Gert Weigelt.
© Gert Weigelt.
Opéra en un acte.
Mise en scène et chorégraphie : Martin Schläpfer.
Musique : Morton Feldman.
Texte : Samuel Beckett.
Avec : Sachika Abe, Ann-Kathrin Adam, Marlucia do Amaral, Camille Andriot, Doris Becker, Wun Sze Chan, Marina Dias, Feline von Djiken, Cristina Garcia Fonseca, Christine Jaroszewski, Yuko Kato, So-Yeon Kim, Anne Marchand, Nicole Morel, Carly Morgan, Louisa Rachedi, Claudine Schoch, Virginia Segarra Vidal, Julie Thirault, Anna Tsybina, Irene Vaqueiro, Christian Blossfeld, Andriy Boyetskyy,Paul Calderone, Jackson Carroll, Martin Chaix, Florent Cheymol, Helge Freiberg, Philip Handschin, Antoine Jully, Marquet K. Lee, Sonny Locsin, Marcos Menha, Bruno Namhammer, Bogdan Nicula, Chidozie Nzerem, Sascha Pieper, Boris Randzio, Martin Schirbel, Alexandre Simoes, Remus Sucheana, Pontus Sundset, Maksat Sydykov.
Installation vidéo lumière, décor et costumes : Rosalie.
Lumières : Volker Weinhart.
Maîtres de ballet : Kerstin Feig, Callum Hastie.
Durée totale : 2 h 20.
Par le Ballett Am Rhein Cie.

© Gert Weigelt.
© Gert Weigelt.
Du 28 novembre au 5 décembre 2012.
Du lundi au vendredi à 20 h 30, samedi à 15 h et à 20 h 30.
Théâtre de la Ville, Paris 4e, 01 42 74 22 77.
>> theatredelaville-paris.com

Safidine Alouache
Samedi 1 Décembre 2012

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021




    Aucun événement à cette date.
Vidéos les plus récentes



À découvrir

"Les femmes de la maison" L'épopée des luttes féminines sous le prisme d'une maison très spéciale

Voici la dernière pièce de Pauline Sales (écriture et mise en scène) qui a été présentée au Théâtre Paul Scarron du Mans devant un public professionnel restreint. Un privilège que d'assister à cette histoire que l'on sent chevillée au corps de sa créatrice. Il y est question de femmes artistes. Question également des femmes non artistes. Question de la liberté que les femmes ont peu à peu conquis depuis bientôt un siècle. Arrachant bribe après bribe le droit d'agir, de s'exprimer, le droit sur leur corps, leur sexualité, leurs choix. Et trouver enfin la puissance pour se détacher du diktat masculin si bien bétonné.

© Jean-Louis Fernandez.
L'histoire des "femmes de la maison" commence dans les années cinquante et se termine de nos jours. Elle va mettre en jeu une dizaine de personnages féminins sur trois périodes symboliques : les années cinquante, les années soixante-dix et 2022. Pour cela, Pauline Sales invente une maison qui sera le moyen de traverser le temps et l'espace. Cette maison est celle de Joris, un amoureux, par ailleurs cinéaste militant contre les méfaits des guerres. Il achète cette maison par amour pour une photographe, l'amour s'en va, il ne sait qu'en faire, alors il la prête à des artistes. Le hasard veut au départ que ce ne soit que des femmes - peintres, poètes, sculptrices… et cela se transforme en règle : seules des femmes artistes pourront venir un temps pour créer ici.

Première période, maison fermée entourée de bois. C'est l'après-guerre et l'artiste que Joris installe dans la maison dessine. Dessine en mode combat contre elle-même. Contre la pensée que chez elle, son mari, sa fille sont là comme une destinée de femme au foyer qu'elle refuse. Combat contre le mal que cela peut faire.

Bruno Fougniès
25/08/2021
Spectacle à la Une

"Marilyn Inside" Dévoiler Marilyn pour tenter de retrouver l'intimité secrète de Norma Jean

Qui était-elle, réellement ? Être dual, aux structures intimes complexes, celles d'une âme en quête de sérénité, de sincérité. D'un côté Marilyn, sex-symbol fabriqué par le cinéma hollywoodien des années cinquante, ou Norma Jeane, femme-enfant à la vie chaotique, ballotée entre une mère atteinte de troubles psychologiques graves et les placements dans de multiples familles d'accueil. Confrontation ou rencontre imaginaire entre ces deux fantômes, souvenirs de ces deux réalités successives, tentative de traversée du miroir, c'est ce que nous propose l'étonnant et réussi "Marylin Inside".

© Clarisse Bianco.
Incarnation féminine idéalisée jusqu'à en devenir une icône planétaire, tempête sensuelle à la robe blanche virevoltante, blonde écervelée à la jeunesse intemporelle… Elle fut tout cela tout en restant une femme mystérieuse, secrète que seules la captation de regards fugaces, la perception de fragiles coups d'œil éphémères laissaient deviner. Actrice quasi vénérée malgré ses extravagances conjugales, ses dépressions et, parfois, ses excès de consommation d'alcool et/ou de médicaments, elle était à la fois saisissante et insaisissable.

L'auteure, Céline Barcaroli, nous propose une traversée intérieure dans la dualité d'une femme publique où se confronte et se rencontre les deux faces de celle qui bouleversa à jamais la représentation cinématographique féminine - registre "blonde incendiaire" - tout en exposant involontairement, puis volontairement, ce que peuvent être les fragilités et les failles d'un être sublimé. Son propos, fondé sur du réel, nous emporte dans le fictionnel pour effleurer, parfois approcher, ce qu'ont pu être les mystères, les fêlures indicibles, les tourments naissant d'une continuelle et insatiable quête d'amour.

Gil Chauveau
01/10/2021
Spectacle à la Une

"L'âne et la carotte"… Siège de chaises !

Dans un spectacle qui mêle l'humour à la réflexion, Lucho Smit se livre à une série de numéros circassiens où, autour d'un récit, l'artiste raconte ses doutes, sa vision du monde et celle du cirque.

© František Ortmann - Letní Letná.
L'un des nombreux attraits du nouveau cirque, nommé aussi cirque contemporain, est sa capacité à surprendre et à faire découvrir aux spectateurs des arts de la scène aussi différents que du théâtre, de la chanson et/ou de la musique en plus des acrobaties. Le décor est aussi très important. Dans "L'âne & la carotte", le plateau découvre une colonne de chaises, ce dernier élément étant la matrice même de la scénographie. Ionesco aurait pu se retrouver dans celle-ci où leur amoncellement tient lieu d'œuvres de construction.

Lucho Smit tient l'équilibre pour un art, mais aussi pour une compagne du déséquilibre, les deux sont sœurs d'armes à chaque instant dans sa création. Cela démarre en trombe dans une course sur des chaises où celles-ci s'écroulent bien que l'artiste finisse assis sur la dernière de la rangée. Ce pourrait être le résumé de la représentation. Tout est en équilibre au travers des déséquilibres et s'il ne devait en restait qu'un, ce serait une et elle aurait quatre pieds et un dossier.

La voix off de Lucho Smit accompagne le spectacle pour raconter ses états d'âme, sa vision du monde et du cirque. On peut aimer cette narration comme en être agacé. J'ai eu les deux sentiments, agacé au début puis intéressé par le récit à la fin avec quelques longueurs toutefois. Les choses sont dites avec humour, même si ce n'est pas là où il excelle le plus, l'acrobatie du trait d'esprit n'étant pas celui du corps.

Safidin Alouache
05/10/2021