La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

"The Servant"… Complètement barré ce Barrett !

"The Servant", Théâtre de Poche Montparnasse, Paris

La mise en scène de Thierry Harcourt apporte, à la pièce de Robin Maugham, une pertinence et une justesse nouvelles dans les rapports si particuliers entre un propriétaire et son domestique, servis avec beaucoup de vitalité par Maxime d'Aboville et son interprétation dense et inquiétante de toute beauté.



© Brigitte Enguerand.
© Brigitte Enguerand.
Étrange personnage que celui de Barrett (Maxime d'Aboville), domestique engagé par Tony (Xavier Lafitte). C'est autour de la manipulation et du rapport dominant/dominé que la toile de fond de la pièce se dessine et dans laquelle le personnage de Barrett donne tout son éclat.

Il y a deux types de personnages autour de Tony : sa petite amie Sally (Alexie Ribes) et son ami Richard (Adrien Melin) qui le sermonnent sur Barrett ; et Barrett accompagné de Vera puis de Kelly (Roxane Bret) qui l'entraînent dans une pente de soumissions puis de désirs lubriques. Tony est au milieu, tel un équilibriste, délaissant son statut de propriétaire pour se laisser happer par son domestique.

Le jeu de Maxime d'Aboville est caractérisé par une voix grave, sans modulation, tendue dans une même direction vocale. Cette tension est soutenue par un regard légèrement de biais ou descendant. La raideur du corps participe au côté obsessionnel et peu rassurant du personnage. Il incarne avec beaucoup de persuasion Barrett, déployant un jeu aiguillé par des comportements de plus en plus névrotiques.

© Brigitte Enguerand.
© Brigitte Enguerand.
La dramaturgie de la pièce est construite sur des scènes articulées de rebondissements, nourrissant intelligemment la trame. La mise en scène de Thierry Harcourt met en exergue le rapport ambigu entre Tony et Barrett ; et l'emprise de ce dernier sur celui-ci. Elle aboutira à un renversement des rôles au final. Le domestique utilise Tony pour s'affranchir socialement de son statut alors que ce dernier se glisse dans la dépendance de Barrett pour s'y loger psychiquement. Le miroir est inversé, asymétrique, entre les deux hommes.

Le travail de Thierry Harcourt donne à "The Servant" une nouvelle intelligence dramatique, augmentant l'intérêt de l'histoire qui est, de plus, très bien servie par les comédiens... avec un superbe Maxime d'Aboville.

"The Servant"

© Brigitte Enguerand.
© Brigitte Enguerand.
Texte : Robin Maugham.
Traduction : Laurent Sillan.
Mise en scène : Thierry Harcourt
Assistante à la mise en scène : Stéphanie Froeliger.
Avec : Maxime d'Aboville, Roxane Bret, Xavier Lafitte, Adrien Melin, Alexie Ribes.
Lumières : Jacques Rouveyrollis assisté de Jessica Duclos.
Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz.
Décor : Sophie Jacob.
Création sonore : Camille Urvoy.
Durée : 1 h 25.

Jusqu'au 12 juillet 2015.
Du mardi au samedi à 19 h, dimanche à 17 h 30.
Théâtre de Poche Montparnasse, Paris 6e, 01 45 44 50 21.
>> theatredepoche-montparnasse.com/

Safidin Alouache
Mardi 12 Mai 2015

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives








À découvrir

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique

L'histoire se passe au Québec. Dans "Antioche" de Sarah Berthiaume, Antigone est une adolescente un peu foutrac, qui fait un peu n'importe nawak avec son djin troué et sa toga praetexta. Normal, elle voudrait jouer Anouilh et son Antigone, et articuler parfaitement le Français standard plutôt que jouer les fièvres du samedi soir…

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique
… Quant à sa copine Jade, elle ne vaut pas mieux qui s'emmure dans les toiles d'Internet, universelle araigne maléfique, pendant que sa mère qui a fui la Syrie fait des listes de mots pour les mémoriser.

Dans cette terre d'exil et d'accueil, dans cette terre d'immigration qui mêle réfugiés du Proche-Orient et descendants des acadiens entourés d'Anglais, cette terre qui veut échapper au globish et se pose la question de sa présence au monde, les deux copines rêvent de fugues, vivent intensément le sentiment de la liberté ou de l'enfermement. C'est que le confort matérialiste ou l'exaltation romantique sont autant de pièges à éviter. Pour elles le retour aux origines est problématique. La pièce noue les contradictions contemporaines.

Le langage est populaire, direct et inventif. Et le spectacle évolue de la comédie populaire et farcesque au drame suspendu au dessus des têtes. Les personnages connaissent des paroxysmes et dans les allers et les retours de leurs rêves, dans leurs errances, leurs désirs de fugues se lit la construction d'une mémoire et d'une identité. Jusqu'à ce que les deux héroïnes, en bordure du danger, croisent le chemin de la fatalité et du destin. Le retour aux origines devient tentation de l'intégrisme, du terrorisme.

Jean Grapin
29/06/2019
Spectacle à la Une

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !

Quand du noir complet, le faisceau de lumière de l'ampoule tombant des cintres coiffe le crâne dégarni et blanchi de Denis Lavant, hiératique derrière un bureau métallique fatigué, les yeux aimantés par un magnétophone à bande posé devant lui et absorbant dans la nuit magnétique toute son énergie, on se dit que la magie du théâtre est un leurre qui nous ravit au double sens…

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !
Plus rien n'existe alors que ce fabuleux homme né pour le théâtre qui s'apprête devant nous à renouer avec l'univers insolite de Samuel Beckett, dont il a interprété sur cette même scène des Halles, "Cap au pire" (2017), mis en jeu par le même Jacques Osinski.

Et le (très) long silence qui s'ensuit instille, dans le droit fil du choc liminaire, une étrangeté en osmose avec l'univers du dramaturge irlandais. Puis, émergeant de sa torpeur contemplative, "il" rapproche à quelques millimètres de son œil, que l'on devine à moitié aveugle, une clé extraite du fouillis de son veston loqueteux. Si le premier tiroir ouvert contenant une bobine ne l'intéresse pas dans l'immédiat, l'autre dans lequel il plonge à nouveau sa tête lui offre… une banane ! Épluchée soigneusement, elle va être tenue en bouche avant d'être mangée. La peau jetée sur le sol, lui vaudra une glissade digne d'un Buster Keaton sorti d'un film muet.

Yves Kafka
07/07/2019
Sortie à la Une

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et "bio-éthique" à dévorer tout cru

D'abord dire le choc artistique lié au mix d'un slam magnétique, d'une voix parlée aux résonances philosophiques, d'une musique live et de live painting se répondant l'une et l'autre, le tout réuni sur le même plateau pour créer l'univers poétique où deux histoires différentes - quoique… - se rencontrent au point de chute. Les contes partagent cela en commun, ils "parlent" au-delà de leur contenu et réservent des surprises "sans fin" qui nous mettent en appétit (d'ogre).

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et
Ensuite, dire que l'on ne doit pas se laisser abuser par le mot conte… Comme beaucoup de contes, il n'est pas destiné aux enfants même s'il peut être vu avec intérêt par eux aussi… ne serait-ce que pour qu'ils expliquent aux adultes que leur faim de bien faire - rêve d'une vie bio et écologique à tous crins - peut s'avérer à la fin, "une vraie tuerie"…

(Il était une fois) un ogre dont i["À [son] retour [sa] douce avait dressé la table/Préparée comme jamais des mets gorgés d'odeur"]i (il parle, l'ogre, en alexandrins slamés) et qui aimait ses sept filles plus que tout au monde, les bisoutant, les cajolant et veillant à ce que rien ne leur manquât de nourriture raffinée et autres conforts domestiques. Un père de famille au-dessus de tout soupçon…

Certes, les mets gorgés d'odeurs mijotés par sa femme ogresse étaient exquis à son goût mais ogre il était, et son penchant "naturel" pour la chair fraîche humaine ne pouvait longtemps rester au garde-manger.

Yves Kafka
27/07/2019