La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

"Sunny Side"… Une jolie traversée de scène dansée et chantée pour célébrer la chanteuse Billie Holiday

"Billie Holiday - Sunny Side", Essaïon Théâtre, Paris

Billie Holiday, ou Lady Day, est une chanteuse noire qui s'incarne dans le blues et le jazz en pleine ségrégation. Elle s'inscrit comme l'une des icônes musicales de sa génération. Naïsiwon El Aniou est comédienne et danseuse. Dans ce seul en scène, elle choisit de rendre hommage à l'artiste mais aussi à la femme. Le spectacle est éligible aux P'tits Molières 2018.



© Denis Rion.
© Denis Rion.
Sur scène s'étend tout un décor représentant des éléments de vie importants pour Billie Holiday. Une casserole sur une plaque chauffante, des haricots rouges, recette adorée de tous et léguée par sa mère. Mère omniprésente dans la vie de la chanteuse comme peut l'être cet élément pour la scénographie. Une chaise recouverte de bégonias blancs et soutenant un saxophone, en mémoire du proche ami de Billie, Lester Young, qu'elle surnommait Prez pour président.

Une autre chaise dont le siège s'est affaissé. L'interprète s'y assoit sur les bords. Se sert une large dose de whisky. L'assise se fait le symbole de tout l'envers du décor de celle qui a été baptisée Lady Day. Au fond, derrière les strass et les paillettes, la dure réalité de l'alcool et de la drogue, des violentes relations amoureuses, des comportements autodestructeurs… derrière la star, la femme. Un peu en retrait mais toujours bien visible.

Naïsiwon El Aniou se présente, sur le plateau, revêtue d'un habit de femme de ménage. Elle chante et danse tout en tenant un panier de linge. Dès le début, elle chante. Il est naturel pour Billie Holiday de chanter, aussi naturel que de vivre. La comédienne se découvre et nous présente une tenue soulignée d'un tablier de cuisine. Elle évoque ses débuts, sa condition de femme noire, la prison… Plus l'histoire avance, plus la comédienne se dévêt et la chanteuse se révèle.

© Denis Rion.
© Denis Rion.
Elle se montre finalement habillée d'une robe de soirée rouge, de talons, de gants et de bégonias blancs. Elle nous fait penser à une petite fille qui joue à se déguiser avec des vêtements comme sortis d'une malle de costumes. Une petite fille qui a dû grandir trop vite, délaissée de ses parents, abusée de tous côtés. Une petite fille qui essaie de s'en sortir et qui, pour s'en sortir, passe par la musique. La musique pour se créer un monde plus confortable, la musique pour dénoncer, la musique pour réconforter. Et tout le talent de Naïsiwon El Aniou passe par l'interprétation qu'elle fait de la musique comme survie.

Plus que sa survie, elle est sa vie. La comédienne brille de bonheur quand elle parle, s'illumine quand elle danse. Elle irradie quand se fait entendre les enregistrements de la chanteuse. La femme évoluant sur scène est pleine d'énergie, de joie, de caractère. Pleine de reconnaissance quand elle parle de ceux qui l'ont aidé, pleine de fierté face à ceux qui n'ont pas su justement l'estimer.

Billie Holiday, c'est l'histoire d'une femme qui sait rester forte malgré un parcours de vie assez chaotique. Le spectacle nous dessine un sourire naïf sur les lèvres, il est joli et divertissant. La mise en scène est travaillée et adaptée. C'est une pièce qui offre beaucoup de gaieté tout en simplicité.

"Billie Holiday - Sunny Side"

© Denis Rion.
© Denis Rion.
Texte : Naïsiwon El Aniou.
Mise en scène et interprétation : Naïsiwon El Aniou.
Musiques : répertoire de Billie Holiday, Archie Shepp.
Lumières : Sylvain Pielli.
Costumes : Laetitia Chauveau.
Collaboration artistique : Angela Diana.
Compagnie Le Makila.
Durée : 1 h 15.

Du 12 avril au 5 mai 2018.
Jeudi, vendredi et samedi à 21 h 30
Théâtre de l'Essaïon, Paris 4e, 01 42 78 46 42.
>> essaion-theatre.com


Ludivine Picot
Jeudi 12 Avril 2018

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives








À découvrir

Si Louise Michel m'était contée… Cabaret peu orthodoxe sur l'art de la rébellion !

"Cabaret Louise", Théâtre Le Funambule Montmartre, Paris

Reprise Grandes ignorées de nos scolarités boutonneuses, la Commune et sa compagne Louise Michel sont tirées du passé et ici convoquées à une célébration festive et effrontée, bâtie sur un cinquantenaire soixante-huitard bienfaisant, où se réunissent de manière intempestive, ou pas, Rimbaud, Hugo, Léo et Théophile Ferré, Louise Attaque, Johnny Hallyday, Jules Ferry et Adolphe Thiers, etc., prenant vie grâce aux joyeux jeux virtuoses de Charlotte Zotto et Régis Vlachos.

Si Louise Michel m'était contée… Cabaret peu orthodoxe sur l'art de la rébellion !
En une forme de cabaret drolatique, foutraque, jouissif et impertinent, est rendu hommage à la révolte, à l'espérance d'une toujours future révolution, au souvenir de celles qui ont eu lieu - sans malheureusement toujours beaucoup d'efficience -, à celles et ceux - communards ou soixante-huitards - qui les imaginèrent sur le terreau de folles utopies. Régis Vlachos nous offre à nouveau un insolent et hilarant éloge d'une nouvelle rébellion à inventer, nous incitant, dans le respect de nos libertés individuelles, à nous indigner encore et toujours.

Cet hommage audacieux et - forcément - libertaire est associé subtilement, dans un intelligent second plan et en un judicieux contrepoint, à nos désespérantes actualités. Et, tour de force réussi, est généré, en complément inattendu et croustillant, une approche de mise en abyme conjugale du couple tentant de représenter le spectacle tout en l'interrompant de tempétueuses disputes, de tentatives de réconciliation… ou de négociation de définitive séparation... Instillant ainsi dans tous les tiroirs narratifs, une revendication féminine et féministe émanant historiquement de Louise Michel et, dans une contemporanéité militante, celle de la femme d'aujourd'hui que sont les comédiennes Charlotte Zotto et Johanna Garnier.

Gil Chauveau
22/01/2019
Spectacle à la Une

"Cassandra", cruauté et infinie tendresse pour conter le métier de comédienne

La chronique d'Isa-belle L

"Cassandra", C majuscule s'il vous plaît. Pas uniquement parce que c'est un prénom qui, aussi, introduit une phrase ou parce que c'est le titre du spectacle, mais parce que Cassandra, qu'elle soit moderne ici, mythique là-bas, mérite en capitale (C) cette jolie troisième lettre de l'alphabet à chaque recoin de mon papier. La lettre "C" comme Cassandra et comme le nom de famille de l'auteur. Rodolphe Corrion.

Deux C valent pour un troisième : Coïncidence. L'auteur, masculin, très habile répondant au nom de "Corrion" a écrit pour une comédienne à multiples facettes ce seul(e) en scène. Nous voilà à 3 C et trois bonnes raisons d'aller découvrir et applaudir ce spectacle mené de main de maîtresse par la comédienne Dorothée Girot. Jolie blonde explosive, sincère et talentueuse.

Inspiré du mythe de Cassandre, Rodolphe Corrion nous propose aujourd'hui, dans son texte à l'humour finement brodé, un personnage - Théodora -, comédienne enchaînant les castings avec peine, se retrouvant d'ailleurs en intro de spectacle, face à une conseillère Pôle Emploi. Excellent moment et monologue réjouissant. Théodora sent que quelque chose va se produire dans la vie de cette conseillère, quelque chose de… bah ! Oui. Il va se passer quelque chose… elle l'avait sentie, on ne l'a pas écoutée puis… la conseillère, elle ne l'a plus jamais revue.

Isabelle Lauriou
27/03/2019
Sortie à la Une

"An Irish Story" Une histoire des Irlandais, ces derniers bardes

"An Irish Story", Théâtre de Belleville, Paris

Son grand-père Peter 0'Farrel a disparu sans laisser d'adresse. Dans "An irish story", Kelly Rivière, la petite fille, est partie en quête puisque sa mère Margaret n'a pas voulu révéler le secret de la famille. Volubile, Kelly raconte sur scène ce qui devient vite, par elle et pour elle, une épopée. Don ou atavisme familial ? Au spectateur de décider mais il est comblé devant le collier de perles théâtrales qui lui est présenté.

Trimballé de Lyon à Dublin via Londres. Au départ, Kelly s'y prend un peu, faussement, gauchement, par un timide stand up mais l'histoire accroche. Il y a la personnalité de cet aïeul "so Irish" rejoignant étonnamment Londres pour reconstruire la ville dévastée par la guerre, qui a eu une fille, et a disparu comme bien d'autres… Disparus dans une mer d'alcool ? Peut-être… Que peut-on attendre de ces diables d'hommes, seuls garçons de fratries de filles (nombreuses) et eux–mêmes géniteurs de légendes…

À mesure que l'histoire avance, le récit devient dialogue. Le personnage est de plus en plus échauffé, de plus en plus passionné. Comme ébrié. Des paroles prises sur le vif, des personnages incarnés. Les accents à couper au couteau, ces îles de par delà la Manche ou le channel, de la mer d'Irlande Muir Éireann ou Irish sea, les rituels de la "cup of Tea", de la Guinness, la mère, les cousines, les voisins, le pub, tout y passe.

Jean Grapin
14/05/2019